‹ Examen d'un ouvrage intituléChapitre 137 sur 180 · CHAPITRE nUITlÈHE · texte numérisé non relu

CHAPITRE nUITlÈHE

le retranchement inexpugnable des Protestans ; inexpugnable , dis-je , pour Bossuet et pour ceux qui n’en savent pas plus que lui. Le malheur de Claude fut de ne l’avoir pas compris , et d’avoir laissé échapper un adversaire qu’il lui était si facile de terrasser. On ne peut assez déplorer qu’un homme si habile n’ait pas vu que cette terrible question était absolument insoluble pour le Cartésien Bossuet , comme M, G. voit si bien * aujourd’hui qu’elle est insolublè pour tous les Théologiens Cartésiens , à commencer par saint Thomas dont j’ai exposé la théorie de la foi. En serait-H donc du succès dans les controverses sur la Religion comme de la victoire sur un champ de bataille ? Un oubli, une distraction \ un hassrd'suffit pour arracher la victoire des mains ^‘de cèlui quf croyait 1£ tenir. De même aussi , li ♦ vérité, lors mémel’ quC sa défense confiée à un homme tel que Bo§suet,.pqu|-eUe^ne devoir ' \8on triomphe'qu’au hasard,, à la mal-adresse , à ^l’étourdissement celui qui la combat ? Si .^-Clat|den’avaitpasété^/ozo‘d!(, s’ilavait tenu ferme ^ sur le pointdécisifjC’ênétaitfah, dit-on , du grand ^ ^^ssuet t il succombait honteusement , il était;

. liêdaH ■ au silence, la cause du Protestantisme triomphait ( M."* de Duras n’eût sans doute pas abandonné une cause victorieuse, et peut-être Bc&suetlui-Mémc, cet esprit si juste, si éclairé, *^^qui 'ne soupçoiuiait même pas* qu’il y eût un autre moyen de défendre le Catholicisme que

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celui qu’il avait employé , forcé de reconnaître

l’insuffisance de ce moyen, eût-il je n’ose

achever. Il eût été du moins amené à reconnaître la nécessité de recourir à la raison générale , à la raison humaine, au consentement commun, c’est-à-dire, de donner un fondement humain à la foi divine , comme le font si sagement nos réformateurs de l’enseignement. Combien ils doivent regretter que Claude ait été si étourdi !

Mais ce que le ministre Claude n’a pas su faire , un autre ministre plus habile , ou moins étourdi , l’a fait au milieu du dix-huitième siècle. Il a tenu ferme sur le point décisif. Aussi n’a-t-il pas eu de peine à triompher d’un des plus zélés et des plus habiles Prélats qu'ait eus l’Église de France en ce siècle. Les réponses de ce Prélat, au jugement de notre Auteur, loin dêtre satisfaisantes , n’atteignaient même pas la difficulté. Pauvre Église Catholique, ou du moins pauvre Église de France , qu'étais-tu devenue ! Déjà Bossuet n’était un adversaire redoutable aux Protestans que parce que ceux-ci ne savaient pas profiter des avantages que leur donnaient sur lui ses principes Philosophiques; 70 ou 80 ans plus tard , un vertueux et savant Prélat ne comprenait meme plus les difficultés des Protestans , loin d’être en état d’y répondre. Je ne parle pas d’un autre Prélat qui a écrit de nos jours et qui jouit aussi d’une certaine réputation ; si nous en croyons quelques

CHi.PITBE HUITIÈME.

censeurs , il semble n’avoir écrit que pour confirmer la doctrine des Protestans , en adoptant leur principe fondamental. 11 était bien temps que Dieu vînt au secours de son Église et suscitât de nouveaux Docteurs , munis d’armes nouvelles. Que nous sommes heureux de posséder au sein de la France le Régénérateur du Catholicisme déchu , le Restaurateur du Sacerdoce Chrétien ! (Plaidoyers de M.® Janvier et de M. de Lacordaire ) Mais revenons au ministre Claude et à Bossuet.

On convient que Claude revint plusieurs fois sur la demande qu’on suppose si embairassante pour Bossuet. C’est une preuve de l’importance qu’il y attachait; et s’il ne tint pas ferme , il est difficile de croire que ce fut uniquement par une espèce d'étoàrdissement. Que , dans la dispute , l’érudition , l’éloquence , la logique pressante de Bossuet dussent en imposer à un adversaire et fussent capables d’étourdir un peu Claude lui-même , cela se conçoit. Nous voyons cependant qu’il conserva assez bien sa présence d’esprit ; et puis , il avait eu tout le temps de se remettre , et il était sans doute bien revenu de son étourdissement lorsqu’il publia cette Relation dans laquelle il raccommoda de son mieux les réponses qu’il avait données aux argumens de Bossuet. Parmi ces réponses était celle qu’il fit à ce Prélat , lorsque celui-ci lui objecta que, dans les principes du

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Protestantisme , le Chrétien à qui l’on présente pour la première fois le livre de l’Ecriture , doit douter de son authenticité. Le ministre, comme nous l’avons vu , avait répondu que le Catholique à qui l’on parlait pour la première fois de l’autorité de l’Église devait également en douter, et qu’il répondrait pour le Protestant relativement à l’Écriture , ce que Bossuet répondrait pour le Catholique relativement à l’autorité de l’Église. Si donc il n’insista pas davantage pour que Bossuet expliquât comment le Catholique croit l’Église , s’il ne tint pas ferme sur ce point décisif, il est naturel de penser que c’est parce qu’il jugea que la chose était inutile , ou plutôt , lui était impossible avec un adversaire qui ne se laissait pas donner le change.

En effet, Bossuet répondit avec raisou que la question entre le ministre et lui n’était pas de .savoir comment le Catholique croit à l’Église , mais uniquement de savoir s’il y croit toujours, s’il y a un moment où sa foi est en suspens. Il est clair que ce sont là deux questions tout-àfait différentes , comme la question de savoir si le Baptême confère la foi est tout-à-fait différente de la question comment le Baptême confère la foi. Mais quoique Bossuet écartât une question étrangère à la controverse présente, il en dit assez pour qu’un homme aussi habile que le ministre Claude pût voir qu’il ne'gagnerait rien à l’amener sur ce terrain.

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