CHAPITRE SEPTIÈME
3ag
un Théologien Cartésien ; car je ne sais à quel signe je pourrais distinguer un Théologien Cartésien d’un Théologien non Cartésien. Si , pour n’étre pas Cartésien , il faut adopter les idées de l’Auteu!- , je crains bien qu’il ne soit très-difficile de trouver un Théologien qui ne le soit pas. seule chose qui me rassure pour saint Thomas lui-mérne , c’est qu’il vivait quatre siècles avant Descartes. Or ce saint Docteur nous enseigne que la loi évangélique est écrite dans le cœur des Chrétiens , non en ce sens que tout ce qui appartient à cette loi soit écrit dans nos cœurs, mais seulement en tant que la loi évangélique est une loi de grâce , une loi d’amour, loi qui n’est autre chose que l’opération de l’Esprit- Saint dans nos cœurs. Mais outre ce qui appartient principalement à la loi nouvelle, comme la foi, la grâce , l’amour , qui sont des choses intérieures , il y a plusieurs autres choses nécessaires comme dispositions à ce qui est intérieur, ou comme direction pour en faire bon usage; d’où il suit que la loi évangélique est en partie écrite et en partie non écrite dans nos cœurs. Écoutons saint Thomas , dont je ne fais qu’exposer la doctrine.
a(i)Iel quod est potissimum in lege novi Testais menti , et in quo tota virtus ejus consistit , est
(i) «Ce qa'il j a de plus essentiel dans ta loi do nouTcau • Testament , et ce qai fait toute sa vertu , c'est la grice du > Saint-Esprit qui est donnée par la foi en Jisvs-CniST. C'est
33o EXAMEN d’on OUVRAGE , ETC.
» gratia SpiritiU Sancti , quœ datur per /idem » Christi. Et ideo principaliter lex nova est ipsa » gratia Spiritds Sancti , quœ datur Christi fide~ » libus.,.. Habet tatnen lex nova quœdani sicut 7> dispositiva ad gratiam Spiritds Sancti., et ad » usurn hujus gratiœ pertinentia , quœ tunt quasi y> secundaria in lege nova , de quibus oportuit V instrui fîdeles Christi et verbis et scriptis , tarn » circa credenda , quant circa agenda. Et ideo » dicendum est quod principaliter lex nova est » lex indita, secundariô autem est lex scripta. » ( I. a. q. io6. art. i. o. ) Je n’ai pas besoin de dire que par lex indita , il faut entendre la loi écrite dans le cœur , et par lex scripta , la loi extérieure ; il suiBt de lire l’article cité pour s’en convaincre. Le saint Docteur confirme sa doctrine par l’autorité de saint Augustin. « (i) Quid sunt leges
> pourquoi la loi nourellc est principalement la grâce même de » l’Espril-Saint donnée â ceux qui croient eu Jisus-Cuaisr. Ce-
• pendant la loi uonvclle a certaines choses qui serrent comme
• de dispositions i la grâce do Saint-Esprit et appartiennent à
• l'nsage de celte grâce. Ces choses ne sont que secondaires dans
• la loi nourelle ; et il a fallu que les fidèles de Jèsis-CuaiST en » fussent instruits de rire roix et par écrit . pour avoir une règle
> de foi et de conduite. Ainsi l'on doit dire que la loi nouvelle
> est principalement une loi intérieure , et secondairement nne
• loi écrite. •
(i) a lx:s lois de Dieu , écrites par lui-méme dans les cœurs i » que sont-elles , sinon la présence même de l’Espril-Saint qui est
> le doigt de Dieu , présence par laquelle est répandue dans nos
> cœurs la charité qui est la plénitude de la loi et la 6n dn » précepte î •
CHAPITHK SEPTIKME.
» Dei ab ipso Deo scriptœ in cordibus , nisi ipsa » prœsentia Spiritüs Sancti , qui est digitus Dei, » quo prœsente diffundilur caritas in cordibus » nostris , qiuc plenitudo legis est et prœcepli » finis ? » (S. Aiig. (le spir. et litt. c. 21.)
Maintenant il est facile de résoudre l’objection , ou plut()t , elle est déjà résolue. L’enfant, en recevant le baptême , reçoit la grâce , le Saint-Esprit , l’amour de Dieu , la foi infuse; en un mot , tout ce c[ui est principal dans la loi évangélique , tout ce que l’enseignement extérieur ne peut pas donner; mais il n’a rien de ce qui appartient à la loi extérieure ou écrite ; et il ne peut , dans l’ordre ordinaire , l’acquérir que par l’instruction , par la prédication de la parole , laquelle ne peut lui donner la foi , mais bien lui faire connaître ce qu’il doit croire. L’Auteur nous dit que c’est la parole qui a écrit la loi de JésES- Christ dans les cœurs ; mais l’Apôtre nous enseigne que c’est l’Esprit-Saint : « {^\.)Scripta Spiritu Dei vivi. » Si c’était la parole entendue qui donnât la foi , qui l’écrivît dans les cœurs, tons ceux qui entendraient la parole recevraient la foi , ce qui n’est pas ; et ceux qui ne l’entendraient pas ne pourraient pas avoir la foi , ce qui est encore faux, puisque les enfans ont la foi avant de pouvoir entendre la parole.
Mais dans quel sens entendrons-nous donc
(1) • Écrite par l’Esprit da Dieu Tirant. »
33a EXAMEN n’t^N OUVRAGE , ETC.
ces paroles de l’Apôtre : « [\) Fides ex audilu? r» Demarulons-Ie à saint Thomas : « (a) Dicendum a est qiiod ad fideni duo requiruntur , quorum a unurn est cordis inclinatio ad credendum , et a hoc non est ex auditu , sed ex dono gratice ; a aliud est detenninatio de credibdi , et istud est a ex auditu. » ( in epist. ad Rom. x. ) Et ailleurs : « (3) Fuies principaliter est ex injusione , etquana tùm ad hoc per haptisrnu/n datur , sed quana tùm ad déterminât ionem suam est ex auditu , a sic hoino ad /idem per catechismum instruitur. a (4- Dist. 4- q- art. a. ad 3. ) Qu’il y ait trois personnes en Dieu , c’est une vérité que le Chrétien ne peut apprendre que par la parole, mais la foi qui lui fait croire cette vérité , ne lui vient point de cette parole , elle est produite dans son cœur par l’opération du Saint-Esprit, elle appartient à cette loi écrite dans le cour par l’Esprit du Dieu vivant. On peut juger de là qu’il est peu exact de dire, avec l’Auteur, que loi es’angélique est connue seulement par l’enseignement extérieur. Ce que nous connaissons par
(i) • La foi vient de l'ouic. •
(a) < Il faut dire que deux choses sont rcquites pour la foi : » l’one est rinriinalion du cœur à croire ; ce qui ne Tient pas de
> l'ouïe . mais du don de la grâce : l'autre est la délermiaatiou do
• la vérité proposée â croire ; ce qui vient de l'ouic. •
(3) • La foi est principalement infuse , cl sous ce rapport elle
> est donnée par le baptême : mais quant à la déteruiination dca » choses à croire, clic vient du l'ouic ; et c'est ainsi que l'homine
• Mt dlspoié à 1a foi par lei inatructiona du catéchiame. >
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