CHAPITRE RECVlèME
ver qu’on puisse préférer son propre jugement à celui de l’Église universelle. Il est vrai que , dans le cours de la discussion , Bossuet dit que , dans la vraie Église , il y a toujours eu une autorité visible et parlante à laquelle on devait obéissance , et qu’avant Jésus-Christ il y avait la Synagogue ; mais Bossuet n’ajoute pas ce que l’Auteur lui fait dire , savoir , que sans cette autorité visible et parlante la foi serait impossible. Quiconque fait l’ofHce de censeur doit savoir que son premier devoir est d’apporter une fidélité scrupuleuse à citer les propres paroles de l’Auteur qu’on a la prétention de redresser , et à ne point lui faire dire ce qu’il n’a pas dit.
« Avant que la Synagogue existât , quel était , » demande l’Auteur , le moyen extérieur et écrit tain de se résoudre sur les doutes ? La Syna- » gogue pouvait-elle être pour la plus grande » partie du genre humain cette autorité visible » et parlante , sans laquelle , de l’aveu de Bos- » suet , la Joi serait impossible ? ou dira-t-on » que la foi était impossible à la généralité des » hommes ? Il est manifeste que la doctrine que » nous défendons peut seule satisfaire à cette difu Bculté , qui cesse d’en être une , dès qu’on admet » qu’on doit croire aux vérités primitivement ré- » vélées , sur l’autorité de la tradition générale. »
Ce qu’il y a de manifeste , c’est que l’Auteur a imaginé une difficulté qui n’a pas été faite , afin d’avoir une occasion de faire voir avec
436 EXAMEN d'un OUVRAGE , ETC.
quelle facilité la doctrine qu’il défend fépond à tout. Non-seulement cette doctrine résout les difficultés , mais elle les anéantit , les fait disparaître et cesser d'êlre. C’est vraiment merveilleux ; mais ce merveilleux même ne serait-il pas un peu suspect ? C’est bien ici qu’il est permis d’examiner avant de croire. Il est bon de voir où nous conduit cette doctrine qu’on veut nous faire adopter.
De ce que Bossuet avoue que , dans la vraie Église , il y a toujours eu une autorité visible et parlante , un moyen extérieur et certain de se résoudre sur les doutes en matière de Religion , l’Auteur conclut que cette autorité a dû exister en tout temps et en tout lieu ; mais pour que cette conclusion put être légitime , dans les principes de Bossuet , il faudrait que ce Prélat eût également avoué que la vraie Religion a toujours existé chez tous les peuples ; et je ne sache pas qu’il ait jamais fait cet aveu. La vraiç Religion a toujours existé sur la terre , mais elle n’a pas toujours exi.sté et n’existe même pas encore aujourd’hui en tous dieux. Ensuite, après avoir supposé qu’il y a eu toujours et partout une autorité visible et parlante , l’Auteur conclut que cette autorité n’est autre que celle de la tradition générale. Je n’ai rien à dire contre la légitimité de cette conclusion ; mais de la fausseté de la proposition déduite je tire un argument contre le principe dont elle dérive