‹ Examen d'un ouvrage intitulé: Des doctrines philosophiques sur la certitude dans leurs rapports avec les fondemens de la théologie par l'abbé GerbetChapitre 56 sur 152 · CHAPITRE QUATRIÈME. füS · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME. füS

s’adresser qu’à la raison particulière ; c’est elle qui vous interroge , c’est elle que vos raisonnemens doivent convaincre. Si donc , dans votre système , vous êtes forcé d’avouer qu’il vous est impossible de convaincre la raison particulière , je ne crains pas d’avancer , non-seulement qu’elle ne sera pas obligée de croire , mais même que la foi , une foi prudente et certaine lui serait impossible. Ma raison ne peut croire, d’une foi qui exclue toute crainte d’erreur , si elle ne sait , si elle ne voit qu’elle doit croire. Si cette proposition vous scandalise , souvenezvous qu’elle n’est pas de moi , mais de saint Thomas et de saint Augustin si souvent cités. Im raison , dit le premier , ne croirait pas , si elle ne voyait qu’elle doit croire. Personne , dit le second , s’il ne comprenait quelque chose , ne pourrait croire en Dieu. Ces saints Docteurs connaissaient bien la doctrine Catholique , dont ils étaient de zélés défenseurs ; cette doctrine enseigne donc que quelque connaissance certaine préliminaire est nécessaire pour que l’on puisse croire en Dieu. La doctrine d’autorité , au contraire , enseigne que , sans la foi en la raison générale , on ne peut avoir aucune connaissance certaine , qu’il n’y a de certain que ce qui est de foi. Ce sont donc deux doctrines J)ien différentes , pour ne pas dire opposées. L’objection proposée peut donc conserver toute sa force contre la doctrine dite d’autorité , et

laG EXAMEir d’üm ouvrage, etc.

n’en avoir aucune contre k doctrine Catholique.

Eu effet , si l’on mçt cette même objection dans la bouche d’un Protestant , d’un Déiste , d’un Sceptique , ou de qui que ce soit , contre la doctrine Catliolique , la réponse est bien facile , puisque tout le raisonnement porte sur deux suppositions également fausses. i° Il est faux que la doctrine Catholique place le principe de certitude , par rapport aux dogmes chrétiens en général , dans l’autorité infaillible de rflglise. a” La doctrine Catholique n’enseigne point qu’une raison faillible soit une raison' incapable par elle-même de toute certitude ; elle enseigne au contraire que toute raison , par cela seul qu’elle est raison , est capable de certitude , et que la raison individuelle de l’homme peut bien le conduire à avoir une connaissance certaine de l’existence de la Révélation et de l’autorité de l’Église. Il n’y a donc aucun fondement à l’objection , et elle se trouve résolue par la seule exposition de la doctrine Oitholique,

Aucun Catholique, s’il n’a embrassé le nouveau système , ne contestera la seconde partie de cette réponse ; et quant aux partisans de ce système, je crois leur avoir suffisamment démontré que leur nouvelle doctrine est rejetée par les anciens Théologiens comme par les modernes. Mais peut-être ma première assertion

CAAPITRK QUATRIKME.

surprendra-t-elle quelques esprits au premier abord , et je dois me hâter de lever le scandale. A Dieu ne plaise que je dise rien qui puisse diminuer le respect et la soumission que tous les Clirétiens doivent à l’Église. C’est à l’Église, c’est-à-dire , au corps de ses pasteurs , et particulièrement à son chef , qu’appartient , d’institution divine , le droit d’enseigner , et nous sommes obligés de recevoir ses ordres et ses décisions avec la plus entière soumission, sous peine de ne plus appartenir au corps mystique de Jésus-Curist. L’autorité infaillible de l’Eglise est elle-même uu dogme Chrétien , et c’est précisément pour cette raison que je dis qu’elle ne peut pas être le principe de la certitude de notre foi. J’ai déjà fait voir que Ja parole infaillible de Dieu est l’unique motif de foi que puisse admettre un Chrétien. Je crois toutes les vérités révélées , et parmi elles l’autorité de l’Église , parce que Dieu , auteur de la Révélation , est la vérité et ne peut pas plus me tromper qu’il ne peut se tromper lui-même.

