CHAPITRE HUITIÈME. Z’]’J
» auris obedivit mihi. Enfin , la foi doit être cer- » taine ; car celui qui doute, en matière de foi, J) est Infidèle: (Jac. i. ^.'){\')Postulet in fidenihii 3) hcesitans. Telle était la foi des Samaritains ; » aussi disaient-ils : Nous savons ; Et scimus. Car » on dit quelquefois que l’on sait ce qu’on croit, 3) ( pour exprimer une foi certaine ) comme ici. » La raison est que la certitude est commune à 3> la science et à la foi. Car , de même que la 3> science est certaine , la foi l’est aussi ; elle l’est » même beaucoup plus , car la certitude de la » science est fondée sur la raison humaine qui 3> peut errer , au lieu que la certitude de la foi » repose sur la raison divine qu’on ne peut » contredire. U y a cependant cette différence » dans la manière d’avoir la certitude ; savoir, » que la certitude de la foi s’obtient par une 3) lumière divine infuse que Dieu met en nous , » et que la certitude de la science s’acquiert par J» la raison naturelle : Fides habet certitudinem » ex lumine infuso dmnitus , scientia verà ex » lumine naturali. Car, de même que nous avons » la certitude de la science par le moyen des S) premiers principes , que nous connaissons na- 3> turellement , nous connaissons aussi les prin- 3> cipes de la foi par la lumière que Dieu met 3> en nous : (Ephes. ii. 8.) (a) Gratiâ salvati estis
(i) a Qa'il demande avec foi et tant héiitcr. >
(a) a La grSce Tona a aaoTés par la foi ; cl cela ne Tient pas do R Tons , car c'est ou don de Dicn. a
3^^ EXAMEX d’un ouvrage , ETC.
» per fidem , et hoc non ex vobis : Dei eniin y> donwn est. »
Dans cette théorie de la foi, saint Thomas ne dit pas un seul mot de la raison générale , du consentement commun ou du plus grand nombre. Est-çe oubli ? Est-ce ignorance ? Est-ce omission coupable? Il parle, il est vrai, de la raison naturelle, et la donne pour un des moyens qui nous conduit à la foi ; mais cette raison naturelle n’est point la raison générale , la raison humaine proprement dite , comme l’appelle !M. de I<a Mennais ; car il convient qu’elle peut errer , quœ falli potest , et on nous dit que la raison générale est infaillible. Mais ce qui est vraiment surprenant , c’est que, dans la doctrine de saint Thomas, cette raison qui peut errer est pourtant aussi capable de certitude , et qu’elle obtient cette certitude , non par le moyen d’une raison supérieure en laquelle elle croit , mais par la lumière naturelle qui est en elle et qui lui fait connaître les premiers principes ; de sorte que , toute faillible qu’elle est , elle a en ellemême un principe de certitude , et par conséquent n'est pas toujours et en tout sujette à Terreur. Enûu bien loin de reconnaître un principe unique de certitude qui soit identique au principe de la foi , saint Thomas distingue expressément le principe de certitude de la science^ du principe de certitude de la foi : « (i) Fides ha-
(i) a La foi tire sa ccrlituju d'uac lumière que Dieu répand i> dans l'amc ; la science tire la sienne de la Inmicre naturelle, a
COAPITRE nOITlÈME. 379
ji het certitudinem ex lumine infuso divinitus , » scientia verù ex lumine naturali. » Assurément, si nos nouveaux Docteurs nous enseignent la vérité, saint Thomas enseignait l’erreur , et ce Docteur de l’Église, appelé depuis des siècles l’Ange de l’école, a joui jusqu’à présent d’une réputation usurpée. Non-seulement il n’a pas su comprendre que l’autorité du genre humain , le consentement commun est pour nous l’unique principe de certitude et le fondement de la foi , mais il n’a pas même mis cette autorité au nombre des moyens qui nous conduisent à la foi , moyens qu’il était, d’ailleurs, bien éloigné de regarder comme le fondement ou le principe de notre foi, puisqu’il croyait, suivant la doctrine de l’Apôtre , que la foi est un don de Dieu : Dei enim donum est ; et que lui seul peut la faire naître en nous. Sans doute s’il avait eu affaire à des adversaires tels que les Proteslans , il aurait employé contre leurs erreurs , pour les ramener à la foi , les trois moyens qu’il connaissait, la raison naturelle, le témoignage de la loi et des Prophètes, et l’enseignement des Apôtres et de leurs» successeurs ; il aurait insisté , comme Bossuet , sur cet article du Symbole , Je crois V Eglise Catholique; mais il n’aurait pas plus que ce Prélat senti la nécessité d’ajouter. Je crois le consentement commun ou du grand nombre , et ISI. G. l’aurait aussi trouvé en défaut.
38o EXAMEN d’un OUVRAGE , ETC,
Il est vrai que l’Auteur excuse Bossuet sur ce qu’il n’avait pas eu besoin d’entrer dans la question générale, pour arriver au but particulier qu’il s’était proposé. « Il avait promis , dit » l’Auteur , de prouver par les aveux du minis- » tre que la méthode protestante détruisait la » notion du Christianisme universellement ad- » mise, et il obtint en effet ces aveux. » Il parait qu’on ne pouvait pas raisonnablement exiger davantage de lui , et que c’eût été perdre le temps que de discourir sur des matières qui n’étaient pas en question. On voit , en lisant la Relation , combien Bossuet tenait à ne pas divaguer sur des questions étrangères au sujet de la conférence. Pour obtenir ces aveux du ministre , il dut prouver deux choses : la première , que la méthode Protestante conduit à douter des vérités de la foi ; la seconde , que la méthode Catholique ne conduit pas à ce résultat ; car si la méthode Catholique conduisait au même résultat , il est clair qu’il n’aurait rien prouvé contre la méthode Protestante , et le ministre n’aurait pas manqué de le faire observer. Si la controverse y àitV kuleur, fut conclue pourMS^ de Duras , elle ne le fut pas à l'égard du ministre. Veut-il dire que le ministre ne se rendit pas et n’abjura pas ses erreurs , comme fît M."* de Duras? il a raison. Mais s’il entend que le ministre avait de bonnes raisons à opposer à ce qu’avait dit Bossuet , je ne puis pas être de son avis. En