CHAPITRE QUATRIÈME. \l
la foi , deux choses que saint Thomas , saint Augustin' et tous les Théologiens distinguent soigneusement. La science est fondée sur l’évidence , la foi sur l’autorité. On ne peut refuser son assentiment à l’évidence , parce qu’elle agit immédiatement sur l’entendement, indépendamment de la volonté ; mais on peut le refuser à l’autorité , parce que l’autorité agit principalement sur la volonté qui peut refuser sa soumission à l’autorité la plus évidente et la plus légitime. L’autorité est un motif suffisant de foi, mais non de science , et voilà pourquoi la foi est libre, tandis que la science ne l’est pas. L’Auteur ne ferait-il pas mieux d’avouer avec candeur que saint Thomas n’avait aucune idée de la nouvelle doctrine qu’on voudrait introduire, et qu’il a raisonné dans des principes tout différens ?
On ne réussirait pas mieux à trouver en contradiction Suarez , De Lugo , et d’autres Théologiens qui ont parlé de la foi suivant une doctrine différente de celle que professe notre Auteur. Ils enseignent que les vérités qui sont l’objet de notre foi ne sont pas évidentes par rapport à nous , ce qui est incontestable. Fides est argumentum non apparenlium ; c’est l’Apôtre qui le dit, et il ne peut y avoir qu’un sentiment sur ce point. Mais ils établissent aussi , dit l’Auteür, que les motifs de la foi doivent être évidemment croyables. L’Auteur a eu sans doute des distractions en lisant ces Théologiens , ou sa mémoire est
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infidèle ; car ils disent que les motifs de la foi doi> vent être évidens et que les objets de la foi doivent être évidemment croyables; en effet le mot croyable ne peut s’appliquer qu’aux objets de la foi , et non aux motifs, lesquels doivent être non -seulement croyables , mais certainement connus , pour que la foi soit possible. Mais y a-t-il donc contradiction à dire que les objets de notre foi ne peuvent pas être évidens par rapport à nous , mais qu’ils doivent être évidemment croyables ? Pour qu’il y eût contradiction , il faudrait que les expressions évidens et évidemment croyables fussent synonymes , ce qui n’est pas. Il n’est point évident pour nous que Jésus- Christ soit présent dans la sainte Eucharistie ; mais ce dogme de notre foi est évidemment croyable , puisqu’il est évident que l’autorité divine sur laquelle nous le croyons ne peut nous induire en erreur. On voit, par cet exemple, que le mot évident est appliqué au motif ; et l’expression évidemment croyables , à l’objet même de notre foi. Le Psalmiste a bien dit :
Testimonia tua , Domine , credibilia facta sont nimis. Ces paroles ne désignent -elles pas une évidence de crédibilité ? Mais voyons le raisonnement de l’Auteur. « Ces mêmes Théologiens , » dit-il , reconnaissent que si les objets de la foi » étaient évidens , la foi ne serait pas libre : » {évidence force la conviction. (Suarez, de fide » disput. VI. sect. 8.) Mais pour être appliquée