CHAPITRE SEPTIÈME. 3o
» Dei est in salutem omni credenli , Judœo » primiim , et Græco. Justitia enim Dei in eo » revelatur ex fide in fideni ; sicut scriptum est : » Justus autem ex fide vivit. Revelatur enim ira » Dei de cœlo super omncm impietntem et in- » justitiarn hominum eorum qui veritatem Dei J) in in/ustitia detinent : quia quod notum est Dei , » manifeslum est in illis. Deus enim illis mani- » festavit. Invisibilia enim ipsius , a creatura » mundi,perea quæ facta sunt , intellecta conspi- » ciuntur : sernpiterna quoque ejus virtus , et » divinitas , ita ut sint inexcusabiles. Quia cùm » cognoeissent Deum , non sicut Deum glorifica- » verunt , aut gratins egcrunt : sed evanuerunt in » cogitationibus suis , et obscuratum est insipiens » cor eorum : dicentes enim se esse sapientes, » stulti facti sunt. Et rnutaverunt gloriam in- » corruptibilis Dei in similitudinem imaginis cor- » ruptibilis horninis , et volucrum , et qiuidru- » pedum , et serpentium. Propter quod tradidit >) illos Deus in desideria cordis eorum.... qui chm » justitiarn Dei cognoeissent , non intellexerunt n quoniam qui talia agunt , digni sunt morte. » ( Rom. I. i6 — 3a. )
L’Auteur, je pense , sera convaincu que j’ai lu le texte. J’ai lu également sa traduction , et j’ai remarqué que les mots que j’ai soulignés
« Dieu les a liTrés aux désirs de leurs cœurs Et après oToir
» connu la justice de Dieu , ils n*ont pas compris que ceux qui • font ces choses sont dignes de mort. •
3o4 EXA.MEW d’cIT ouvrage , ETC.
dans le texte ont été omis par le traducteur. Cependant quelques-uns de ces mots ne sont pas inutiles pour saisir le vrai sens du passage.
Il y aurait d’autres remarques encore plus importantes à faire sur cette traduction. Je pourrais demander , par exemple , si ces mots ret>elatur ex fide in fidem , peuvent signifier est révélée par le moyen de la foi. Si ces mots quod notum est Dei manifestum est in illis , sont bien rendus par la connaissance de Dieu est en eux , etc. Mais pour ne pas trop m’étendre , je me bornerai à examiner si ce passage interprété par saint Thomas est favorable au nouveau sys- > tème qu’on décore du nom de doctrine d’autorité.
L’Auteur conclut de ce passage de l’Apôtre , i“ que les Gentils en général avaient la connaissance de Dieu et une connaissance fondée ^ur la foi ; qu’ils connaissaient également la loi divine ou la justice de Dieu, expression , dit-il, qui n’aurait aucun sens , s’ils avaient ignoré la loi d'après laquelle la justice de Dieu devait les juger. Je vais montrer que saint Thomas , interprétant l’Apôtre , fait voir , i° que la connaissance de Dieu, dont parle saint Paul , est bornée aux sages d’entre les Gentils , et qu’elle ne peut s’entendre d’une connaissance acquise par la foi , mais d’une connaissance naturelle fondée sur la raison ; a" que l’Apôtre ne donne nullement à entendre que ceux dont il parle aient eu con-
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naissance de la loi divine révélée , et que , s’ils connaissaient la justice de Dieu , Us la connaissaient de la même manière que l’existence même de Dieu , parleur raison qui leur enseignait que Dieu possède nécessairement toutes les perfections ; d’où il suit que ce n’est que par un aveuglement volontaire qu’ils n’ont pas su en conclure qu’ils se rendaient dignes des plus terribles châtimens , eu se livrant aux abominations que décrit l’Apôtre , ou simplement en ne les condamnant pas.
Et d’abord , saint Thomas n’entend point le passage de saint Paul des Gentils en général , mais seulement des sages d’entre les Gentils, c’est-à-dire , des Philosophes ou de ceux qui avaient l’esprit cultivé par l’étude. En effet , interprétant ces paroles de l’Apôtre , revelatur enini ira Dei de cœlo , etc. voici comment il explique la pensée du Docteur des nations : L’Apôtre , dit-il , reconnaît que les sages d’entre les Gentils ont eu une vraie connaissance de Dieu , ensuite il déclare qu’ils se sont rendus coupables d’impiété et d’injustice ; en6n il dit qu’ils se sont attiré la colère de Dieu : « Primo consentit quod » sapientes Gentilium de Deo cognoverunt veriu tatern , secundo attendit quod in eis impietas » et injustitia fuerint , tertio quod iram Dei in- » currerint. » Saint Thomas dit ensuite que ce que les sages des Gentils ont connu de Dieu , ils l’ont connu , non par la révélation , mais
3o6 FXàMKW d’cTT OÜVnAGE , ETC.
