‹ Examen d'un ouvrage intitulé: Des doctrines philosophiques sur la certitude dans leurs rapports avec les fondemens de la théologie par l'abbé GerbetChapitre 95 sur 152 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

écrite dans le cœur, ce n’est sans doute pas dans le cœur de la société ; il faut bien que ce soit dans le cœur de chaque homme , à moins qu'il n’y ait aussi un cœur général , comme une raison générale. Je ne dirai pas pour cela que la connaissance de cette loi soit innée dans chaque homme. 11 faudrait d’abord attacher une idée claire à ce mot innée , et c’est ce qu’on n’a pas fait jusqu’ici. Etre écrit et être connu sont deux choses. Pour que ce qui est écrit soit connu , il faut qu’il soit lu. (0 a Dicitur intelligere , dit saint Thomas , quasi intus legere. » Ce n’est donc que lorsque le développement des organes permet à l’homme de faire usage de sa raison , qu’il est eu état d’acquérir cette précieuse connaissance , et il ne l’acquiert qu’à proportion de la réflexion et de l’attention qu’il apporte à consulter cette lumière intérieure qui est en lui. De là vient que , quoique personne , s’il a l’usage de la raison , ne puisse ignorer les premiers principes de la loi naturelle , les passions , Jes préjugés de l’éducation et plusieurs autres causes peuvent entraîner dans. des erreurs grossières sur les conséquences qu’une droite raison peut déduire de ces principes , comme nous savons par expérience qu’il est arrivé à des nations entières.

(i) • On dit intelligere aToir l’intelligence , c'ett-à-dire intus • legere , lire dans l'intérienr. ■

a3/| EXAMEN d’dn ouvrage, etc.

L’Auteur demande pourquoi cette connais* sance ne viendrait pas à l’homme , comme celle de toutes les autres vérités universelles , par la société qui en conserve le dépôt ? Je réponds qu’à proprement parler , aucune connaissance intellectuelle ne peut être produite en nous par une cause extérieure. Toute connaissance que l’on peut acquérir suppose une connaissance antérieure acquise , ou inhérente à notre raison , dont elle est le développement. Prenezvous-y de telle manière que vous voudrez pour enseigner une vérité à quelqu’un , vous n’en viendrez jamais à bout, si vous ne partez d’une vérité ou d’un principe qu’il connaît déjà ; d’où il suit que la première vérité ne peut pas être enseignée. Cette seule considération suffit pour prouver combien il est absurde de chercher le principe des connaissances de l’homme hors de l’homme ou de sa raison. Cette raison , principe divin , contient les principes de toutes les, connaissances spéculatives ou pratiques que nous pouvons acquérir. Ce sont ces princijies qui la constituent. Il est impossible de concevoir une intelligence qui ne comprenne rien , une lumière divine qui ne manifeste rien ; et ce que cette intelligence comprend , ce que cette lumière divine manifeste, ne peut avoir ailleurs le principe de sa certitude. L’homme , dit saint Thomas , peut instruire un autre homme , comme un médecin peut rendre la santé à un

Page 1