‹ Examen d'un ouvrage intituléChapitre 115 sur 180 · CHAPITRE SEPTIÈME. 3ig · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME. 3ig

» Sacrificate sacrificium justitiæ ; quasi quin busdam quœrentibus quœ sunt justitiæ opéra , n subjungit : Mnlti dicunt , Qiiis ostendit nobis » bona ? Cui quœstioni respondens dicit : Signa- » tara est super nos lumen vultùs tui , Domine; » quasi lumen rationis naturalis , quâ discerni- » mus quid sit bonum et quid sit malum , quod » pertinet ad legem naturalem , nihil aliud sit » quàm impressio divini luminis in nobis. Unde » patet quod lex naturalis nihil aliud est quàm » participatio legis œternœ in rationali créa- » tura. » ( I. 2. q. 91. art. a. o. ) Le maître qui nous enseigne cette loi naturelle est donc en nous-mêmes. C’est notre raison , c’est-à-dire , cette lumière divine que Dieu a mise en chaque homme , « (i) quœ illuminât omnem hominem , » qui nous fait discerner ce qui est bien et ce qui est mal. Si cette loi est écrite en notre cœur , il ne s’agit que de la lire , il ne faut pas la chercher au dehors. « (2) Noli foras ire , » in te ipsum redi , in interiore homine habitat M veritas. » ( S. Aug. de vera Relig. n. 72. ) a I^a loi dont parle saint Paul , dit encore l’Au- » teur , est universelle , elle appartient à tous j> les peuples , Gentes. S’ensuit-il que la connais- » sance en soit innée dans chaque homme ? » Pourquoi cette connaissance ne lui viendrai t-

(1) • Qui éclaire toot homme Tenant en ce monde. ■

(1) « M'allez point an dehora , rentrez ea Touz-méme : c'est • dans l'intérienr de l'honune qu'habite la Térité. >

3aO EXAMEW d’on OUVRAGE , ETC.

» elle point comme celle de toutes les autres vé- » rites universelles , par la société qui en con- » serve le dépôt ? Une fois connue , elle se grave » dans le cœur , elle y devient un sentiment ? » et c’est ce sentiment qui s’appelle conscience. » La loi dont parle saint Paul est une loi universelle qui appartient à tous les peuples , mais elle est en même temps une loi particulière qui appartient à tous les individus ; et , si elle est écrite dans le cœur , ce n’est sans doute pas dans le cœur de la société ; il faut bien que ce soit dans le cœur de chaque homme , à moins qu’il n’y ait aussi un cœur général , comme une raison générale. Je ne dirai pas pour cela que la connaissance de cette loi soit innée dans chaque homme. 11 faudrait d’abord attacher une idée claire à ce mot innée , et c’est ce qu’on n’a pas fait jusqu’ici. Etre écrit et être connu sont deux choses. Pour que ce qui est écrit soit connu , il faut qu’il soit lu. « (i) Dicitur intelligerc , dit saint Thomas , quasi intus legere. » Ce n’est donc que lorsque le développement des organes permet à l’homme de faire usage de sa raison , qu’il est en état d’acquérir cette précieuse connaissance , et il ne l’acquiert qu’à proportion de la réflexion et de l’attention qu’il apporte à coiit sulter cette lumière intérieure qui est en lui. De là vient que quoique personne , s’il a l’u-

(i) « On dit Intelligert aroir l'intelligence , c'est-à-dire intut • legere , lire dans l'intérienr. •

• ' CHAPITRE SEPTlitME. 3a I

sage de la raison , ne puisse ignorer les premiers principes de la loi naturelle , les passions , les préjugés de l’éducation et plusieurs autres causes peuvent entraîner dans des erreurs grossières sur les conséquences qu’une droite raison peut déduire de ces principes , comme nous savons par expérience qu’il est arrivé à des nations entières.

L’Auteur demande pourquoi cette connaissance ne viendrait pas à l’homme , comme celle de toutes les autres vérités universelles , par la société qui en conserve le dépôt ? Je réponds qu’à proprement parler , aucune connaissance intellectuelle ne peut être produite en nous par une cause extérieure. Toute connaissance que l’on peut acquérir suppose une connaissance antérieure acquise , ou inhérente à notre raison , dont elle est le développement. Prenezvous-y de telle manière que vous voudrez pour enseigner une vérité à quelqu’un , vous n’en viendrez jamais à bout, si vous ne partez d’une vérité ou d’un principe qu’il connaît déjà ; d’où il suit que la première vérité ne peut pas être enseignée. Cette seule considération suffit pour prouver combien il est absurde de chercher le principe des connaissances de l’homme hors de l’homme ou de sa raison. Cette raison , principe divin , contient les principes de toutes les connaissances spéculatives ou pratiques que nous pouvons acquérir. Ce sont ces principes

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3aa EXAMEW n’tm ouvrage, etc.

qui la constituent. Il e.st impossible de concevoir une intelligence qui ne comprenne rien , une lumière divine qui ne manifeste rien ; et ce que cette intelligence comprend , ce que cette lumière divine manifeste , ne peut avoir ailleurs le principe de sa certitude. L’homme , dit .saint Thomas , peut instruire un autre homme , comme un médecin peut rendre la santé à un malade. Les instructions de l’un peuvent être utiles ou nécessaires comme les remèdes de l’autre; mais le principe de certitude n’est pas plus dans celui qui instruit , ou dans ses instructions , que le principe de la santé n’est dans le médeern qui prescrit les remèdes, ou dans les remèdes mêmes. C’est aussi la doctrine de saint Augustin. J’ai déjà rapporté plusieurs passages de ces grands Docteurs , qui prouvent l’accord de leurs principes, et j’en rapporterais beaucoup d’autres si ceux que j’ai déjà cités n’étaient pas sufBsans. De crainte néanmoins que quelqu’un ne s’imagine que les passages cités peuvent être détournés de leur vrai sens , il ne sera pas inutile de transcrire ici en entier le dixième chapitre du dixième livre des Confe.ssions de saint Augustin. Je me sers de la traduction adoptée par M. de La Mennais dans sa Bibliothèque des Dames.

« Ijorsque j’entends dire que sur chaque chose » on peut faire trois sortes de questions , si elle » est , ce qu’elle est , quelle elle est ; je retiens

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