PRÉFACE. XXXIX
gique de la religion avant Jésus-Christ est complètement détruite par la Philosophie Cartésienne appliquée à la Théologie. La preuve qu’il en donne est que , suivant cette Philosophie, la généralité des hommes devait trouver , chacun dans son propre esprit , la connaissance des vérités fondamentales delà religion. II compare, comme en beaucoup d’endroits de son ouvrage , le Cartésianisme au Protestantisme , et prononce sans hésiter que ce systi'me est à la religion avant Jésus-Christ , identiquement , ce que le Protestantisme est à la religion depuis Jésus-Christ. Il fait raisonner , ou plutôt déraisonner les Cartésiens comme il lui plait. Il va même, jusqu’à prétendre que ceux qu’il appelle Théologiens Cartésiens font de vains efforts pour séparer leur système de celui des Déistes. •
On a peu de chose à répondre aux assertions de M. Gcrbct dans ce Chapitre , par la raison qu’on y a répondu d’avance , en réfutant les principes qui sont ici répétés , ou dont on tire des conséquences. Tous ses cITorts sont dirigés à combattre le Cartésianisme , qu’il arrange à sa façon ; cela importe assez pou. On s’arrête seulement à examiner un raisonnement absurde qu’il prête aux Cartésiens , et on explique ce que c’est que la raison humaine , non dans les principes des Cartésiens , dont on fait constamment abstraction dans tout le cours de l’EXAMEX, mais dans ceux de saint Thomas , du commun des Théologiens et de tous les Philosophes chrétiens antérieurs à Descartes. On démontre que c’est la fausse notion que s’en sont faite les partisans du nouveau système qui est la cause de toutes leurs aberrations.
Ca
PRÉFACE
vn. • Dans le septième Chapitre , il est question de la doctrine d’autorité dans ses rapports avec la foi avant Jésus-Christ. ItL Gerbet trouve ici sa tache extrêmement facile. Il exprime la persuasion que la doctrine Théologique et sa doctrine Philosophique sont absolument identiques, et que, pour constater celte identité, il n'est besoin que d’exposer l’une et 1 autre. Cette exposition ne lui demande qu’une seule page. Il passe ensuite à résoudre les objections qu’on lui oppose. »
On lui répond que l’identité qu’il prétend exister entre la doctrine des Théologiens Catholiqnes et sa doctrine Philosophique est uniquement fondée sur l’exposition infidèle qu’il fait de la doctrine des Théologiens et sur la préoccupation de son esprit qui lui fait confondre ses propres idées avec la doctrine Catholique. On entreprend ensuite démontrer, en détail, qu’il est loin d’avoir résolu d’une manière satisfaisante les objections qui ont été proposées contre son systi'me , et particulièrement celles qui sont tirées des Épitres de saint Paul.
VIII. « Dans le huitième Chapitre , on considère le Cartésianisme dans ses rapports avec la foi depuis Jésus- ChrisL Dans un Chapitre pnlcédent, M. Gerbet, comme nous l’avons vu , accuse les Théologiens Cartésiens d’enseigner le Protestantisme relativement à la foi avant Jésus-Christ ; ici , il les accuse d’avoir fourni aux Protestans et aux incrédules des objections qui sont insolubles dans leur Théologie, et d’avoir , dans leurs Traités de|l’Église, renversé les bases mômes de la Théologie Catholique.
PRÉFACK. XLI
» 11 essaie de prouver cette étrange assertion , par quelques raisonnemens. Puis , pour démontrer à quel point la Théologie Cartésienne est défectueuse , il entreprend d’examiner la fameuse conférence de Bossuet avec le ministre Claude. 11 sc fait fort de prouver que toutes les objections du ministre n’étaient que des déductions rigoureuses de la doctrine Cartésienne , qu’elles étaient par conséquent insolubles pour le Cartésien Bossuet , et que ce Prélat ne dut qu'à la maladresse de Claude son triomphe et la réputation dont il a joui d’avoir victorieusement combattu son antagoniste.
» Si M. Gerbet avait été présent, les choses sc seraient passées bien autrement. 11 [montre la faiblesse des réponses du Prélat , il suggère au ministre des répliques victorieuses , et tous les deux auraient été obligés de reconnaître sa grande supériorité.
• Plus tard , ,1’Évéquc du Puy ne réussit pas mieux. M. Gerbet fait voir clairement que ses réponses n’atteignaient même pas l’état de la'qucstion. 11 le pousse , et prétend l’amener , de raisonnemens en raisonnemens , jusqu’à avouer que , dans les principes de la Théologie Cartésienne , c’est im devoir, ou du moins un droit, pour l’enfant qui parvient à l’àgc de raison , de douter de la foi.
» M. Gerbet cite ensuite plusieurs passages d’Écrivains Protestans , qui prouvent , selon lui , que c’est en vertu des principes de Descartes qu’ils sont Protestans ; et il termine ce Chapitre en se citant lui-même (i) , pour appuyer tout ce qu’il a diu • .
(1) Dans Ip Ui'moriat CathoIir(ue , la lettre x Uent lieu de la sisnaturc de U. Gerbet. Or, cette lettre est à la Qa de l’article cité par U. Gerbet , en conlliiuation de sa doctrine.
PRÉFACE
On répond , que M. Gerbct a pris trop facilement l’épou- Tante , que le mal n’est pas aussi grand qu’il se l’est imaginé, que la base de la Théologie reste intacte, que la manière d’enseigner parmi les Théologiens , Cartésiens ou non Cartésiens , est assez uniforme, qu’il faut les condamner tous ou les absoudre tous ; que si dans le Traité de l’Église , on prouve l’autorité de l’Église par des passages de l’Écriture sainte , cela ne se fait que contre les adversaires qui admettent l’autorité des Livres saints , et par un argument ad hominem, comme, on s’exprime dans les écoles ; que cette manière de procéder est bien ancienne dans l’Église. Elle était en usage parmi les Théologiens qui ont vécu avant Descartes, comme elle l’est parmi les Théologiens modernes. Elle remonte jusqu’aux Apôtres, et jusqu’à Notre-Seigneur lui-même. Ce divin Sauveur renvoie les Juifs incrédules aux Livres saints pour se convaincre qu’il est le Messie promis à leurs pères. Les Apôtres, également , dans leurs prédications aux Juifs , s’appuient sur les divines Écritures. Les saints Pères et les Docteurs de l’Église, dans tous les temps, ont prouvé les dogmes de la foi contre les Hérétiques par des passages des Livres saints dont ces Hérétiques admettaient rauthcnticité et l’autorité. Il n’y a donc rien d’étonnant si, de nos jours, on fait voir aux Protestans que l’autorité de l’Église est clairement exprimée dans les Livres qu’ils regardent eux-mêmes comme contenant la parole infaillible de Dieu. Il faut être censeur bien sévère pour trouver en cela la matière d’un reproche ou d’une accusation.