CHAPITRE HUITIÈME
parler avec une entière franchise , je suis persuadé que l’Auteur n’en sait pas plus que moi là-dessus. La raison primitive de croire l’Église est que Dieu veut que nous la croyions ; aucun Catholique ne le niera ; et aucun homme se disant Chrétien ne devrait le nier. Quiconque récite le Symbole des Apôtres dit ; Je crois la sainte Eglise Catholique : et la raison primitive de croire cet article est la même qui nous fait croire les onze autres articles du Symbole , savoir, la révélation. La raison primitive qui nous fait croire de foi divine un dogme quelconque , est la parole de Dieu ; et la raison immédiate qui nous détermine ordinairement à croire que tel dogme est révélé , est l’enseignement de l’Église , que nous croyons établie de Dieu pour être l’interprète de sa parole. Voilà ce que tous les Théologiens Catholique admettent , et je crois que l’Auteur serait bien embarrassé d’en nommer un seul qui ne l’admette pas. Oui , dirat-il , ils l’admettent, sans quoi ils ne seraient pas Catholiques ; mais plusieurs semblent ne pas l’admettre par la manière dont ils traitent la question. — La manière de traiter la question est assez uniforme chez tous les Théologiens , et si l’Auteur n’est pas étranger à la science de la Théologie , il ne peut pas l’ignorer. Aussi suis-je tenté de croire qu’il ne s’est servi de l’expression plusieurs , que pour ne pas dire trop ouvertement sa pensée entière ; c’est multi , pour signifier omnes.
344 EX AME?» d’oI» ouvrage , ETC.
On a besoin de prouver l’autorité de l’Église contre deux sortes d’adversaires ; les uns ne connaissent pas ou rejettent la révélation , et par conséquent l’existence même d’une Église divinement établie ; les autres admettent l’existence de la révélation et d’une Église de Jésus- Chiust , mais disputent seulement sur la nature et les qualités de cette Église divine. Contre les premiers , les Théologiens prouvent la divinité de l’Église Chrétienne par les Prophéties , par les miracles , par la sainteté de la doctrine , par la multitude des martyrs , par l’établissement même de cette Église et sa propagation dans tout l’univers , malgré tous les obstacles qu’elle a eus à vaincre. Contre les seconds , ils prouvent la nature et les qualités de l’Église par les notes contenues dans le Symbole de Nicée , Symbole généralement reçu par tous les Chrétiens ; ils font voir que l’Eglise est Une , Sainte , Catholique et Apostolique , et que ces notes ne peuvent convenir qu’à l’Église Romaine , c’est-à-dire , à cette Église que ses adversaires mêmes sont obligés de désigner sous le nom de C.atholique. Enfin , ils prouvent l’autorité et l’infaillibilité de l’Église Catholique contre les Chrétiens qui la rejettent , par les livres dont l’autorité divine est communément reçue , et interprètent les passages qui prouvent cette vérité comme ils ont été interprétés dans tous les siècles depuis l’établissement du Christianisme. Telle est la
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marche suivie par tous les Théologiens Catholiques sans exception. Il ne s’agit pas ici de plusieurs , il faut les absoudre tous ou les condamner tous. Mais pourquoi donc les condamner ? Qu’est-ce que cette méthode présente de répréhensible ? « Si quelqu’un , dit Bossuet , » reçoit l’Écriture , par l’Écriture je lui prouverai » l’Église ; qu’il reconnaisse l’Église , par l’Église » je lui prouverai l’Écriture. »
Mais c’est par l’autorité de l’Église qu’il faut commencer. — Je conviens que c’est là l’ordre naturel , et que ceux qui ont le bonheur de naître et d’étre élevés dans le sein de l’Église Catholique n’en peuvent point suivre d’autre. « Le » bonheur de ceux qui naissent , pour ainsi dire , » dans le sein de la vraie Église , c’est que Dieu » lui ait donné une telle autorité , qu’on croit » d’abord ce qu’elle propose , et que la foi pré- » cède , ou plutôt exclut l’examen. » ( Bossuet , Reflexion sur un écrit de M. Claude. ) Celui qui a été élevé dans la maison paternelle et par les soins de ceux qui lui ont donné le jour , a appris à respecter ses parens et à leur obéir , avant de savoir que c’était pour lui un devoir. Mais s’il y a des hommes qui ne connaissent pas l’Église , ou qui méconnaissent son autorité , il faut bien , pour les ramener à la vérité et les convaincre , leur prouver cette autorité à laquelle ils doivent se soumettre ; et si l’adversaire que l’on combat admet la divinité des
346 EXA.MEW d’dIT OUVRAGE , ETC.
Écritures , peut-on employer contre lui un moyen plus ef6cace que cette Écriture dont il avoue l’autorité ? De tout temps on a reconnu la légitimité de cette manière de procéder ; toujours on a cru qu’on ne pouvait mieux réfuter un adversaire ni le convaincre plus efficacement , s’il est de bonne foi , ou dans le cas contraire , l’humilier plus sûrement et le forcer plus inévitablement à se contredire , qu’en le combattant par les principes qu’il admet.
J’ose dire que Notre-Seigneur lui-méme a autorisé par son exemple cette manière de procéder contre les incrédules. Il n’avait sans doute besoin d’aucun témoignage étranger pour prouver sa mission ; ses propres œuvres en étaient la démonstration la plus éclatante , la plus irrécusable. « ( I ) Ipsa opéra quæ ego fado testimo- » nium perhibent de me , quia Pater rnisit me. » ( Joan. v. 36. ) Et les Juifs n’avaient aucune excuse dans leur incrédulité, a (a) A^unc aulem ex- » cusationem non habent de peccato suo. » ( ibid. XV. 11. ) La divinité des livres de l’Ancien Testament n’était pas mieux attestée que la mission de Jésus-Christ , et s’ils ne croyaient pas à cette mission divine si bien établie par des œuvres qui ne pouvaient avoir que Dieu pour auteur , ils n’avaient plus de fondement solide de croire
(i) • Les œuvres que je fais rendent témoignage que j'ai été > envoyé par mon Père. »
(a) • Us u'ont point d'excusc dans leur péché. >