‹ Examen d'un ouvrage intituléChapitre 145 sur 180 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

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induction n'est pas aussi rigoureuse que la sienne. J’ai de plus sur lui l’avantage qu’il ne peut nier les principes dont je la déduis, puisque je puis montrer qu’ils sont pris littéralement dans le livre même que les partisans de ce système ne peuvent refuser de regarder comme contenant le fondement de leur doctrine ; au lieu que je nierai absolument le principe qu’ils supposent admis par les Théologiens qu’il combat, et par suite toutes les conséquences qu’il en tire.

Non-seulement les Théologiens Catholiques ne disent pas que l’acte de foi repose toujours sur des raisonnemens , mais ils enseignent au contraire que l’acte de foi ne repose jamais sur des raisonnemens. C’est là un fait que quiconque a étudié la Théologie est inexcusable d’ignorer ; et si quelqu’un écrivait sur la Théologie sans l’avoir étudiée , il serait plus inexcusable encore. Bien loin que la foi d’un individu puisse en aucun cas reposer sur scs raisonnemens , elle ne repose même pas sur les raisonnemens qu’on trouve quelquefois dans les définitions des Conciles œcuméniques. On serait hérétique si l’on niait les vérités définies, mais on ne le serait pas si on niait seulement la légitimité de quelque raisonnement apporté en preuve. Les raisonnemens peuvent être nécessaires à ceux qui n’ont pas la foi pour les y conduire ; mais, comme le dit saint Thomas cité plus haut, lors-

4ia EXAMEN d’on OUVRAGE, ETC.

que l’homme est parvenu à la foi , o il ne croit B ni sur le fondement de la raison naturelle, ni » sur celui du témoignage de la loi , ni sur celui n de la prédication , mais uniquement sur le » fondement de la vérité même. » C’est-à-dire, qu’il croit , non à sa raison ou à la raison générale, mais à Dieu lui-même, (i) Credidit Abraham Deo , et c’est Dieu qui lui met cette foi dans le cœur , (a) Dei enim donum est.

Cela étant incontestable , on voit que rien n’est plus facile que de répondre aux inductions de l’Auteur. i“ L’enfant peut et doit croire avant de comprendre des raisonnemens , parce que, ayant reçu la foi dans le Baptême, il lui est beaucoup plus facile de faire un acte de foi que de comprendre un raisonnement. Le principe qui, selon Bossuet et tous les Théologiens Catholiques, détermine l'enfant à croire est la foi infuse qu’il a reçue dans le Baptême , et le Saint- Esprit qui opère en lui. En vertu de ce principe, l’enfant ne peut pas douter volontairement sans se rendre coupable d’infidélité et de résistance à la grâce intérieure qui le détermine à croire. Si l’on fait à l’enfant des raisonnemens relatifs à la fui qui soient à sa portée et vraiment convaincans , rien ne l’empêche d’y adhérer, il y est même excité par la foi qui est en lui. Mais

(i) • Abraham cnil i la parole de Dieu. • (a) • Car c'est an don de Dieu. •

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cette foi déjà fondée sur le Saint-Esprit n’a nullement besoin de se fonder sur ces raisonnemens démonstratifs , qui peuvent tout au plus la rendre plus éclairée. Si les raisonnemens qu’on lui fait sont mauvais , ou s’il ne les comprend pas , il peut ne pas y adhérer sans qne le fondement de sa foi en soit ébranlé ; la foi possédée ne peut se perdre que par un acte délibéré de la volonté , par une résistance coupable au mouvement intérieur de la grâce. 3° Il n’existe pour aucun Chrétien aucune obligation de s’interdire un examen sage et prudent, dont le résultat ne peut être que de lui montrer l’accord de la raison et de la foi , mais il existe pour tous les Chrétiens l’obligation de s’interdire un examen présomptueux et téméraire ; car l’effet de cet examen pourrait être d’ébranler ou de détruire en eux la foi. Enfin , il existe pour tous les Chrétiens une obligation de ne jamais douter volontairement de la foi , car celui qui doute devient Infidèle.

A la page i8g , l’Auteur , supposant , à son ordinaire , comme un principe non contesté , que le C.irtésianisme admis par les Théologiens à qui il lui plaît d’appliquer la dénomination de Cartésiens , n’est , comme le Protestantisme , que l’expression de la souveraineté de la raison individuelle, admet sans difficulté la légitimité de toutes les conclusions que les Protestans déduisent de cette prétendue identité de leur principe

4l4 EXAMEN d’un OUVRAGE , ETC.

foudaroental avec le principe du Cartésianisme. Et dans une note de la même page , il dit : » Il est à remarquer que ces Théologiens s’occu- » pent uniquement à repousser les attaques di- » rigées par des Catholiques contre leur Philo- V Sophie , sans s’occuper aussi à repousser les J) attaques dirigées par les Protestans contre la » Religion Catholique , en vertu de cette meme » Philosophie. » Je me joins à l’Auteur bien sincèrement pour déplorer le triste spectacle que donnent des Catholiques occupés à se combattre mutuellement , au lieu d’unir leurs eflorts contre l’ennemi commun. Mais qui donc est la cause de ce désordre ? Je prie l’Auteur de ne point s’offenser de la comparaison que je vais employer uniquement pourfaire sentir une triste vérité que je voudrais taire, mais que, au point où en sont venues les choses, il n’est plus permis de dissimuler. Deux armées ennemies en sont aux mains ; au plus fort de la mêlée , le chef d’un corps de troupes, sous prétexte d’avoir imaginé un moyen plus décisif pour vaincre l’ennemi tourne subitement ses armes contre l’armée dont il fait partie pour la forcer d’adopter son plan ^ et par cette diversion donne à l’ennemi commun un avantage dont celui-ci sait habilement profiter. Que fera cette armée ainsi attaquée par ceux mêmes dont elle attendait du secours ? N’est-il pas tout simple qu’elle fasse tous ses efforts pour repousser cette attaque imprévue , et peut-on

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