‹ Examen d'un ouvrage intituléChapitre 149 sur 180 · CHAPITRE HUITIKME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIKME

» doute que j’existe ; et qu’il emploie toute sa » puissance à me tromper , il ne pourra jamais J) faire que je ne sois rien tant que je penserai » être quelque chose. » ( Médit, a. ) Ce n’est sans doute pas dans ces passages , ni dans d’autres semblables qu’on pourrait citer, que Descartes a reconnu qu’il manquait quelque chose à la certitude qu’il avait de son existence. Aurait-il fait cet aveu ailleurs, et aurait-il contiedit ce qu’il affirme ici si positivement ? Je sais bien , et l’Auteur de X'Essai le sait mieux que moi , qu’il échappe assez souvent des contradictions aux hommes de génie ; mais encore faut-il des preuves de ces contradictions ; et il y a injustice à en accuser un Auteur sans le prouver.

Descartes a dit , il est vrai , que sans être certains de l’existence de Dieu , nous ne pouvons être assurés de rien ; mais quiconque a lu ses ouvrages , sait qu’il a expliqué sa proposition » et qu’il l’a limitée aux connaissances fondées sur le raisonnement. Pour ceux qui ne le connaissent que par les citations infidèles qu’ils peuvent trouver dans les ouvrages où on l’attaque, et qui seraient tentés de croire sur une parole respectable , mais non infaillible , que ce Philosophe a dit tout le contraire de ce qu’il enseigne en effet , je vais faire encore une citation. « (i) Lorque j’ai dit que nous ne pouvons rien

(i) « Vbi dixi nihil not eerlà poaie acire niai priât Dtum » exittere cognoicamui , txprtttit vtrbit itatatut i«m m< non

4a6 EXAMES n’üN OUVRAGE , ETC.

» savoir avant de connaître que Dieu existe , j’ai J) protesté en termes exprès que je ne parlais » que de la science de ces conclusions, dont » nous pouvons conserver la mémoire lors » même que nous n’avons plus présens à l’es- » prit les principes dont nous les avons dédui- » tes. Car la connaissance des principes n’est » point communément appelée science par les » Dialecticiens. Mais lorsque nous réfléchissons » que nous sommes des êtres pensans , c’est » une connaissance première que nous avons , » qui ne dérive d’aucun syllogisme ; et lorsque » quelqu’un dit : Je pense , donc je suis , ou » j'existe , ce n’est point là un syllogisme qui » lui fasse connaître son existence , c’est une » simple intuition de F esprit qui lui manifeste » cette existence comme une chose connue par » elle-même. »

En justifiant de la sorte Descartes, je ne ferai peut-être qu’aggraver ses torts aux yeux des partisans du nouveau système ; mais je ne sais qu’y faire : je préfère la vérité à la justification

» loqui nit\ de icientia earum coneliuionum quorum memoria po- » test recurrere , cùm ampliùs non atlendimut ad rationee ex qui- » bue ipsat deduximua. Principiorum enim noiitia non solet a » Dialecticis teientia appellari, CUm autem advertimut nos este rts » cogitantes , prima quadam notitia est quæ ex nullo tyllogitmo » concluditar ; neque etiam cùm quit dicit, ego cogito, ergo sum ,

» sWe existo , existenliam ex eogitatione per tyllogitmum déduit cit , ted tanquam rem per te notant timplici mentit intuita ï agnoscit, » ( llcup. ad *ec. obj. )

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