CHAPITRE HDITifeME
» nés vult salvos fieri, et ad agnitionent veritatis » venire. » Oui , diront les partisans du nouveau système ; mais le moyen donné à tous de connaître la vérité est la foi en la raison générale. On en peut juger par ce que j’ai dit jusqu’ici et par ce que j’ai encore à ajouter.
L’illustre Auteur de ce système a eu la candeur de faire cet aveu remarquable : « Les objec- » tions contre la certitude que chaque homme V considéré individuellement et sans relation » avec ses semblables prétendrait trouver en soi , » peuvent , je le sais, se rétorquer contre la cer- » titude qui résulte du consentement commun.» ( Essai , t. II. p. l\o. ) Cette vérité est de toutes les vérités qui peuvent être contenues dans \ Essai , celle que les adversaires du système de l’Auteur seront le moins disposés à contester. Us croiront pouvoir en conclure , et il me parait que ce n’est pas sans fondement , que ce système est un système de destruction et ne peut servir à édifier ; puisque , de l’aveu même de son auteur, il est battu en ruine par les coups qu’il porte aux autres systèmes. Mais peut-être voudra-t-on soutenir que , rétorquées contre le consentement commun donné pour unique principe de certitude , les objections qui se font contre la certitude de la raison individuelle ne conservent plus la même force. Je suis persuadé au contraire ^qu’elles sont beaucoup plus fortes contre le nouveau système , et j’en vais donner
4o4 EXAMEN d’un OUVRAGE , ETC.
une preuve dans la question qui nous occupe.
M. G. prétend que si le ministre Claude avait su tenir ferme sur le point décisif, son objection eût été insoluble dans les principes de Bossuet. Je crois avoir démontré le contraire et donné une solution très-plausible sans m’écarter de la doctrine de ce Prélat, ou plutôt en ne me servant que de ses argumens. Mais je vais faire voir que cette même objection devient vraiment insoluble si nous admettons le sentiment de l’Auteur de VEsvai sur le principe de certitude et le fondement de la foi.
En effet, pourquoi le ministre Claude prétendait-il que l’enfant à qui l’on parle pour la première fois de l’Eglise , à un âge où il est en état de comprendre ce qu’on lui dit , n’est pas , dans les principes Catholiques , plus en état de faire une acte de foi divine sur l’autorité de l’Église Catholique , qu’il ne l’est , dans les principes Protestans , de faire une acte de foi sur la divinité des Écritures qu’on lui présente ? C’est parce que , disait-il , « ce n’est pas l’affaire d’une petite » discussion de discerner quelle est la vraie » Église ; et avant qu’on soit en état de le savoir » par soi-même , on l’ignore , ou l’on a tout au » plus une persuasion humaine fondée sur la foi » des parens. » Bossuet, comme nous l’avons vu, répondit , que c’est une erreur de s’imaginer qu’il faut toujours examiner avant de croire ; que, dans l’enfant, la foi infuse et le Saint-Esprit
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reçu dans le Baptême , sans exclure l’usage de la raison , proportionné à son âge , suppléait à ce qui y manquait , et suffisait pour lui donner une certitude complète et divine de tous les articles du Symbole qu’on lui faisait réciter , et par conséquent aussi de cet article : Je crois l'Église Catholique. Cette réponse, qui n’est que l’exposition de la croyance Catholique , ne souffre pas de réplique , et Claude vit bien qu’il essaierait en vain de la combattre. Voyons maintenant si la doctrine du consentement commun peut nous fournir quelque réponse plus claire et plus précise. U me semble qu’elle ne peut servir qu’à tout embrouiller.
