CHAPITRE HÜITlèME. 34g
» écriture qui est inspirée de Dieu est utile » pour instruire , pour reprendre , pour cor- » riger et pour conduire k la piété et à la jus- » tice. » ( a. Tim. iii. i6 , 17. ) Fondés sur cette autorité , saint Augustin et tous les saints Pères nous ont donné l’exemple de combattre les hérétiques avec cette arme puissante. Les Conciles généraux eux-mémes ont appuyé leurs décisions sur l’autorité de l’Écriture - Sainte ; et dans le premier de tous les Conciles , lorsque saint Pierre eut décidé que les Gentils n’étaient pas tenus aux observances légales , saint Jacques confirma sa décision par un passage de l’Écriture : « (i) Et huic concordant verba Prophe- » tarum , sicut scriptum est , etc. » ( Act. xv. 1 5. ) Les novateurs du seizième siècle ont dû être combattus comme tous les hérétiques qui les ont précédés. Ils en appelaient à l’Écriturc- Sainte , qu’ils regardaient comme l’unique règle de foi ; et tous les Théologiens qui les ont combattus leur ont prouvé par l’Ècriture-Sainte elle-même la nécessité d’admettre une autorité , juge de l’authenticité des Livres saints et du sens des passages qui peuvent donner lieu à quelque contestation. Ce ne sont pas seulement les Théologiens Cartésiens qui ont adopté cette méthode, mais ceux-mémes qui ont existé avant
(i) «EtccUe doctrine s’accorde avec les paroles des Prophètes 1 > car il est écrit , etc. •
35o aXAMEW d’üIT OIIVRAGE , ETC.
Descartes. En effet , quel est le Théologien qui ait combattu plus vigoureusement ces hérétiques par l’Écriture-Sainte , que le célèbre Bellarmin ? Or je ne pense pas que l’Auteur veuille sérieusement mettre Bellarmin au nombre des Théologiens Cartésiens.
Mais les Théologiens Cartésiens, en prouvant l’autorité de l’Église par l’Écriture-Sainte , semblent supposer ce que les autres ne supposent pas. — Je suis fâché de le dire , mais c’est l’Auteur lui-méme qui , évidemment , suppose ce qui n’est pas. Sa prévention lui fait prendre des chimères pour des réalités. Comme je le suppose de bonne fui , je vais lui indiquer un moyen bien simple de connaître la fausseté de ses suppositions. Qu’il prenne la peine de lire les Théologiens qui lui sont les plus suspects , et s’il trouve un Théologien Catholique qui n’enseigne pas que c’est à l’Eglise qu’il appartient de statuer sur le Canon des Livres saints , je l’abandonnerai à ses suppositions ; mais si tous, usque ad unum , admettent ce point fondamental de la Religion Catholique , je dirai qu’il est injuste de les accuser de renverser la base de la Théologie Catholique. Il serait sans doute à souhaiter que tous les hommes se soumissent , sans raisonnement , à l’autorité divine de l’Église ; mais comme cela n’a jamais été et ne sera vraisemblablement jamais , il ne faut pas exclure les preuves qui parlent à la raison et peuvent servir à la convain-
CffAWniï HUITliWE.
cre : d’autant plus que le divin Fondateur de notre Religion lui-même et ses Apôtres ont employé ses sortes de preuves , comme je l’ai montré et comme il serait aisé de le faire voir par un grand nombre d’autres exemples.
L’Auteur ne voulant pas qu’on prouve aux Protestans l’autorité de l’Église par l’Écriture- Sainte qu’ils admettent , réduit toute la preuve qu’on doit employer contre eux à cette disjonctive : Ou vous croirez à V autorité de F Eglise , ou vous serez Sceptiques en matière de Christianisme. J’ai le malheur de sentir rarement la force des raisonnemens de l’Auteur , et celui-ci me parait fort défectueux. La croyance de l’Église Catholique appartenant à la foi et étant un article du Symbole , je conçois aisément que celui qui la nie ne peut plus avoir la foi divine d’aucun autre article ; car la foi est une vertu divine infuse , et pour la perdre il suffit d’un seul acte contraire. Mais s’ensuit-il que celui qui nie l’autorité de l’Église soit Sceptique à l’égard de toutes les vérités du Christianisme ? Je ne le crois pas. La foi divine , outre l’assentiment de l’entendement aux vérités révélées , suppose aussi la soumission de la volonté. Il y a un milieu entre la foi divine et le doute. Les démons n’ont point la foi divine et pourtant ils ne doutent pas. « ( I ) Dœmones credunt , et contremisj) cunt. » Le Juif a cessé de croire à ses propres
(i) • Les démons croient , et ils tremblent. >
35a EXA-ïtElT d’itn OUVUAÔe , etc.
livres d’une foi divine , mais il y croit encore d’une foi humaine , qui a aussi sa certitude. Beaucoup de vérités du Christianisme sont constatées de manière que l’assentiment de l’entendement à ces vérités puisse avoir lieu , sans qu’il y ait cette disposition du cœur et de la volonté nécessaire pour obtenir la fui , qui est un don de Dieu. Je ne vois pas que celui qui ne veut pas croire l’Église , doute pour cela du premier article du Symbole , ou ne puisse y croire en tant qu’il est démontré à la raison.
Je pense que si l’Auteur présentait son dilemme à un Protestant , celui-ci répondrait : Je ne crois pas à l’Église , et ne suis pas pour cela Sceptique en matière de Christianisme , car. je crois un grand nombre de points que vous croyez vous-même. J’admets comme ayant une autorité divine le livre des Évangiles et bien d’autres livres que je crois comme vous contenir la parole de Dieu. Si j’avais affaire à ce Protestant, je croirais, devoir lui dire ce que Notre- Seigneur disait aux Juifs : Consultez donc ces divines Écritures , puisque vous croyez y avoir la vie éternelle , elles rendent témoignage à l’Église. Je l’engagerais à examiner ces témoignages avec moi , et si Dieu , bénissant ma bonne intention et coopérant à mon pieux dessein par sa grâce puissante , lui ouvrait t esprit pour comprendre l'Écriture ( Luc. xxiv. 45. ) ; s’il se montrait persuadé , je croirais avoir gagné une