CHAPITRE SEPTIÈME. 3 I I
et ce qui doit fixer notre attention , est que l’Apôtre dit que les Gentils, sans avoir la loi ^ font naturellement les œuvres de la loi, et montrent ainsi qu’ils ont l’œuvre de la loi écrite dans le cœur. « CUm enim Gentes quœ legem non » habent, naturaliter ea quœ legis suntfaciunt ^ y» efusmodi legem non habentes, ipsi sibi sont » lex ; qui ostendunt opus legis scriptum in cor- » dibus suis. »
S’il y a des Théologiens Cartésiens qui ont trouvé dans ce texte un argument contre la nécessité de la tradition pour conserver et transmettre les vérités révélées , je conviens qu’ils ont eu tort ; car il n’y est fait aucune mention ni directe ni indirecte de la tradition ; pas plus que de la révélation primitive. Au reste l’Auteur ne nomme aucun Théologien qui ait donné dans ce travers , et son assertion est du nombre des assertions vagues et dénuées de fondement qui se trouvent si fréquemment dans son ouvrage. Je conviens également que la loi dont il est question dans ce passage est la loi donnée aux Juifs par le ministère de Moïse , c’est-àdire, la partie morale de la loi, ou le Décalogue écrit s«r la pierre ; car ce n’est sans doute pas des cérémonies prescrites par la loi que veut parler l’Apôtre, lorsqu’il dit que, sans avoir la loi, les Gentils faisaient naturellement ce qui est prescrit par la loi. Ce passage peut s’entendre , et a été entendu par beaucoup d’interprè-
3ia EXAMEN d’ün ouvrage, etc.
tes, des Gentils convertis à la foi ; mais tous les interprètes , sans exception , conviennent qu’on peut aussi l’entendre des Gentils en général qui, n’étant point soumis à la loi révélée aux Juifs et qu’ils ne connaissaient pas, devenaient coupables s’ils n’observaient pas la loi morale écrite dans leur cœur et qu’ils pouvaient connaître par la raison , loi morale qui était nécessairement d’accord avec le Décalogue, ou avec la loi morale que le doigt même de Dieu avait écrite sur les deux tables.
Écoutons toujours saint Thomas. C’est notre guide , beaucoup plus sûr que Descartes ; et si ses principes s’accordent avec ceux des Théologiens que l’Auteur appelle Cartésiens , nous pou rons en conclure que ces Théologiens Cartésiens sont de très-bons Catholiques. « (i) Cùm enim » Gentes quæ legem non habent , scilicet divinam , » qiiam non acceperunt ; non enim Gentibus data
» est lex , sed Judæis naturaliter faciunt quæ
» sunt legis , id est, quæ lex mandat , scilicet » quantum ad prœcepta moralia , quæ sunt de » dictarnine rationis naturalis. » Peut-on dire plus clairement, plus expressément que les préceptes que remplissent ceux qui n’ont pas la
(i) • Car lorsque les Gentils qui n'ont pas la loi , savoir la > clÎTinc qulla n'ont pas reçue , puisque ce n'est point à eux, mais
• aux Juifs , qu'elle a été donuée pratiquent naturellement ce
■ qui est de la loi , c'est-i-dire , ce que commande la loi quant
* aux préceptes moraux dictés par la raison naturelle. •