‹ Examen d'un ouvrage intituléChapitre 146 sur 180 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

s’étonner qu’elle semble un instant oublier son ennemi naturel pour se défendre contre ceux qu’elle regardait comme ses alliés?

L’application est facile. Depuis trois siècles, les Théologiens Catholiques combattaient contre les Protestans , et la plus grande union régnait entre eux dans cette guerre sacrée ; ils suivaient tous la même méthode dans le combat , aussi bien avant qu’après que Descartes eût publié sa Philosophie. L’Église qui , sans doute , veille sur le dépôt qui lui est confié , ne soupçonnait pas que des systèmes pernicieux , conduisant à l’impiété et à l’irréligion , comme on nous l’assure , dominassent dans ses écoles ; que des Théologiens , des Prélats distingués , combattant ses ennemis, s’éloignassent de sa doctrine et de sa méthode. Tout à coup , un homme d’un grand talent , fait peut-être plus qu’un autre pour prendre une part active dans la guerre sainte , au lieu de se tenir uni à ceux qui sont dans les mêmes rangs que lui, se croit appelé à les combattre , tourne ses armes contre eux ; il les accuse de trahir la vérité, de ne savoir pas combattre l’erreur. Son génie lui gagne des partisans qui donnent naissance à une espèce de guerre civile dans l’Église Catholique. On en vient à prétendre que le célèbre Bossuet , si connu par ses combats contre les Protestans , et si loué par les Souverains Pontifes , n’a pas su répondre aux objections des Protestans ; que lui-même admet-

4l6 KXAMEN d’on outrage , ETC.

tait le principe fondamental du Protestantisme , et que ses succès contre eux ne sont dus qu’à leur mal-adresse qui les a empêchés de profiter des avantages qu’il leur donnait sur lui. Beaucoup d’autres Théologiens sont accusés , calomniés ; on leur suppose des principes qu’ils n’admettent pas , on leur prête des erreurs qu’ils détestent , et cela sans avoir lu ou sans avoir compris leurs ouvrages. Et puis , on s’étonne que ces Théologiens se défendent , et qu’ils regardent comme leur premier devoir de repousser des imputations calomnieuses ! Us répondent , dit-on , à des Catholiques , et ne s’occupent pas des Protestans. Mais avant de combattre l’erreur ne faut-il pas d’abord lever les soupçons odieux , les injustes accusations auxquelles on est soimême en butte , et prouver qu’on ne participe pas à l’erreur que l’on doit combattre ?

Ces Théologiens, dites-vous, ont introduit dans leurs Théologies la Philosophie de Descartes. Vous le dites, mais ils n’en demeurent pas d’accord , et vous ne le prouvez pas. Us n’admettent pas les conséquences que vous déduisez. Si vous êtes de bonne foi , vous serez forcé d’avouer, ou qu’ils ne sont pas Cartésiens , ou qu’ils entendent les principes Cartésiens tout autrement que vous , et que par conséquent leur Cartésianisme n’a pas les dangers que vous croyez y voir. La chose est bien évidente ; car on peut vous donner le défi de produire un seul

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Théologien Catholique qui admette la souveraineté de la raison individuelle. Si pour être Cartésien , il fallait reconnaître cette souveraineté , ils diraient unanimement anathème à Descartes , tout aussi sincèrement que vous. Bossuet était Cartésien, de votre aveu; oseriez-vous dire qu’il soutenait que la raison de l'homme est souveraine, indépendante, infaillible? Il aurait sans doute cru blasphémer , s’il avait attribué Tinfaillibilité même à ce que vous appelez raison générale ; car si , comme vous le dites , cette raison est la même chose que la raison humaine proprement dite , elle n’est qu’une raison créée , et par conséquent essentiellement sujette, dépendante , faillible. Or est-il bien démontré que vous entendez mieux que Bossuet les principes de Descartes ? Quand cela serait démontré à vos propres yeux et pour votre raison individuelle, les Théologiens qui seraient Cartésiens à la manière de Bossuet et qui entendraient comme lui les principes de ce Philosophe , ne mériteraient pas encore vos reproches ; car ils ne sont sans doute pas tenus d’admettre aveuglément vos prétendues démonstrations et de se soumettre à vos décisions; vous n’êtes pas les délégués de l’Église pour les juger , ni les dépositaires de l’autorité du genre humain , du consentement commun , pour les condamner. Si vous voulez nous persuader de la vérité de votre doctrine , commencez par nous montrer moins

4l8 £XA.ME(r d’on ouvrage, etc.

de confiance dans vos décisions , car. vous pouvez aussi vous tromper.

Tous les Protestans actuels , ajoutez-vous , font profession de suivre les principes de Descartes. Ils déclarent hautement que c’est en vertu de ces principes qu’ils sont Protestans. Pour prouver cette assertion , vous citez plusieurs passages d’ouvrages composés par des Protestans. Je conviens du fait : et je n’y opposerai qu’un autre fait et une simple question. Le fait est, que les anciens Protestans ne pensaient pas sur ce point comme les Protestans actuels. Descartes ne rencontra pas chez eux moins d’adversaires que chez les Catholiques. On sait avec quel zèle le célèbre Voèt combattit cette nouvelle méthode Philosophique , on sait aussi qu’elle ne fut point goûtée en Angleterre. Les Protestans n’avaient donc aucune idée de l’identité du principe du Cartésianisme avec le principe du Protestantisme. Voilà un fait qui est tout aussi incontestable que le votre. Voici maintenant ma question : D’où est venue aux Protestans cette nouvelle lumière ? A quel génie bienfaisant en sont-ils redevables? Pour répondre à cette question , il ne s’agit que de considérer à quelle époque ont été composés ces écrits dont vous extrayez les passages, la Revue Protestante , le Mémoire en faveur des Cultes , le Producteur , le Globe, etc. N’est-il pas vrai que tous ces écrits ont paru après la publication

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