‹ Examen d'un ouvrage intitulé: Des doctrines philosophiques sur la certitude dans leurs rapports avec les fondemens de la théologie par l'abbé GerbetChapitre 68 sur 152 · CHAPITRE QUATRIÈME. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME. l

réunissent au plus haut degré toutes les qualités qui rendent une histoire digne de foi. Si donc je puis croire raisonnablement que César a existé , qu’il a conquis les Gaules , vaincu Pompée , etc. j’ai encore plus de raisons de croire l’existence de Jésüs-Christ et les faits rapportés dans l’Évangile , qui est une histoire plus digne de foi que celle de César ou que toute autre histoire profane quelconque. L’Évangile me donne donc une certitude d’une espèce différente de celle qu’avaient les témoins des faits , mais pourtant une vraie certitude des miracles par lesquels Jèsus-Christ prouvait sa mission et sa divinité. Donc ces miracles joints aux prophéties sont pour moi , comme pour les témoins des faits et des événemens , un motif évident qui me porte à croire en Jésus -Christ, à croire , dis-je , raisonnablement et librement : raisonnablement , puisque rien n’est plus raisonnable que de se rendre à de bonnes preuves ; librement, puisque je sens très-bien qu’il est en mon pouvoir de refuser mon assentiment , et que beaucoup d’autres, ayant les mêmes preuves qüe moi , le refusent effectivement.

S’il en est ainsi , me dira-t-on , votre foi est donc fondée sur votre jugement individuel ? — Expliquons-nous ; car j’ai souvent eu lieu de remarquer que les difficultés proposées par nos nouveaux Docteurs ont pour fondement ordinaire quelque expression équivoque. Que pré-

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tendez-vous dire , lorsque vous avancez que ma foi , expliquée ainsi que je viens de le faire , repose sur mon jugement individuel ? Prétendez-vous seulement qu’il suit de l’explication que j’ai donnée que ma foi est précédée d’un jugement individuel , d’après lequel ma véknité se détermine ? Je ne le nierai assurément pas. Je dirai , au contraire , qu’il faut bien de toute nécessité que la chose soit ainsi. En effet , ma foi est individuelle , elle est libre ; or peut-on concevoir un acte individuel libre qui ne soit pas précédé d’un jugement individuel ? Voulezvous dire de plus que , dans ce cas , mon jugement est le principe ou le motif de ma foi ? Je le nie absolument. Le jugement certain que je porte me conduit à la foi , en ce sens seulement que c’est un préliminaire néce^aire à ma foi ; mais il n’en est pas le motif nécessaire , il peut exister sans que la foi existe en moi. L’acte de foi est un acte subséquent qu’il est en mon pouvoir de faire ou de ne pas faire , et qui , si je le fais , a un motif tout autre que celui de mon jugement. Il est bien singulier qu’il faille expliquer à des Théologiens la différence qui existe entre un préliminaire nécessaire à la foi et le motif de la foi. Essayons toutefois , puisque cela est nécessaire, de nous faire entendre. Pour que je puisse croire quelque chose sur votre parole , il faut bien que je sache que vous avez parlé , c’est là le préliminaire nécessaire ;

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