par la raison, «(i) Quia quod notum est Dei, id » est , quod est cognoscibile de Deo ah hotnine » per rationem , manifestiim est in illis, id est, » manifestwn est eis ex eo quod in illis est , id » est, ex lumine intrinseco. » Et encore : « (i) Hu-
• jusmodi cognitionem habuerunt per lumen ra- » tionis ; ( Psalm. iv. 6. ) Multi dicunt : Quis osten- » dit nobis bona ? Signatum est super nos lumen » vultüs tui Domine. »
Mais saint Paul dit que c’est Dieu lui-même qui leur a manifesté ces vérités, Deus enim illis manifestant. — Sans aucun doute; l’homme ne peut connaître aucune vérité , si Dieu ne la lui manifeste. La lumière de notre raison n’est-elle donc pas une lumière divine ? Outre la révélation sur laquelle sont fondées les connaissances que nous devons à la foi. Dieu, dit saint Thomas , a deux manières de nous instruire qui n’appartiennent pas à la foi. « (3) Deus autem
(i) • Parce qae ce qa’on connail de Dieu , c'est-à-dire , ce qae
• rhomme peat connaître de Dieu par la raison , est manifesté
• en eux, c'est-à-dire , leur est manifesté par ee qui est en cnx,
• savoir par une lumière intérieure. •
(3) • Us ont en cette connaissance par la lumière de la raison.
> Plusieurs , dit le Psalmiste , demandent qui leur découvrira
> ces biens. La lumière de votre visage , Seigneur , a été gravée a sur nous. »
(3) • Dieu manifeste quelque chose à l'homme en deux ma-
• nières : d'abord en mettant en lui une lumière intérieure par a laquelle il connaît ; selon ce mot du Psalmiete : Envoyez votre a lumière et votre vérité ; ensuite en faisant voir des signes exté-
• rieurs de sa sagesse , savoir les créatures qui tombent sons les
CHAPlTaE SEPTIÈME. 3o7
I» dupîiciter aliquid homini manifestât , unomodo » infundendo lumen interius per quod homo » cognoscit; ( Ps. xlii. 3. ) Emitte lucem tuam et » veritatera tuam ; alio modo proponendo suce » sapientiæ signa exteriora , scilicet sensibiles » creaturas ; (Eccli. i. lo. ) EffucUt illam (^scilicet » sapientiam ) super omnia opéra sua. Sic ergo » ilUs Deus manifestavit , vel interius infundendo 9 lumen , vel exteriùs proponendo visibiles crea- » turas , in quibus sicut in quodam libro Dei » cognitio legeretur. »
On le voit, le saint Docteur n’a pas recours , pour expliquer cette connaissance des Gentils , aune tradition perpétuelle et universelle, conservatrice des vérités révélées. Il ne connaissait vraisemblablement pas cette tradition telle qu’on nous la dépeint. Il est du moins certain qu’il n’en est fait aucune mention dans scs ouvrages. Ici il attribue tout à la raison des sages et à la manifestation que Dieu leur a faite de lui-mèrae par ses œuvres extérieures et par la lumière qu’il a mise en eux. Ecoutons - le encore : O (i) Per ea quæ facta sunt. Sicut enim ars mani- » festatur per artificis opéra , ita et Dei sapien-
• sens ; laÎTant cette parole : Il a répandu sa sagesse sur toutes
• scs œuvres. C'est ainsi que Dieu s'est manifesté aux sages , ou
• en répandant sa lumière en eux , ou en leur montrant exté- , rienrement les créatures visibles , aGn qu'ils j lussent comme » dans un livre la connaissance de Dieu. •
(i) • Par les choses qui ont été faites : car comme l'art de
• l'ouvrier se manifeste par ses ouvrages , de même la sagesse de
3o8 EXAMEîr d’üW ouvrage , ETC.
» tia manifestatur per creaturas ; ( Sap. xili. 5. ) » A magnitucline enim speciei et creaturæ cog- » noscibiliter poterit Creator horum videri. »
On voit par ces citations que saint Thomas n’a pas cru qu’il fût question dans ce passage de saint Paul d’une connaissance de Dieu fondée sur la révélation , et généralement répandue parmi les Gentils. Il est clair qu’il a , comme la foule des commentateurs , entendu les paroles de l’Apôtre d’une connaissance acquise par un usage de la raison, dont la multitude n’est guère capable. Je ne puis croire que l’.^uteur veuille éluder l’autorité de saint Thomas comme il a fait celles de ses adversaires , et qu’il soutienne sérieusement que ce saint Docteur n’a pas lu le passage de saint Paul. Il ne lui reste donc qu’à soutenir que ce passage n’a pas été compris de saint Thomas, et que c’est lui qui en a l’intelligence. C’est au lecteur à choisir entre ces deux autorités. Pour moi , mon choix est bientôt fait , et je me tiens à saint Thomas. Je crois que celui qui ne connaîtra le passage de saint Paul que par la traduction qu’en donne l’Auteur en aura une idée très-imparfaite.
Saint Thomas n’admet pas davantage que les Gentils aient eu connaissance de la loi divine révélée , et cependant il trouve un sens aux
> Dieu >c manifeite par lea créatarcs. En effet , le Créatrnr <c
• montre et se fait connaître dans la grandeur et la beauté de la
• création. •