CHAPITRE QUATRIÈME. I a I
OU presque toujours un péché , et par conséquent un abus de la liberté de l’étre faillible.
Il y a plus. L’idée d’intelligence emporte nécessairement l’idée de certitude. Une intelligence qui n’aurait aucune certitude ne serait pas une intelligence. Etre intelligent, ou comprendre quelque chose, avoir quelque certitude sont des expressions synonymes. Lors donc que l’on dit que l’être faillible est un être qui peut se tromper , cela ne peut pas vouloir dire qu'il peut se tromper en tout et toujours. Par cela même qu’il est intelligent , il faut qu’il y ait quelques vérités qu’il connaisse certainement et qui soient la base de son intelligence. Ces vérités premières , connues par intuition et qui sont en plus ou moins grand nombre , selon le degré d’intelligence , sont ce que nous appelons premiers principes , et l’erreur à l’égard de ces principes est impossible. (0 « In- » tellectus semper est rectus , secundum quod » intellectus est principiorum , circa quœ non » decipitur. » (S. Th. i. p. q. 17. art. 3 . ad a. ) Si l’être faillible peut se tromper à l’égard des conclusions qu’il tire de ces vérités d’intuition , il peut aussi éviter l’erreur en ne donnant son assentiment qu’aux conclusions certainement ^‘duites , et s’il se trompe effectivement , l’erreur n’est point une Suite de sa faillibilité seule ,
(1) • L'entendement e«t tonjonn droit , en tant qu’il a pour > objet les principes , k l'égard desquels il ne se trompe pas. •
111 F.XAMF.Îf d’uW ouvrage , ETC.
mais (le la précipitation et de l’imprudence de ses jugemens. Nous avons vu que, selon la doctrine de saint Augustin et de saint Tliomas , l’homme dans l’état d’innocence ne pouvait pas errer ; il n’était pourtant pas infaillible , puisqu’il pouvait perdre l’innocence et subir toutes les suites du péché. I>es Anges et les Saints dans le Ciel ne peuvent pas errer et ne peuvent plus perdre la sainteté ; mais ils né sont pas , à proprement parler , infaillibles , puisque cette impuissance n’est point un attribut de leur nature , mais un don gratuit de celui qui seul possède l’infaillibilité , comme il possède l’immortalité. Ce don leur étant assuré , et ne pouvant plus se perdre , leur état est un état de bonheur , et non un état méritoire , tel qu’était celui de l’homme innocent* et de l’ange aux premiers instans de son existence. Si l’homme déchu a souvent besoin , pour ne pas s’écarter de la vérité , ou même pour la connaître, de secours plus puissanS que ceux qui étaient nécessaires dans l’origine , ce n’est point à raison de sa faillibilité , puisqu’il a toujours été faillible , mais à cause de la corruption de son cœur qui affaiblit sa raison * et ne l’empêche que trop souvent d’entendre la parole de vérité qu’il pourrait consulter dans son intérieur , si le tumulte. des passions n’y mettait obstacle. L’erreur, œmme les autres misères de l’homme, est une suite, non de sa
Cn&PITnS QÜATHIKME. ja3
nature , mais du péché qui a corrompu la nature. f 0 « FaUitas oritur, non rebus ipsis falleni> iibus , quœ nihil aliud ostendunt sentienti quant » speciem suant , quant pro suæ pulchritudinis » acceperunt gradu : neque ipsis sensibus fal- » lentibus , qui pro natura sut corporis ajfecti ,
» non aliud quàm suas ajfectiones prœsidenti'
•O animo nuntiant : sed peccata animas fallunt ,
» titm verum quœrant , relictâ et neglectâ veri- » tate. » ( S. Aug. de vera Relig. , n“ 67'. ) Si donc l’homme pouvait s’abstenir du péché, il pourrait également se préserver de l’erreur ; et de même que , malgré sa Corruption , il peut avoir en bien des occasions l’assurance qu’il ne pèche pas , rien n’empêche qu’il ne puisse aussi être certain qu’il ne se trompe pas en beaucoup de ses jugemens.
La doctrine que l’Auteur appelle doctrine d’autorité étant si différente de la doctrine de la Théologie Catholique , tous les raisonnemens qu’il appuie sur l’identité supposée de ces deux doctrines manquent absolument de base et sont
(i) • La fansMté ne vient pat des choset ellea-m{mes qui nous
• tromperaient , pnitqu'elles ne montrent aux sens rien autre
• chose que leur forme extérieure selon le degré de beauté
• qu'elles ont reçu ; elle ne vient pas non plus des sens qui nous
• induiraient en erreur , puisque affectés conformément ii la na>
> tnre du corps auquel ils appartiennent , ils ne rapportent à
• l'ame que leur propres affections ; ce sont les péchés qui trom-
• peut les âmes , quand elles cherchent le vrai hors de la vérité I
> qu'elles abandonnent. >
Ia4 EXAMEN d’un OUVEAGE , ETC.
de véritables sophismes. On vient de le voir , et je le démontrerai de plus en plus par quelques applications.
(/>. 77. ) a La principale objection des Carté- » siens contre la doctrine d’autorité n’est elle- » même qu’une objection contrp toute espèce de 9 foi. Ils disent : L’homme ne peut connaître le 9 principe de certitude , ou l’autorité infaillible » de la raison générale , que par sa raison indivi- 9 duelle : donc , si celle-ci est faillible , point de 9 certitude possible. LesProtestans font la même 9 objection contre la doctrine Catholique. Ils di- 9 sent : Le Chrétien ne peut connaître le principe 9 de certitude par rapport aux dogmes Chrétiens , 9 ou l’autorité infaillible de l’Église , que par sa 9 raison individuelle : donc , si celle-ci est failli- 9 ble , point de certitude pour le Chrétien. 9
Cette objection contre /a doctrine d'autorité est accablante et insoluble , puisque selon le principe fondamental de cette doctrine , une raison faillible est une raison incapable par elle -même d’avoir aucune certitude , et par conséquent de savoir s’il existe une raison générale et quelle est son autorité. Vous lui dites qu’elle ne peut avoir de certitude que par la raison générale , et elle vous répond : Existet-il une raison générale ? Comment puis-je être assurée de son existence , savoir qu’elle est infaillible et que je suis obligée de m’y soumettre ? Vos réponses à ces questions ne peuvent
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