‹ Examen d'un ouvrage intitulé: Des doctrines philosophiques sur la certitude dans leurs rapports avec les fondemens de la théologie par l'abbé GerbetChapitre 92 sur 152 · CHAPITRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIEME

une sorte d’excuse pour atténuer la faute. Ici il s’adresse à ceux qui étaient faits pour conduire et donner l’exemple ; il reproche à ceux qui ont eu la connaissance de Dieu d’avoir retenu injustement la vérité captive , parce que c’était pour eux un devoir de la confesser , de la publier , de la faire connaître généralement , ce qui aurait pu prévenir les désordres. Au lieu de cela , ils se sont enorgueillis d’une connaissance qui ne devait pas être purement spéculative , ils se sont perdus dans leurs propres pensées , et leur prétendue sagesse est devenue une véritable folie ; ils sont tombés eux-mémes dans tous les égaremens dont ils devaient préserver les autres. C’est donc à eux que devaient s’adresser les reproches et les menaces.

{p. 1 3g. ) a Les Théologiens Cartésiens ont cm » trouver aussi , dans un autre passage de saint » Paul , une objection contre la nécessité de la » tradition , et de la Révélation elle -même. » L’Auteur donne la traduction d’un long passage de l’Apôtre , traduction sur laquelle il y aurait aussi quelque remarque à faire , mais je m’en abstiens. C/e qu’il y a de principal dans ce passage et ce qui doit fixer notre attention , est que l’Apôtre dit que les Gentils, sans avoir la loi , font naturellement les œuvres de la loi , et montrent ainsi qu’ils ont l’œuvre de la loi écrite dans le cœur, a Cùm enim Gentes quce legern non » habent, naturuliter ea quœ legis sunt faciunt.

aa4 ' fxamen oirvnAGF , etc.

» ejusmodi legem non habeules , ipsi sibi swit » lex ; qui oslendunt upus legis scriptum in cor- » dibus suis. »

S’il y a des Tliéologiens Cartésiens qui ont trouvé dans ce texte un argument contre la nécessité de la tradition pour conserver et transmettre les vérités révélées , je conviens qu’ils ont eu tort ; car il n’y est fait aucune mention ni directe ni indirecte de la tradition ; pas plus que de la Révélation primitive. Au reste l’Auteur ne nomme aucun Théologien qui ait donné dans ce travers, et son assertion est du nombre des assertions vagues et dénuées de fondement qui se trouvent si fréquemment dans son ouvrage. Je conviens également que la loi dont il est question dans ce passage est la loi donnée aux Juifs par le ministère de Moïse , c’est-àdire , la partie morale de la loi , ou le Décalogue écrit sur la pierre ; car ce n’est sans doute pas des cérémonies prescrites par la loi que veut parler l’.Xpôtre, lorstpi’il dit que , sans avoir la loi , les Gentils faisaient naturellement ce qui est prescrit par la loi. Ce passage peut s’entendre , et a été entendu par beaucoup d’interprètes , des Gentils convertis à la foi ; mais tous les interprètes , sans exception , conviennent qu’on peut aussi l’entendre des Gentils en général qui , n’étant point soumis à la loi révélée aux Juifs et (ju’ils ne connaissaient pas , devenaient coupables s’ils n’observaient pas la loi

CnAPITRE SEPTIÈME.

morale écrite dans leur cœur et qu’ils pouvaient connaître par la raison , loi morale qui était nécessairement d’accord avec le Décalogue , ou avec la loi morale que le doigt même de Dieu avait écrite sur les deux tables. Écoutons toujours saint Thomas. C’est notre guide , beaucoup plus sûr que Descartes ; et si ses principes s’accordent avec ceux des Théologiens que l’.\uteur appelle Cartésiens , nous pourrons en conclure que ces Théologiens Cartésiens sont de très-bons Catholiques. (0 <c Cùm enim Gentes » quæ legem non habent , scilicet divinam , quam » non acceperunt ; non enim Gentibus data » est lex , sed Judœis.... naturaliter faciunt quæ » sunt legis , id est , quæ lex mandat , scilicet » quantum ad prœcepta moralia , quæ sunt de rt dictamine rationis naturalis. » Peut -on dire plus clairement, plus expressément que les préceptes que remplissent ceux qui n’ont pas la loi écrite sont les préceptes moraux qui leur sont connus par la lumière naturelle de leur raison ? Le saint Docteur explique ensuite comment on doit entendre le mot naturaliter ; il donne les deux interprétations qu’admettent les Catholiques , et fait voir que cette expression

(i) • Car loraqne le« Gentila qni n’ont pas la loi , taroir la

• diTÎne qu’ils n’ont pas rcçnc , puisque ce n’est point ii eux , mais

• aux Juifs , qu’elle a él<i donnt^ pratiquent naturellement ce

• qui est de la loi , c’cst à-dire , ce que commande la loi quant P aux préceptes moraux diclés parla raison naturelle, p

aa6 EXAMErr n’rx olvrage , etc.

n’exclut pas la grâce , laquelle n’est pas moins nécessaire pour observer les préceptes de la loi naturelle que ceux de la loi écrite. (*) « Naturaj» liter , id est , per naturam gralUi reformatam; » loquitur enim de Gentibus ad Jidem conversis , » qui auxilio gratiœ Oiristi caperunt moralia » legis servare. F el polest dici naturaliter , id » est , per legem naturalem ostendentem eis quid » sit agendum , secundum istud ( Ps. iv. 6. ) Sij> gnatum est super nos lumen vultùs tui , Domine ; » quod est lumen rationis naturalis , in qua est » imago Dei ; et ^tamen non excluditur quin » necessaria sit gratia ad movendum affectum. » C’est ainsi que saint Thomas , lorsqu’il parle des Gentils non convertis et de leurs connaissances en matière de Religion et de morale , explique tout par la loi naturelle et par cette lumière divine qui est en l’homme , c’est-à-dire , par cette raison individuelle qu’on veut nous présenter comme incapable de toute connaissance certaine. On ne trouvera nulle part que ce

(i) • Natnrcllrment , c'est-à-dire , par la natarc soutenae de la

■ grâce : car il parle des Gentils conTcrtis à la foi , qui , arec le

■ seroars de la grâce de Jistis-CeiusT , ont commencé à obsenrer

• les préceptes moranx de la loi. On peut encore dire : Natnrel-

> lemcnt , saroir par la lui naturelle qui leur montre ce qu'il

■ faut faire , ainsi que le dit le Psalmistc : La lumière de Totre

> visage , Seigneur , a été imprimée en lions ; c'est-à-dirc , la lu-

• mière de la raison naturelle dans laquelle parait l’image de

• Dieu : ce qui n'exclut pas la nécessité de la grâce poui' émou-

• voir le cœur. •

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