CHAPITRE HCITlèME
» vain , dit Bossuet , que M. Claude nous répond » qu’il nous fera pour l’Église le même argu- » ment que nous lui faisons pour l’Écriture ; » car il faudrait pour cela que , comme nous lui » montrons un certain point qui même dans » l’usage de la raison précède nécessairement la » lecture de l’Écriture, il pût aussi nous en » montrer un qui précédât les enseignemens de » l’Église. Mais c’est ce qu’il ne trouvera jamais. P Quoi qu’il fasse , nous lui marquerons toujours » avant la lecture de l’Écriture un certain point, P qui est celui où l’Église nous la met en main ; P mais avant l’Église il n’y a rien, elle prévient P tous nos doutes par ses instructions. » Cette doctrine de Bossuet n’a certainement pas besoin de justification ; mais comme on ne la comprend pas , ou qu’on fait semblant de ne pas la comprendre , il ne sera pas hors de propos de lui donner quelque développement.
La foi du Chrétien est divine, non-seulement dans son objet , mais aussi dans son principe. C’est Dieu seul qui la met dans le cœur de l’homme. Vouloir lui assigner un principe humain , c’est ignorer sa nature ; et placer ce principe dans la raison générale , si par raison générale on entend autre chose que Dieu lui-meme, est tout aussi absurde que de le placer dans la raison individuelle , puisque la raison générale , en supposant ce mot synonyme de raison humaine , ne peut jamais être une autorité divine. La rai-
374 EXAMEN d’un OUVRAGE , ETC.
son peut bien conduire ou disposer l’homme à la foi , mais jamais la lui donner. Elle n’est même nécessaire , pour parvenir à la foi, qu’à l’homme adulte, qui ne la possède pas encore ; et c’est avec beaucoup de justesse que Bossuet fait observer la différence énorme qui se trouve entre le ebrétien baptisé dans son enfance et l’Infidèle. Pour celui-ci , il s’agit d’obtenir ce qu’il n’a pas, au lieu que pour le premier il n’est question que de conserver et d’affermir ce qu’il a. L’Infidèle peut , et souvent doit passer par le doute pour parvenir à la foi ; mais bien loin que le doute puisse jamais être nécessaire pour conserver la foi , il est manifeste que la foi se perd par le doute volontaire , puisque croire et douter sont deux choses qui ne peuvent subsister ensemble.
Ecoutons saint Thomas , mon oracle ordinaire, celui que j’ai pris constamment pour guide dans toute cette discussion , avec saint Augustin dont il suit lui-même la doctrine. Ce saint Docteur connaissait, sans aucun doute, aussi bien que nos Docteurs modernes, la théorie de la foi et son fondement. On trouve dans tous ses ouvrages Théolügiques les notions les plus exactes à ce sujet , mais je m’arrête de préférence à .son Commentaire sur le quatrième chapitrede l’Évangile selon saint Jean , où , à l’occasion de la conversion des Samaritains , il explicpie les qualité.s que doit avoir la foi et la manière dont elle so forme dans l’homme adulte.
CHAPITHE UÜITJÈBIE.
» Trois clioses , dit-il , sont nécessaires à la » perfection de la foi. Il faut d’abord qu’elle soit » droite , ensuite prompte , enfin qu’elle soit a certaine. Primo ut sit recta , secundo ut sit » prompta , tertio ut sit certa. Ija foi est droite » ( elle est uue vraie foi ) quand on obéit à la J) vérité pour elle-inénie et nort par un autre )) motif; et c’est ce que nous trouvons dans la JJ foi des Samaritains, lorsqu’ils disaient à la » femme : Ce n’est plus sur ce que vous nous » .avez dit que nous croyotis , non propter loquey> larn tuam , mais pour la vérité même que nous 3) avons entendue. Or trois choses nous condiii- » sent à la foi en Jésus-Cuuist. Premièrement , » la raison naturelle : (Rom. i. ao. ) (^\) Invis ibilia y> Dei , a creatura tnundi , per ea quœ facta surit , » intellecta, conspiciuntur. Secondement, le téraoi- » gnage de la loi et des Prophètes : ( Rom. iii. a i . ) 53 (al Nuncautern sine legejustitia Dei manifestata » est ; testificata à lege et Prophetis. Troisième- 5) ment, la prédication des .\pôtres , de leurs 5) disciples et de leurs successeurs : (Rom.x. i4-) 5J (3) Quomodo audient sine prœdicante? Mais
(i) « Ce qni ëlail iavislble en Dieu e<l dcTcnu TÛible dcpui> » 1.1 cniation du monde , par la connaissance que les créatures « nous en donnent. »
(a) 0 Mais maintenant la justice de Dieu, & laquelle la loi 1) ( de Moïse ) et les Prophètes avaient rendu témoignage , noos » est manirestéc indépeiidammcnt de cette loi. »
(3) < Comment cutcndrout-ils si personne ne prêche ? s
376 EXAMBIC d’u» ouvrage , ETC.
» lorsque l’homme est [conduit comme par la » main à la foi par ces trois moyens , il peut JO dire que rien de tout cela n’est le fondement » ou le motif de sa foi , et qu’il ne croit ni sur » le fondement de la raison naturelle , ni sur 7) celui du témoignage de la loi , ni sur celui de » la prédication , mais uniquement sur le fon* 7) dement de la vérité même : ( Genes. xv. 6. ) » (i) Credidit Abram Deo , et reputatum est ilU JO ad justitiam. La foi est prompte lorsqu’on » croit sans résistance , sans délai , comme firent » les Samaritains , qui se convertirent à Dieu JO dès qu’ils entendirent la parole divine. Nous » l’avons entendu , disent-ils , et nous croyons » en lui , nous savons qu’il est vraiment le Sau- » veur du monde : Ipsienim audivimus, etscimus 7) quia hic est verè Sahator mundi. Nous le » croyons , sans avoir vu les miracles dont les » Juifs ont été témoins. Car quoiqu’une croyance 7) prompte à la parole des hommes puisse être » regardée comme une preuve de légèreté, comme » le dit l’Ecclésiastique (xix.4.) : (a) Qui crédit 7> cita, levis corde est ; néanmoins la promptitude » à croire à la parole de Dieu est conforme à ce » que dit le Psalmiste f xvii. 45. ) : (3) fn auditu
(0 « Abraham cmt k la parole de Dieo , et aa fol loi fat ré- 0 potée k jasticc. «
(a) < Celui qoi ae presse de croire montre qu'il a le cœur » léger. »
(3; « A riusliint où son oreille lu'a entendu , il m'a obéi, a