CHAPITRE QUATRIÈME. l
rieure qui excitait la volonté, était très-suffisant pour que l’on pût croire , et ceux qui crurent sur ce motif ne crurent pas légèrement ; mais il n’était pas suffisant pour donner la science , ou une connaissance certaine , car le pouvoir qu’avait Jèsüs-Christ de remettre les péchés n’en restait pas moins un pouvoir secret que les hommes ne pouvaient que croire sur sa parole , et par conséquent il ne forçait pas l’assentiment; donc cet assentiment, ou l’acte de foi, étaitlihre. C’est-à-dire , que le miracle rendait le pouvoir que Jésus-Christ s’attribuait de remettre les péchés évidemment croyable , mais ne le rendait pas évident. La seule chose qu’il y eût d’évidente , était le miracle même. Tous ceux qui étaient présens le crurent forcément , et en eurent la certitude sans le secours de la raison générale ; mais quoique tous crussent le miracle , tous ne crurent pas la vérité attestée par le miracle , parce que cette vérité , objet de la foi , quoique évidemment croyable , n’était pas évidente , et qu’il dépendait de la volonté de ceux qui furent témoins du miracle de résister à la grâce intérieure qui accompagnait ce signe extérieur , et d’arrêter l’assentiment de l’entendement.
Il n’y a donc aucune contradiction à dire que l’objet de la foi ne peut pas être évident , mais que le motif qui porte à croire peut et doit être évident , ainsi que Suarez l’enseigne à
l54 l-XAMEN d’uV ouvrage , ETC.
l’endroit cité par l’Auteur : (Oo Existimo nuUuni » hominem prœbere verum et perfectum assen- » sum fidei christianas , nisi prias aliquo modo » assequatur vel participet hanc ex’identiam cre- » dibilitatis.j>{àe Fide, disput. 4- sect. 5.) Il ne s’éloigne pas en cela de la doctrine de saint Thomas qui a dit : iVon crederet , nisi videret ea esse credenda ; ni de celle de saint Augustin qui a dit : (’) « Nisi aliquid intelUgat , netno » potest credere in Deum. » C’est donc bien gratuitement que l’Auteur suppose les Théologiens dans un grand embarras. Jamais ils ne se sont doutés de cet embarras. Ils ont cru au contraire, et je crois comme eux , que leurs raisonnemens étaient concluans et sans réplique. Mais remarquons , en passant , qu’en essayant de trouver en défaut saint Thomas et Suatez , l’Auteur fait involontairement l’aveu que ce n’est pas aux seuls Théologiens modernes qu’il en veut , et que ceux qu’il appelle Cartésiens ne sont pas les seuls dont les idées ne s’accordent pas avec les siennes; car Suarez n’était pas plus Cartésien que saint Thomas. Lorsque ce grand Théologien mourut, Descartes n’avait guère que vingt ans , et ne pouvait pas être une autorité capable d’en Im-
(i) 'Je pense que personne ne donne nn assentiment Téritable » et parfait il la foi chrétienne , s’il ne parricnt aupararaut en •'Quelque. manière k cette éridencc de crédibilité. •
^ (a) • Personne ne peut croire en Dieu sans comprendre quel- • que chose. •