‹ Examen d'un ouvrage intituléChapitre 147 sur 180 · CHAPITRE UÜITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE UÜITIÈME

de l'Essai sur V indifférence en matière de Religion ? Et celte seule remarque suffit pour nous apprendre à quelle source les Protestans ont puisé l’heureuse idée de se faire un rempart du Cartésianisme. Il s’est trouvé des Catholiques qui leur ont dit : Les principes de Descartes admis par beaucoup de Théologiens Catholiques vous donnent gain de cause : et les Protestans aussitôt d’applaudir et de s’écrier : Nous sommes Cartésiens , nous ne faisons que tirer les conséquences des principes de Descartes adoptés par les Théologiens Catholiques et par le célèbre Bossuet lui-méme; ils ne peuvent nous condamner sans prononcer leur propre condamnation. Rien de plus naturel. Quand nous avons affaire à des ennemis qui veulent bien plaider notre cause , nous n’avons garde de les contredire, ou de trouver leurs argumens mauvais. Des Catholiques auront la gloire d’avoir invité les Protestans à se donner pour des Cartésiens plus conséquens que les Cartésiens Catholiques. Bossuet avait passé jusqu’à présent pour un adversaire redoutable aux Protestans , et les Successeurs de Saint Pierre eux - mêmes avaient applaudi à ses succès ; mais actuellement que M. G. a prouvé à sa maniéré que Bossuet n’a pas su répondre au ministre Claude , et que M. de Pompignan a plus mal réussi encore avec le ministre de Genève , il n’est point douteux que les Protestans ne fassent à l’env» chorus

4ao EXASiEir d’ow ouvrage , etc.

avec lui, et ne s’empressent de répéter que ces deux Prélats n’ont point résolu les objections des Protestans. Et comme personne , que je sache , n’y a répondu autrement ou mieux , les Protestans seront autorisés à dire que, de l’aveu des Catholiques , les objections des Protestans sont jusqu’à présent restées sans réponses , et par conséquent conservent toute leur force.

Mais quel sera le résultat de cette monstrueuse alliance de quelques Catholiques avec les Protestans? Le voici : après s’être servis des argumens des partisans du nouveau système pour combattre ceux qui refusent de l’admettre , ils se serviront des argumens des adversaires du système pour en démontrer l’absurdité. Après avoir dit , avec les défenseurs de la doctrine d'autorité , que les Théologiens Cartésiens ne peuvent, sans se contredire, combattre le principe du Protestantisme, après avoir fait observer judicieusement , avec l’inventeur du nouveau système , que quiconque ose affirmer qu’il existe , est Cartésien, ce qui donne une grande latitude au Cartésianisme ; il leur sera fort aisé de faire remarquer que les partisans de la doctrine d’autorité sont dans l’impossibilité de substituer une réponse satisfaisante aux mauvaises réponses des Théologiens dits Cartésiens , puisque , pour le prouver , ils n’auront besoin que de l’aveu même de l’illustre Auteur qui recon-

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naît , avec candeur , que toutes les objections qu’il fait contre les principes qu’il combat peuvent se rétorquer contre sa propre doctrine. {^Essai, t. II. p. 4o. ) Ainsi , il restera démontré que les objections des Protestans contre le Catholicisme sont absolument insolubles.

Quelqu’un sera peut être tenté de croire que je dénature la pensée de l’Auteur de V Essai, lorsque je lui fais dire que quiconque ose affirmer qu’il existe , est Cartésien. Pour s’assurer que je n’exagère rien , qu’il ouvre la Défense de l’Essai, il y trouvera que nul homme n’a par soi-même une certitude rationnelle de son existence, c’est-à-dire, une certitude telle que sa raison n’aperçoive aucune possibilité que ce qui lui parait vrai soit faux , et que Dieu seul peut dire en se considérant lui-même. Je suis. Écoutons l’Auteur lui-même ; c’est le moyen le plus simple de s’assurer qu’on ne lui prête rien.

<c Quelques personnes voudraient que nous » eussions admis que chaque homme , considéré » isolément , a au moins la certitude de sa pro- » pre existence , même avant de savoir que » Dieu est. C’est demander trop ou trop peu. » Si l’on entend parler d’une certitude ration- » nelle , c’est-à-dire , d’une certitude telle que » la raison n’aperçoive aucune possibilité que » ce qui lui parait vrai soit faux , c’est trop dej) mander ; car Descartes lui-même ne demande

4aa EXAMEN d’on ouvrage , ETC.

» pas davantage (i). Je suis , j'existe, voilà sa « première proposition ; et il est obligé de » convenir qu’il n’en a pas la certitude ration- » nelle. Si l’on entend per certitude la nécessité j> invincible de croire , ou l’impuissance absolue » de douter , c’est demander trop peu ; car il y » a mille choses dont il est aussi impossible à » l’homme de douter que de sa propre exis- » tence. D’ailleurs , la certitude rationnelle de » notre existence isolée supposerait, comme éga- » lement certaine , la rectitude de notre raison » et même son infaillibilité ; car affirmer qu'on V est , c’est énoncer un jugement , et s’il était » possible qu’on se trompât en disant j'existe , » on ne serait pas rationnellement certain de » son existence. Soutenir que chaque homme a » en soi-même la certitude rationnelle de son j> existence , c'est donc déclarer qu'on adopte 7> la Philosophie Cartésienne avec toutes ses » conséquences. C’est se rejeter dans les incon- » véniens , les contradictions , les absurdités » inhérens à cette Philosophie aussi dange- » reuse qu’elle est niaise » ( Défense de T Essai , p. I qa et suiv. )

Ce passage est trop clair pour avoir besoin de commentaire. Maintenant je demande ce qu’il faut penser de saint Augustin qui affirmait que l’erreur n’est pas possible dans le jugement

(i) Pcut-£lrc faut-il lire : Ne demande pas tant ; le sens semble l'exiger, m.ds je n'osc faire aucau cbangenicnt au tctio.

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