CHAPITRE SEPTIÈME
loi écrite sont les préceptes moraux qui leur sont connus par la lumière naturelle de leur raison ? Le saint Docteur explique ensuite comment on doit entendre le mot naturaliter ; il donne les deux interprétations qu’admettent les Catholiques , et fait voir que cette expression n’exclut pas la grâce , laquelle n’est pas moins nécessaire pour observer les préceptes de la loi naturelle que ceux de la loi écrite. « (i)Natura- » liter , ici est , per naturam gratiâ reformatam ; 7> loquitur enim de Gentibus ad fidem conversis , » çui auxilio gratice Christi cœperunt moraîia » legis servare. Vel potest dici naturaliter, id » est , per legem naturalem ostendentem eis quid » sit agendum , secundùm istud ( Ps. iv. 6. ) Si- » gnatum est super nos lumen vultùstui Domine; » quod est lumen rationis naturalis , in qua est » imago Dei ; et tamen non excluditur quin » necessaria sit gratia ad movendum affectum. » C’est ainsi que saint Thomas ; lorsqu’il parle des Gentils non convertis et de leurs connais-
(i) • Natorcllemcnt, c'cBt-i-dire, par la nature Bootcnoe de la
• gr&ce ; car il parle dca Gentils convertis à la foi , qui , avec le
• scconrs de la grüce de JAsis-CnaisT , ont commencé à observer
• les préceptes moraux de la loi. On peut encore dire : Naturel-
• Icment , savoir par la loi natnrelle qui leur montre ce qu'il
• faut faire , ainsi qne le dit le Psalmiste ; La lumière de votre
> visage , Seigneur , a été imprimée en nous ; c'est-à-dire , la
• lumière de la raison naturelle dans laquelle parait l’image de
> Dieu ; ce qui n'exclut pas la nécessité de la grâce pour émouvoir
• le cccur. »
3l4 EXAMEN d'un OUVRAGE, ETC.
sances en matière de -Religion et de morale , explique tout par la loi naturelle et par cette lumière divine qui est en l’homme, c’est-à-dire, par cette raison individuelle qu’on veut nous présenter comme incapable de toute connaissance certaine. On ne trouvera nulle part que ce saint Docteur ait dit ou pensé que les Gentils avaient la vraie foi , et qu’il existait chez eux une autorité visible , interprète infaillible de la révélation et enseignant la vraie Religion. C’est là un dogme qui n’était connu ni de lui ni de ses contemporains.
Voyons maintenant comment l’Auteur raisonne sur ce passage de saint Paul. « I.«s paro- » les de l’Apôtre, dit-il, supposent que les Gen- » tils connaissaient la Religion nécessaire au » salut : Ceux qui ont vécu sans la loi, périront 3* sans la loi. Mais, s’ils devaient être condamnés V ou périr pour n’avoir pas suivi cette autre » loi que tous connaissaient, cette loi univer- » selle comprenait donc tous les dogmes et les J) préceptes indispensables pour vivre ou être » sauvés , et par conséquent le dogme de l’unité » de Dieu , sans lequel la véritable foi ne saurait » exister. »
Remarquons d’abord que l’Apôtre n’a pas dit. Ceux qui ont vécu sans la loi ; mais , Ceux qui ont péché sans la loi. La différence est bien notable , car on pouvait vivre sans la loi , et ne pas périr ; mais je suppose volontiers que ce cbange-