‹ Examen d'un ouvrage intituléChapitre 148 sur 180 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

que chacun porte de sa propre existence. « Ce- » lui , dit-il , qui affirme savoir qu’il existe ( qui » affirme quil est ) ne peut jamais ni se tromper » ni mentir. » « TSunquam ergo nec fallinec men- » tiri potest qui se vù’ere dixerit scire. » ( de Trin. lib. i5. n. ai.) Et ailleurs : «Je vous demande , » si vous existez. Craignez-vous qu’en répon- » dant à cette question vous puissiez vous trom- » per, tandis qu’il est clair que si vous n’existiez » pas , vous ne pourriez absolument pas vous » tromper ?» « .dbs te quœro utrùm tu ipse sis , » an fartasse metuis ne in hac interrogatione fal- » laris , citm ulique , si non esses , falli omnino » non passes ? » ( de lib. arb. a. c. 3. ) Je demande également ce qu’il faut penser de saint Thomas qui soutenait qu’il y a des vérités tellement exemptes de toute apparence de fausseté , que notre entendement y adhère sans aucune crainte d’erreur. Tels sont , dit-il , les premiers principes. « Invenitur aliquod verum in quo nulla fal- » sitatis apparentia admisceri potest , ut patet in » prirnis principiis. » ( a. d. a5. art. a. o. ) I.ia réponse ne peut pas être douteuse. Il est manifeste que ces deux Docteurs , en s’exprimant de la sorte , ont déclaré qu’ils adoptaient la Philosophie Cartésienne avec toutes ses conséquences , ses inconvéniens , ses contradictions , ses absurdités. Ils étaient même plus Cartésiens que Descartes lui-méme, puisque, au dire de l’Auteur de VEssai , ce Philosophe est convenu

4a4 EXAMEN d’dw ouvrage, etc.

qu’il n’avait pas la certitude rationnelle de son existence. Le lecteur sera peut-être curieux de savoir en quels termes Descartes a fait cet aveu , qui paraît un peu étrange dans sa bouche. J’avoue que , moi-même , j’ai ressenti cette curiosité , d’autant plus que ma mémoire me suggérait tout le contraire de cet aveu. J’ai' donc ouvert les OEuvres de ce Philosophe, et voici ce que j’ai trouvé dans l’édition latine des EIzévirs. « Répugnât , ut putemus , id quod » cogitât eo ipso tempore quo cogitât , non » existere ; ac proinde , hcec cognitio , Ego co- » gito , ergo sum , est omnium prima et certis- » simu quœ cuilibet ordine philosophanti oc- » currit. » ( Princ. Phil. p. i . n* 7. ) Ce qui veut dire , si je ne m’abuse : « Il implique contradic- » tion que nous croyions que ce qui pense ,

» dans le temps qu’il pense , n’existe pas ; et J) par conséquent , cette connaissance, Je pense,

» donc j'existe , est la première de toutes et la » plus certaine qui se présente au Philosophe » qui procède avec ordre. » Et encore : « (i) Mais » il existe je ne sais quel être trompeur , dont » la puissance et l’adresse sont infinies , qui » s’applique à me tromper continuellement ;

» mais s’il me trompe , il est donc hors de

(l) « Sei eit dueptor ntteio qui$ $ummè poltns , tummé calUdiu ,

» qui de indueiria me êemper failli ; haud dubté igiiur ego etiam » sum , Il ms fallit ; et fallut quantum potest , nunquam tameu » efpeiet , ut nihil lim quandiu aliquid me este cogitabo. a

Page 1