C’est un principe fondamental du nouveau système , que la vraie Religion est incontestablement celle qui repose sur la plus grande autorité visible. (Essai, t. ii. préf. p. lxxiv. et 27$ del’ouv.) C’est fort bien ; je ne nierai pas cette proposition. Mais la question est de savoir quel parti pourra tirer de ce principe lumineux , l’enfant à qui l’on parle pour la première fois de l’autorité de l’Église. Je pourrais d’abord demander s’il a déjà la foi de ce principe et comment il l’a ? Ensuite , comment saura-t-il que l’autorité dont on lui parle est la plus grande autorité visible? Il le croira , je le veux bien ; mais sur quel fondement ? Parce qu’on le lui dit; c’est-à-dire qu’il en aura , comme le dit Claude , une persuasion simplement humaine , fondée sur la foi
4o6 EXÀBIEir d’cIT ouvrage f ETC.
de ses parens et des personnes qui l’instruisent. Assurément , le ministre ne faisait aucune difficulte de reconnaître une foi semblable dans le Protestant à qui l’on présentait pour la première fois le livre de l’Écriture ; il disait aussi que ce Protestant croyait déjà d’une foi humaine la divinité de l’Écriture , sur le témoignage de ses parens et de ceux que l’instruisaient. Mais ce n’est pas de cette foi qu’il était question entre lui et Bossuet.
De plus , la doctrine du consentement commun ne dispense pas les hommes de tout examen pour s’assurer de la vraie Religion ; l’Auteur de YEssai en convient expressément. Im diversité des cultes , dit-il , prouve la nécessité d’un examen sérieux. ( Essai , t. n. p. 179.) Et en effet , il faut bien un examen ou une inspiration pour discerner , parmi tant de cultes, celui qui est le véritable. Sans cet examen , on courrait évidemment le risque de prendre la plus petite autôrité pour la plus grande. Mais l’enfant n’a pas fait cet examen , il ne connaît qu’une autorité, celle qui l’a instruit. C’est bien la plus grande pour lui , mais est- ce la plus grande en effet ? Il n’en sait rien. On le lui dit, et il le croit ; mais on en peut dire autant à tout autre enfant, en toute autre Religion ; et il le croira également , du moins jusqu’à ce qu’il ait eu le temps et le moyen de faire l’examen des diverses autorités. Une foi divine peut-
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elle reposer sur un semblable fondement ? Pour un enfant élevé dans la Religion Mahométane , l’autorité de Mahomet et de l’Alcoran est la plus grande autorité ; fera-t-il un acte de foi divine sur cette autorité ?
Plus j’y réfléchis et moins je conçois de quelle utilité peut être l’autorité du genre humain , le consentement commun , à un enfant qui ne peut encore connaître que l’autorité de la trèspetite partie du genre humain , dont il est entouré. De bonne foi , peut-on croire que Bossuet aurait fermé la bouche au ministre Claude en lui disant que l’enfant Catholique croyait à l’Église sur l’autorité du genre humain ? N’aurait-il pas demandé ultérieurement comment l’enfant croyait à l’autorité du genre humain , sans la connaître , ou comment il la connaissait autrement que par le témoignage d’un petit nombre d’individus ? Mais supposons , contre toute vérité, contre l’évidence, que l’enfanta qui on parle de l’autorité de l’Église , connaisse le consentement commun , et que , sans cet examen sérieux que l’Auteur de Y Essai reconnaît être nécessaire , il sache par le consentement commun que l’autorité de l’Église Catholique est plus grande que celle d’aucune autre Église , et la plus grande des autorités visibles ; supposons que la certitude qu’il a de la prééminence de cette autorité sur toutes les autres soit égale à la certitude que nous avons de
4o8 EXAMEIT s’CN OÜTSAGE , ETC.
l’existence présente de la ville de Constantinople et de l’existence passée de la ville de Babylone ; ce sera sans doute beaucoup et peutêtre assez pour satisfaire le ministre Claude ; mais , si nous en croyons Bossuet , ce ne sera pas encore assez pour un Chrétien qui doit agir par le motif d’une foi divine. Pour ne pas contredire les principes de la croyance Catholique , il en faudra nécessairement venir à dire que l’enfant a reçu par le Baptême la foi infuse , et que la certitude qu’il a que l’Eglise qui l’instruit est la vraie Eglise est une certitude divine fondée sur l’opération du Saint-Esprit dans son ame; que le premier acte de foi que cet Esprit- Saint met dans le coeur du Chrétien baptisé est de croire , avec le Père , le Fils et le Saint- Esprit , l’Eglise Catholique. C’est-à-dire qu’il en faudra revenir à la réponse de Bossuet , qui est la seule qui résolve la difficulté.