Cette vérité essentielle de la parole divine fait la certitude de ma foi. Je ne crois l’autorité de l’Église que sur ce principe , car je ne crois l’Église infaillible que parce que Dieu a révélé son infaillibilité. Il est donc de toute nécessité que l’existence de la Révélation me soit connue .avant que je puisse croire cette infaillibilité ni

ia8 Ex\MEir d’üit ouvrage, etc.

aucun autre dogme. H Mais comment donc l’homme peut-il connaître l’existence de la Révélation ? Par le bon usage de sa raison , qui est aussi un principe divin , et qiii est trèssufBsante pour lui donner cette certitude. S’ensuit-il que la raison soit le principe de la foi ? Nullement. Il s’ensuit uniquement qu’une connaissance certaine fondée sur la raison est un préliminaire nécessaire pour que la foi soit possible , ainsi que l’enseignent saint Augustin et saint Thomas. Pour que je puisse croire quelque chose sur votre parole il faut bien que je sache que vous avez parlé , mais cette connaissance supposée , la certitude que me donnera votre parole ne peut avoir d’autre principe que votre véracité connue. Ce n’est point l’autorité de mi^ise , encore moins celle du genre humain que saint Augustin et saint Thomas ont employée , le premier pour convaincre les \

(*) Poar ptéTcnir Ici chicanes et les fausset interprétaliont , je dois déclarer que je parle uniquement ici de la foi raisonnable et précédée de l'examen , on de l'ordre que l'homme ' adulte doit suivre pour parvenir à la foi. Il est assex clair qn'aussi long - temps que cet homme ignore que l'autorité de l'Église est un dogme de foi , pu on dogme révélé , il ne peut pas plus faire un acte de foi sur ce dogme que sur un autre dogme quelconque. Il ne peut pas être ici question du Chréden qui a eu l'avantage de recevoir , dans son enfance et avant d'avoir l'usage de la raison , le baptême , et , avec ce sacrement , la foi infuse de la IVévélalion i et par conséquent aussi de l'autorité de l'Église.

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Académiciens , le second pour prouver et défendre la vérité de la Religion Catholique contre les fientils.

(^p. 8i.) «Proposées par des Sceptiques, ces » objections sont absolument insolubles. » L’objection principale et fondamentale dont parle l’Auteur , et que je viens d’exposer , proposée contre le nouveau système , est absolument insoluble , soit qu’elle soit mise dans la bouche des Sceptiques ou dans celle des Cartésiens , ou enfin dans celle des Théologiens qui se soucient fort peu du Cartésianisme. Rien n’est plus vain que les efforts que fait l’Auteur pour la rétorquer contre la doctrine Catholique. Je l’ai déjà fait voir , et je le montrerai encore tout à l’heure. Mais cette objection ne fût-elle insoluble qu’à l’égard des Sceptiques , ce serait encore décisif contre le nouveau système ; car que doit-on penser d’une doctrine dans laquelle on ne peut répondre aux ennemis de la vérité , sinon que cette doctrine n’est pas la vérité? Ce que l’illustre Auteur de Y Essai semblait s’être proposé , c’était directement de combattre les Sceptiques. « Notre premier soin , ditril , » doit être de nous assurer s’il existe pour » nous un moyen de connaître certainement , » et quel est ce moyen : autrement, notre raison » manquant de base , il nous faudrait douter » de tout sans exception. Essai, t. u. p. 5.) Voilà qui est clair. Pour n’être pas obligés de

l3o EXAMEÎT n’iTPf OnVRAGE , ETC.

nous ranger du parti dos Sceptiques , il faut nous assurer s’il existe pour nous un moyen de connaître certainement et quel est ce moyen. Si donc les Sceptiques font voir à l’illustre Auteur , que d’après ses aveux même , nous sommes dans l’impuissance absolue' de nous assurer s’il existe un moyen de connaître certainement et quel est ce moyen , puisque nous ne pourrions nous en assurer que par notre raison , qui n’est assurée de rien , c’est une conséquence évidente et nécessaire que nous devons douter de tout. Ce n’est point là une objection que les partisans du nouveau système aient droit de mépriser , puisqu’elle attaque ce système par sa base et le renverse absolument , si on ne peut y donner une réponse victorieuse.

L’Auteur de V Essai , qui paraît plus occupé à renverser qu’à édifier , prête aux Cartésiens un raisonnement absurde , dont il se moque avec raison. <f Je cbcrche , leur fait-il dire , si » j’ai un moyen certain de juger de la vérité » des choses. Or je ne puis juger de la vérité » des choses que par les idées que j’en ai ; donc » mes idées sont conformes à la vérité des cho- » ses. Il faut , ajoute Nicole , admettre ce prin- » cipe , ou être Pyrrhonien ; c’est-à-dire qu’il » faut admettre que nos idées sont vraies , ou » convenir qu’elles sont douteuses. A cela nous » n’hésiterons pas à répondre comme Nicole :

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