CHAPITRE QÜATRlfeME. I
Si je compte les voix , et si le consentement commun est la règle , il faut bien les compter, je ne sais de quel côté sera le plus grand nombre , peut-être se trouvera-t-il quelques millions d’individus de plus d’un coté que de l’autre ; mais qu’est-ce que cela fait , puisque peut-être plus de la moitié des habitans de la terre ne croit ni à l’im ni à l’autre , et que par conséquent, il n’y a pas , à proprement parler, de consentement commun ? Il est vrai qu’un homme de grand talent a écrit des livres pour prouver que , dans tous les temps , tous les peuples ont cru les vérités fondamentales du Christianisme. Cela peut être, et j’aimerais à me le persuader; mais je n’en saisis pas bien les preuves. L’autorité de cet écrivain est grande sans doute ; mais , après tout , l’autorité d’un grand homme n’est jamais que l’autorité d’un homme , et j’aurais besoin d’une garantie de la solidité de ses raisonnemens , d’autant plus qu’il y a bien des personnes qui ne les trouvent pas concluans.
Je ne dois pas dissimuler qu’un autre écrivain , d’un talent moins brillant , mais pourtant homme de beaucoup d’esprit , a composé un ouvrage qui passe pour classique parmi les défenseurs de nouveau système. C’est un livre élémentaire, un catéchisme. Je l’ai lu avec beaucoup d’attention , espérant d’y rencontrer des notions claires et précises. Effectivement j’y ai trouvé que « Le sens commun est le sens ou
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» sentiment commun à tpus les hommes , ou » du moins au plus grand nombre ; » ( ch. ii. ) que a Dans tous les lieux , dans tous les temps , tous » les peuples ont reconnu et suivi la règle du sens » commun ; » ( ch. vni. ) que « La règle des Ca- » tholiques est de croire ce qui a été cru en tous » lieux , en tout temps et par tous. » ( ch. ivii. ) Voilà qui parait clair et sans ambiguité , il ne peut y avoir aucune difficulté à connaître ce qui est cru en tous lieux et de tout le monde. Cette facilité m’a charmé. Une seule observation s’est d’abord présentée à mon esprit : si , me suis-je dit , la règle des Catholiques est de croire ce qui a été cru en tous lieux , en tout temps et par tous , ils ne croient ni plus ni moins que ce qui a toujours été cru et qui l’est encore aujourd’hui en tous les lieux , par tous les hommes ; car , s’ils croyaient plus ou moins , ils croiraient sans règle ou contre leur règle ; et comme c’est la croyance qui fait le Catholique, il s’ensuit que tous les hommes , passés et présens , ont été et sont Catholiques. Cette conséquence qui me semblait bien déduite m’a un peu étonné , cependant comme elle n’a rien que de consolant , je ne m’en suis pas effrayé. Mais je suis bientôt retombé dans mes perplexités. L’Auteur dit que les Philosophes n’ont pas toujours suivi le sens commun. Je m’en doutais bien ; ce sont des extravagans sans conséquence. Tous les Philosophes réunis ne fomicraiciit