‹ Examen d'un ouvrage intitulé: Des doctrines philosophiques sur la certitude dans leurs rapports avec les fondemens de la théologie par l'abbé GerbetChapitre 88 sur 152 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

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n hujus ignorantiœ despiciens Deus , nunc an- » nuntiat hominibus ut omnes ubique pœniten- » tiam agant. » ( Act. xvii. ag , 3o. ) Le même Apôtre écrivant à des Gentils nouvellement convertis à la foi , leur rappelle leurs égaremens et leurs erreurs sur la Divinité , et leur dit : Vous vous souvenez bien qu’étant païens vous vous laissiez entraîner, (en suivant le consentement commun) selon qu’on vpus menait, vers des idoles muettes. (0« Scitis quoniam ciim Gen- » tes essetis , ad sitnulacra muta , prout duce- » bamini , euntes. » (I. Cor. xii. a.) Et encore : (’) a Sed tune quidem ignorantes Deum , iis , qui » naturâ non sunt dii, serviebatis. » (Galat. iv. 8.) Ces reproches de l’Apôtre paraissent -ils bien fondés dans la doctrine de ceux qui prétendent que la foi des vérités primitivement révélées s’était conservée chez tous les peuples par une tradition perpétuelle , universelle , infaillible ?

Enfin les Théologiens Catholiques, anciens et modernes et les Docteurs de l’Église enseignent communément que, pour parvenir au salut, il n’était point nécessaire d’appartenir à la Synagogue , et que Dieu a pu avoir et a eu en effet des élus parmi les nations , mais ils enseignent

(l) • Voa» saTci que, quand roua faisiei partie des Gentils, • sous vous laissiez conduire à des idoles muettes. •

(a) • Mais alors , ne connaissant pas Dieu , vous serviez ceux > qui n’ont pas la nature divine. •

ao8 EXAMEN d’üN OTTVnACE , ETC.

égalenoent qu’il n’y avait de vraie Église visible, ayant un enseignement connu et public , que celle du peuple de Dieu.

L’Auteur ajoute ; « Que dit la doctrine pbilo- » sopbique? Partant du principe d’autorité , elle » en conclut d’abord la nécessité d’une Révéla- » tion primitive , qu’elle établit en même temps » comme fait , d’après le témoignage de tous les » peuples ; elle conclut , en second lieu , du prin- » cipe fondamental d’autorité , la nécessité per- » pétuelle et universelle de la tradition , et elle » prouve en même temps que , de fait, les vérités » révélées aux premiers hommes ont été toujours » conservées dans le genre bumain par la tradi- » tion perpétuelle , universelle; d’où il suit que » l’Église a eu dans tous les temps les carac- » tères de la plus haute autorité visible , et » qu’elle a pU toujours être aisément discernée » des hérésies , qui n’étaient que des erreurs » particulières opposées à la tradition générale. » {p. i35.)

Il est incontestable que la doctrine philosophique de l’Auteur dit tout cela et beaucoup d’autres choses encore plus merveilleuses ; il ne peut pas y avoir de controverse là-dessus. L’unique question qu’on puisse faire est de savoir si tout cela est bien dit , si cela est conforme à la vérité et d’accord avéc le sentiment commun des Théologiens , des Pères et des Docteurs de l’Église. Car , moi aussi , je

CIIAPITUr, SBPTIKME. UO9

tiens an consentement commun , et je le prends volontiers pour règle de ma croyance , toujours prêt à soumettre mon jugement au jugement de ceux à qui je dois respect et obéissance. L’existence de fait d’une tradition perpétuelle et universelle des vérités primitivement révélées peut paraître prouvée à la raison individuelle de l’Auteur; mais ce n’est pas là, je pense, une de ces vérités qui soient admises communément et sans contradiction ; et s’il est vrai qu’il n’y ait d’autre principe de certitude que le consentement commun , il sera forcé d’avouer que son assertion n’est rien moins que certaine. D’abord, les Cartésiens ne sont certainement pas de son avis ; et ,si nous l'en croyons , sons cette dénomination il faut comprendre presque tous les Théologiens modernes. Voilà déjà un bon nombre de dissidens ; mais on s’en débarrasse facilement en disant qu’on sait bien que les Cartésiens sont ennemis du sens commun. Cette réponse , comme on voit, est péremptoire. Laissons donc pour ce qu’elle vaut l’autorité des Pbilosophes et des Théologiens Cartésiens , et regardons-la comme de nul poids dans la balance. Jlais l’autorité de l’Eglise doit toujours être parfaitement d’accord avec celle du consentement commun ; autrement , il y aurait conflit entre deux autorités infaillibles. Or, sans contredire la doctrine de l’Eglise Catholique , il est trè.s-j)ermis de dire: 1“ Que les nations infidèles n’ont pas la foi , car

2 10 EXAMEN d’en OUVRAGE, ETC.

c’est là ce que veut dire le mot même inûdcle -, a" qu’à la venue du Messie, toutes les nations, une seule exceptée , étaient infidèles. D’où il suit, si je ne me trompe, que la foi n’existait nulle part chez les nations , faisant toujours l’exception des élus que Dieu a pu se réserver par cet ordre particulier de sa Providence , qui , comme le dit saint Augustin , n’est connu que de lui et des individus qui en sont l’objet; mais CCS individus isolés et unis seulement par un lien invisible , ne pouvaient pas constituer une Kglise qui eût les caractères de la plus luuite autorité visible.

Parmi les hérésies qui, selon l’Auteur, n’étaient que des erreurs particulières, il faut sans doute compter l’ idolâtrie. Mais , de bonne foi , pouvons-nous être condamnés, en vertu du sens commun , à croire que le culte des idoles n’a été qu’une erreur particulière? Ce culte n’était -il jias répandu sur toute la surface de la terre ? Et l’Auteur lui-méme , deux pages plus bas , ne dit-il pas que les superstitions idolatriques étaient le crime commun des nations païennes P Si c’était un crime commun , l’erreur sur laquelle était fondé ce crime était donc aussi une erreur commune, .\ura-t-on recours au subterfuge de dire que c’était une erreur de conduite et non de croyance? Mais, outre qu’il n’est guère concevable qu’une conduite commune ne soit point fondée sur une croyance conimui^' , puisque ,

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