‹ Examen d'un ouvrage intitulé: Des doctrines philosophiques sur la certitude dans leurs rapports avec les fondemens de la théologie par l'abbé GerbetChapitre 81 sur 152 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

est la prédication des Apôtres et de leurs successeurs. Cet ordre est sans doute indépendant de la volonté des hommes , si l’on ne considère que le droit, et l’obligation qu’ont tous les hommes d’obéir à Dieu ; mais a-t-il également l’indépendance de fait ? L’expérience nous prouve le contraire. L’ordre établi de Dieu a cessé de fait chez plusieurs peuples , et en paiv ticulier pour le Japon. Il est incontestable qu’il existe des millions , je dirai des centaines de millions d’individus pour qui l’ordre de la prédication des Apôtres est comme s’il n’existait pas. Si nous considérons le train que prennent les choses , nous avons lieu de craindre que cet ordre ne cesse également de fait en bien d’autres pays ; et nous pourrions même prévoir une cessation totale , si les promesses de Jésus-Christ ne nous garantissaient la perpétuité du sacerdoce et du ministère apostolique jusqu’à la fin des siècles.

Maintenant , si nous considérons que , dans les temps qui ont précédé la venue du Messie , il n’existait pour l’univers , la Judée seule exceptée , aucun corps enseignant la Religion , mais que cet enseignement était abandonné aux pères de famille , il est aisé , indépendamment de l’histoire , de conjecturer ce qui a dû arriver aux traditions. Il était comme impossible qu’elles ne se perdissent pas , ou qu’elles ne s’altérassent pas essentiellement ; d’autant plus que les pères

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de famille n’avaient aucune promesse divine , ni d’assistance particulière pour ne se point tromper , ni de fidélité pour s’acquitter de leur devoir. « Ix>rsque les familles , dit Bergier , fu- » rent obligées de se disperser , plusieurs , uni- » quement occupées de leur subsistance , ou- » blièrent les leçons de leurs pères et la tradition » primitive , et tombèrent dans un état de bar- » barie et dans une ignorance aussi profonde » que si jamais Dieu n’eût rien enseigné aux » hommes. » Aussi voyons-nous que , peu de temps après la dispersion des familles , Dieu se choisit une famille , puis un peuple à qui il confia le dépôt de ses promesses , pour que le souvenir ne s’en perdit pas sur la terre. Crédita sont illis eloquia Dei. ( Rom. ii. a. ) Et même chez ce peuple élu , le culte du vrai Dieu ne put se conserver que par une multitude de prodiges , et par la mission presque non interrompue de Prophètes , interprètes de la volonté divine et chargés de lui annoncer les menaces et les promesses que Dieu lui adressait pour le retenir dans le devoir ou pour l’y ramener lorsqu’il s’en était écarté. Que serait donc devenu ce peuple lui-même , ce peuple de prédilection ; pour qui Dieu avait si souvent déployé la force de son bras , si l’instruction religieuse y avait été abandonnée aux seuls soins des pères de famille ?

Je sais les efforts qu’on a faits pour prouver

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