‹ Examen d'un ouvrage intituléChapitre 142 sur 180 · CHAPITRE HUmèME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUmèME

» credenda nullo modo assenliamur. (S. Thom. 3. d. ü3. q. 3. art. 3. sol. a. o. )

J’ajouterai , si l’on veut , sans crainte d’être contredit par les Théologiens, que celui qui est l’Auteur de l’intelligence et de la foi sait bien concilier l’une avec l’autre ; que ces deux principes divins ne peuvent jamais être en contradiction ; que la seule malice de l’homme le met en opposition avec l’une et l’autre ; que la foi reçue dans l’ame par l’opération du Saint-Esprit s’y conserve par le meme principe ; et qu’elle ne peut se perdre que par une résistance positive à la grâce , par un acte de rébellion de la volonté, résistance et rébellion dont la candeur de son âge tient l’enfant plus éloigné que l’adulte; enfin , que l’on peut comparer la foi surnaturelle qui unit l’enfant à Dieu , à l’amour naturel qui l’unit à ses parens. L’enfant aime son père et sa mère avant de savoir que c’est un devoir de les aimer; son amour se développe avec sa raison , et à mesure qu’il devient en état de concevoir les choses , il apprend à connaître combien cet amour est fomlé sur la raison et sur la nature, sans être pour cela obligé de le suspendre ou d’en douter un instant. Il ne peut pas être plus obligé de tenir sa foi en suspens , puisque sa raison , tant qu’elle n’est pas égarée par la corruption du cœur , ne peut que lui découvrir des motifs qui le confirment dans la croyance qu’il tient du Saint-Esprit.

3q8 EXAsrEW d’üit ouvragf , etc.

Je le demande à la conscience du Lecteur , si ce n’est pas là répondre directement à la question , Comment croit-on à l'Église Catholique , ou , Comment a-t-on la foi ? Que l’on essaie , si l’on veut, de montrer que cette réponse est insuffisante ; mais qu’on ne dise pas qu’elle n’atteint pas la difficulté. On dira , peut - être , qu’elle s’accorde mal avec le principe Cartésien ; je ne sais , mais que m’importe ? Tout ce que je demande , c’est qu’elle s’accorde avec les principes Catholiques , et j’en suis assuré. Je ne puis trop le répéter, je n’ai point pris la plume pour la défense du Cartésianisme , mais pour la défense des Théologiens inculpés avec tant d’imprudence et d’injustice, qu’on serait tenté de croire que leur accusateur ne les a pas lus, ne les connaît pas. La question entre Bossuet et le ministre Claude , entre les Protestans et l’Église Catholique , n’a jamais été de concilier le principe de Descartes avec les principes de l’Église , puisqu’il n’y a pas le moindre doute que c’est par les principes C^itholiques qu’il faut juger du principe de Descartes, et nullement par le principe de Descartes qu’il faut juger les principes Catholiques. Mais si l’Auteur ne peut pas produire un seul Théologien Catholique qui rejette l’explication que je viens de donner, il sera forcé d’avouer de deux choses l’une, ou bien qu’il a accusé faussement les Théologiens Catholiques d’avoir introduit le Cartésianisme dans la Théo-

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logie, ou que le Cartésien Bossuet et les autres Théologiens entendent les principes de Descartes tout autrement que lui , et qu’à l’unique difficulté que les Théologiens aient à résoudre , il a substitué une difficulté imaginaire.

En effet , les expressions de souveraineté , d’infaillibilité de la raison individuelle, de droit d’admettre ou de rejeter la vérité, de ne croire qu’à soi , de ne reconnaître pour vrai que ce qui est démontré à la raison de chaque individu , etc. dans l’application qu’en font les Réformateurs de l’enseignement , ne sont que des épouvantails dont ils font usage pour jeter la terreur dans les ames timorées et les prévenir contre ceux qui rejettent le nouveau système qu’ils veulent introduire à tout prix. Qu’on se rassure : jamais aucun Théologien Catholique n’a enseigné que la raison individuelle soit souveraine ou infaillible , qu’elle ait le droit de rejeter la vérité, qu’elle ne doive admettre que ce qu’elle comprend ou ce qui est démontré pour elle. Quiconque enseigne une telle doctrine n’est point Catholique ; ce n’est donc qu’en les calomniant que les partisans du nouveau système peuvent l’attribuer indistinctement à tous ceux qui n’admettent par leur unique principe de certitude. Il est bien vrai que saint Augustin, saint Thomas, tous les saints' Pères et tous les Théologiens donnent à la rai. son individuelle ( car iis n’en connaissent pas qui

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ne soit individuelle ) beaucoup plus que nos Réformateurs ne veulent lui accorder ; naais la question est précisément de savoir s’il faut en croire les nouveaux Docteurs préférablement aux anciens.

Au reste, leur censure s’étend plus loin qu’ils ne le voudraienl eux-mêmes , car en condamnant l’examen de la raison individuelle , ils condamnent la pratique de l’Église , laquelle non-seulement ne le condamne pas , mais le conseille et l’exige en plusieurs occasions. Bien assurée que la raison et la foi, ayant toutes deux Dieu pour auteur, ne peuvent jamais être en contradiction , elle n’a jamais interdit à ses enfans le droit naturel d’user librement de leur raison et d’examiner les vérités qu’elle leur enseigne ; l’assertion contraire est une calomnie des Protestans. Elle se contente de prescrire les règles qu’ils doivent suivre dans l’usage de ce droit. Elle interdit beaucoup moins l’examen aux étrangers qui veulent se rapprocher d’elle et qu’elle espère gagner à la vérité. Elle leur expose les titres qu’elle a à leur confiance et les invite à les vérifier , elle leur donne tout le temps qui leur est nécessaire pour s’instruire et se convaincre , et ne les admet dans son sein que lorsqu’ils ont acquis une pleine conviction individuelle que c’est pour eux un devoir de s’y réfugier pour suivre la vérité. A cet effet , elle veut qu’on entre avec eux dans la disctis-

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