CHAPITRE SEPTIÈME
saint Docteur ait dit ou pensé que les Gentils avaient la vraie foi , et qu’il existait chez eux une autorité visible , interprète infaillible de la Révélation et enseignant la vraie Religion. C’est là un dogme qui n’était connu ni de lui ni de ses contemporains.
Voyons maintenant comment l’Auteur raisonne sur ce passage de saint Paul. « Les paro- » les de l’Apôtre , dit-il , supposent que les Gen- » tils connaissaient la Religion nécessaire au » salut ; Ceux qui ont vécu sans la loi , périront » sans la loi. Mais, s’ils devaient être condamnés B ou périr pour n’avoir pas suivi cette autre B loi que tous connaissaient , cette loi univer- B selle comprenait donc tous les dogmes et les B préceptes indispensables pour vivre ou être B sauvés, et par conséquent le dogme de l’unité B de Dieu , sans lequel la véritable foi ne saurait B exister, b
Remarquons d abord que l’Apôtre n’a pas dit , Ceux qui ont vécu sans la loi ; mais , Ceux qui ont péché sans la loi. La différence est bien notable, car on pouvait vivre sans la loi , et ne pas périr; mais je suppose volontiers que ce changement fait au texte de saint Paul est une distraction de 1 Auteur. Quant à son raisonnement , je ne saurais voir qu il existe une liaison entre l’antécédent et le conséquent. De ce qu’on l’on pèche en n observant pas une loi , et de ce que l’on est puni pour l’avoir transgressée , il ne suit pas
aa8 EXAMTy d’üx orvHACE , etc.
nécessairement que cette loi renferme tous les préceptes qu’il est nécessaire d’observer pour parvenir à la vie éternelle. Cette loi que les Gentils connaissaient, ou qu’il était en leur pouvoir de connaître , et que nous pouvons bien , avec saint Thomas et avec la foule des Théologiens , appeler loi naturelle , non - seulement parce qu’elle est conforme à notre nature , comme l’Auteur l’insinue , mais encore par opposition à la loi révélée , qui est également conforme à notre nature , cette loi , dis-je , était universelle , et particulière. Elle obligeait tous les hommes et chacun en particulier. Quiconque ne l’observait pas était digne de la mort éterelle ; mais il ne s’ensuit nullement qu’elle contînt tout ce qui était nécessaire pour parvenir à la vie. Celui qui prendra du poison mourra infailliblement ; s’ensuit-il que pour conserver la vie il suffise de s’abstenir de prendre du poison ? Si les nations qui , par leur faute , avaient perdu la connais.sance de la Révélation, avaient été fidèles à cette loi naturelle que la raison leur enseignait , Dieu , sans doute, leur aurait donné ce qui était encore nécessaire pour parvenir à la vie , et nous croyons que les particuliers qui l’ont exactement observée , ce qui, comme de remarque saint- Thomas , n’a jamais pu avoir lieu sans la grâce , ont obtenu des grâces ultérieures dont ils avaient besoin pour se sauver. Nous le croyons^- fondés sur le
CHAPIT'HE SEPTIEME.
double ordre de Providence générale et de Providence particulière que reconnaît saint Augustin et que reconnaissent avec lui tous les Théologiens Catholiques. Cette loi universelle naturelle prescrivait le culte d’un seul Dieu, dont on pouvait avoir la connaissance par la lumière de la raison ; mais cela ne suffisait pas pour avoir la véritable foi. Aussi persisté-je à soutenir , désirant que l’Auteur ne se scandalise pas de mon assertion , que les Gentils n’avaient pas la véritable foi , et qu’il n’y avait point chez eux d’autorité infaillible et visible , dépositaire des vérités révélées et chargée de les enseigner.
« Veut- on , ajoute l’Auteur, n’entendre ce » passage que des préceptes moraux ? alors tout » ce qui en résulte c’est qu’il existe chez tou- » tes les nations une loi morale , que cette lot » est naturelle ou conforme à la nature , qu’elle » est écrite dans le cœur , que la conscience la » reconnaît et lui rend témoignage. Conclure a de là que cette loi , pour être connue , n’a pas » besoin d’étre enseignée , c’est faire dire à l’Ar » pôtre ce qu’il n’a point dit , c’est ajouter ime » opinion à une vérité certaine. » (/>. i4t* )
En changeant à son gré la signification des mots et en les détournant de l’acception communément reçue , il n’est point de fausseté qu’on ne puisse établir sur les autorités les plus respectables , point de vérité qu’on ne puisse attaquer et renverser par les mêmes moyens. IL
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plaît à l’Auteur d’entendre par loi naturelle une loi conforme à la nature ; partant de ce principe , rien n’est plus facile que de démontrer que toutes les lois sont naturelles ; car une loi qui ne serait pas naturelle en ce sens , c’est-àdire, qui ne serait pas conforme à la nature, ne serait pas une loi ; puisque toute loi impose une obligation et qu’il répugne qu’un être puisse avoir l’obligation d’agir contre sa nature. Que deviennent donc les distinctions que les saints Pères , les Théologiens , et généralement tous les écrivains qui ont traité cette matière ont mises entre les lois ? Tous ont parlé de la loi naturelle comme d’une loi distinguée des autres , et pourtant personne , que je sache, n’a enseigné qu’il existe des lois non conformes à la nature , ou non naturelles , dans le sens que l’Auteur donne à cette expression. Ce n’est donc plus l’enseignement, mais le langage même qu’il s’agit de réformer. En attendant que cette réforme soit autorisée par le consentement commun , il nous sera libre de penser et de parler comme les Docteurs de l’Église ont pensé et parlé jusqu’ici. Voyons donc quelle est leur doctrine sur ce point.
Saint Thomas nous enseigne que la loi naturelle se borne à l’enseignement des vérités pratiques que la raison naturelle fait connaître. ^')nlllud solum est de lege naturali quod ratio
(i) « La loi naturelle ne renferme que ce qu cnscignc la rai- ■ sou naturelle.