CHAPITRE CingUI^ME
que tons les peuples ont reconnu l’unité de Dieu et qu’il n’a jamais existé un vrai Polytliéisme sur la terre ; mais je sais aussi que , sans contredire la doctrine Catholique , on peut soutenir que , si le souvenir des antiques traditions n’était pas entièrement perdu chez les nations , ce souvenir était si obscur , si imparfait , si altéré par les erreurs que le temps , l’ignorance , les passions y avaient jointçs , qu’il était comme nul pour la masse du genre humain ; vu que , pour démêler l’erreur de la vérité , il aurait fallu des recherches et des études dont peu de personnes sont capables. J’ai dit qu’on pourrait soutenir cette assertion sans contredire la doctrine Catholique , et je pourrais sans doute dire quelque chose de plus. Ce sont surtout les Protestans , et entr’autres le célèbre Beausobre , qui ont travaillé avec le plus d’ardeur à prouver que la connaissance du vrai Dieu et de son unité était universellement répandue chez tous les peuples , qu’il n’a existé nulle part un vrai Polythéisme , que nulle part on n’a attribué les attributs de la divinité à des créatures , et surtout à des créatures inanimées , etc. Des Théologiens Catholiques ont réfuté cette doctrine qu’ils croyaient ne pas s’accorder avec la doctrine Catholique , et ont cru pouvoir en démontrer la fausseté par l’autorité même des divines Écritures. Mais c’est là une discussion dans laquelle je ne veux pas entrer ; il me suffit
igO KXAMEN d’un OUVnAGE , ETC.
d’avoir fait voir que notre Auteur , qui avait annoncé qu’il allait exposer les principes de la Théologie Catholique touchant la foi avant JÉsus-CmusT , nous donne des principes qui n’appartiennent pas à celte doctrine.
Il prétend que , si la tradition eût cessé de fait dans le genre humain , celte unique voie de connaître la Religion eût été à la fois nécessaire et impossible. Mais d’abord , aucun Théologien ne prétend que la tradition ait cessé dans le genre humain. Le mode de transmettre la tradition a pu changer , sans que la tradition ait cessé pour cela. L’histoire sacrée nous apprend que lorsque les pères de familles devinrent négligens à remplir l’obligation qui leur était imposée , Dieu suppléa à leur négligence par le choix d’une famille et d’un peuple chez qui le dépôt des croyances Religieuses se conservât intact. Le peuple Juif, quoique peu nombreux et habitant un pays d’une petite étendue , était en relation avec les principaux peuples de la terre. I^es fréquentes captivités des enfans d’Israël chez différentes nations les avaient fait connaître. J^a singularité de leur culte , son contraste avec les cultes de toutes les nations frappait les yeux et devait exciter la curiosité. Les individus de ce peuple , bien loin de dissimuler leur croyance dans les lieux où ils étaient exilés ou qu’ils parcouraient pour leurs propres affaires , regardaient comme un point de Religion et une affaire