Mais dès qu’on est obligé d’avoir recours à la foi infuse et au Saint-Esprit , qu’a-t-on besoin du consentement commun ? Qu’est - ce que ce consentement peut ajouter à l’opération intérieure de la grâce ? I/enfant fera sans doute usage de son intelligence autant que le lui permettront le développement de ses organes et ses connaissances acquises ; mais cet usage même sera dirigé par le Saint-Esprit qui est en lui , à moins qu’une volonté coupable n’y mette obstacle , et la certitude de l’acte de foi repo-
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sera essentiellement sur cette opération et cette direction du Saint-Esprit. Le vice essentiel du nouveau système est de chercher un fondement humain à une foi divine , et ce vice le fera rejeter de tous les Catholiques quand il sera mieux approfondi. On accuse des Théologiens de donner la raison individuelle pour fondement de la foi divine et surnaturelle , ce qui serait sans doute une erreur capitale , et on ne voit pas qu’on tombe dans une erreur tout aussi inexcusable , en assignant pour ce fondement la raison générale qui n’est pas plus un principe surnaturel que la raison individuelle.
Ces développemens , que j’ai crus nécessaires , mettront le Lecteur en état d’apprécier les fausses conséquences que l’Auteur quo je réfute déduit d’une supposition fausse. Il suppose {p. 184.) comme un principe avoué de ses adversaires que r acte de foi repose toujours sur des raisonnemens , et il en infère j ° Qu’un enfant peut suspendre son acquiescement à l’autorité de l’Église , jusqu’à ce qu’il soit en état de comprendre des raisonnemens ; que jusque là il ne sera tenu à aucun acte de foi divine ;
Que l’enfant qui croirait comprendre que ces raisonnemens ne sont pas convaincans et démonstratifs , devrait douter aussi en vertu du principe même qui, dit-on , doit le déterminer à croire ; 3° Que, soit qu’il doute ou ne doute pas , il n’existe pour lui aucune obligation de s’interdire l’examen et le doute.
4lO EXAMEir d’üIT ODVfUGE , ETC.
C’est à merveille , mais que l’Auteur me permette de lui demander à lui-méme la solution de sa difficulté. Son maître l’a prévenu que toutes les objections qu’il ferait pourraient se tourner contre lui. Dans la doctrine à laquelle on donne le nom de doctrine d’autorité , c’est un principe incontestable qu’il n’y a d’autre principe de foi et de certitude que le consentement commun ; c’est un autre principe que la vraie Religion est incontestablement celle qui repose sur la plus grande autorité visible ; enfin il est également reconnu que la diversité des cultes prouve la nécessité d’un sérieux examen. Cela étant , l’enfant ne pourra avoir aucune certitude , ni par conséquent avoir aucune foi divine , jusqu’à ce qu’il soit en état de connaître le consentement commun , de savoir quelle est la plus grande autorité visible , de faire un examen sérieux pour savoir quel est de tous les cultes celui qu’il faut admettre ; car il est manifeste qu’à ne considérer que le consentement commun , unique principe de foi, la condition de tous les enfans est la même , qu’ils aient ou n’aient pas reçu le Baptême , et que ce que ne peut pas un enfant Mabométan , l’enfant Catholique ne le peut pas davantage, l’un et l’autre ne connaissant d’autre autorité que celle des personnes qui l’instruisent. Que l’Auteur prenne la peine de donner à cette difficulté une solution claire et précise , ou qu’il démontre que mon