PRÉFACE. ' XLV
il fait dire tantôt à Claude, tantôt à Bossuet, ce qu'ils '
n’ont pas dit, ce qui lui fournit l'occasion de trouver .
plus sûrement ce dernier en défaut. ’
Mais on relève surtout une erreur, qui parait bien étrange en un homme qui est supposé avoir étudié la Théologie. M. Gcrbet suppose que la certitude de l’acte de foi doit nécessairement dépendre ou d’un jugement de la raison individuelle, ou bien de la raison géné- ,
raie , tandis que la doctrine Catholique enseigne que la certitude de l’acte de foi est une certitude surnaturelle qui ne peut pas avoir un fondement humain , pas plus la raison générale que la raison individuelle.
On termine la réponse à ce Chapitre et à tout l’Ouvrage de M. Gerbet en mettant dans la bouche du ministre Claude une réplique aux raisonnemens de M.
Gerbet, dans laquelle il lui fait voir l’insuffisance de ses principes pour réfuter les erreurs des Protestans.
Tel est le précis de la controverse entre M. Gerbet et l’auteur de I’Examen. Il ne s’agit pas ici du mérite ^
de la réfutation ; le jugement en appartient aux lec- •
leurs éclairés, et surtout à ceux qui sont, par le devoir de leur état, juges en ces matières. Mais il est un •:
point sur lequel nous espérons qu’on nous rendra généralement justice , et que nous croyons avoir démontré ; ’
c’est que nous ne nous tenons pas h côté de la ques- '
lion , comme quclques-ims l’ont prétendu , nous l’abor- ,
dons franchement ; nous n’éludons pas les difficultés nous y donnons des réponses , plus ou moins heureuscs , mais toujours directes , du moins à toutes celles qui nous ont paru avoir quelqu’importauce.
XLVI PRKFACF.
Nons mettons de côté, il est vrai, le Cart6$ianisme , parce que nons pensons que le Cartésianisme n’est pas dans la question , du moins dans celle que nous nous sommes proposée. Si M. Gerbct s’était borné à combattre les Cartésiens , nous aurions laissé aux Cartésiens le soin de se défendre ; mais , en combattant le Cartésianisme, il avance des principes, il soutient une doctrine qu’il dit être identique à la doctrine Catholique, et qui nous parait fausse et dangereuse, voilu ce que nous ne pouvons admettre , ce que nous combattons de tout notre pouvoir.
Qu’on trouve donc nos raisons mauvaises , qu’on essaie de les réfuter , on est dans son droit ; mais qu’on ne vienne plus nous objecter l’état de la ques-> tion, la question est tout entière là oü nous la plaçons. 11 est bien temps que nos nouveaux Docteurs renoncent à la réponse banale , qu’on ne les comprend pas. Elle finirait parleur faire peu d’honneur, et tout ce qu’ils y gagneraient serait peut-être le surnom de Docteurs ininleltigibles,
La raison pour laquelle un écrivain n’est pas compris de ses lecteurs , dans les matières qui sont de leur compétence , ne peut être cpi’une de ces trois : ou il ne peut pas, ou il ne veut pas se faire comprendre, ou enfin, il emploie une méthode défectueuse.
Quelquefois un auteur ne se comprend pas bien luimême ; il n’a point examiné sa matière à fond, il n’a que des notions vagues , des idées oonfuses sur les choses dont il veut traiter , comment pourrait-il exposer clairement aux autres ce qui n’existe que d’une panière obscure dans son propre esprit.’
Ceci, sans doute, ne peut avoir aucune application à M. Gcrbet. Comment supposer que celui qui n’a pris la plume que pour faire connaître les vices de l’enseignement actuel de la Philosophie et de la Théologie , et pour remplir la lacune que le Cartésianisme a introduite dans l’enseignement de la Théologie, comment, dis-je, supposer qu’il n’ait pas sur ces matières des idées saines et lumineuses , et que ce qu’il nous propose ne soit pas le fruit des méditations les plus sérieuses et les plus profondes sur ce sujet ? Il prononce des jiigemens si décidés , il a si bien vu que Suarez, De Lugo et les autres Théologiens qui les ont suivis n’avaient pas la notion fondamentale de la foi nettement développée dans l’esprit , que ce serait une témérité de croire que cette notion n’est pas en luiméme bien nette et bien précise. On ne fait pas si hautement la leçon aux autres quand on n’est pas soi-mème bien sûr de son fait. li semble donc qu’on ne peut pas, raisonnablement, douter que H. Gerbet ne possède à fond et avec la plus grande clarté la doctrine qu’il voudrait substituer à celle qui règne dans les écoles , afin de replacer l’enseignement de la Théologie sur sa base.
Mais si M. Gcrbet , indubitablement , se comprend bien lui-méme , il n'est pas moins indubitable qu’il a dû vouloir être compris de ses lecteurs , puisque c’est pour leur instruction qu'il a écrit. Si donc il n’est pas compris autant qu’il le voudrait , il faut bien qu’il y ait quelque défaut dans sa méthode.
ElTeclivemeut , il parait que , de ce côté , il y a quel-
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que chose à dire. Rien ne répand plus d’obscurité sur un ouvrage que le manque de définitions exactes , le vague des notions , les expressions équivoques. Or l’Ouvrage de M. Gcrbct n’est pas exempt de ces défauts. Tout est sans doute clair et bien ordonné dans sa tête ; mais il n’en est pas de même pour le lecteur. Par exemple , il sait parfaitement ce que c'est que la raison générale ; mais bien des lecteurs ne pourront pas venir à bout de s’en former une idée bien nette. Il aurait dû en donner la déGnition ; on avait droit de s’y attendre, et on est fâché de ne trouver dans son livre rien de précis sur ce point important et fondamental de son système.
On lit bien ( pag. 82 ) que le sens commun , la raison generale n’est , à proprement parler , que la raison humaine. Mais ce n’est point là une déGnition. Le sens commun , la raison générale , la raison humaine , sont , dans la doctrine de M. Gerbet, trois expressions synonymes qui signiGent une même chose , et c’est précisément la chose signifiée par ces expressions qu'il faudrait définir. Dira-t-il que tout le monde sait ce que c’est que la raison humaine ? 11 est vrai qu’on croyait le savoir ; on en trouve la définition partout; mais cette définition ne peut s’appliquer qu’à la raison individuelle. On a défini la raison humaine comme on a défini l’ame humaine. Jusqu’à présent , on a constamment entendu par raison humaine , la raison individuelle , ou la raison existante en chaque individu. On croyait que la raison humaine était une faculté de l’ame humaine , de l’amc individuelle.