‹ Examen d'un ouvrage intituléChapitre 156 sur 180 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

La tradition générale ne peut pas être regardée comme une autorité visible et parlante ; et assurément par ces paroles Bossuet entendait toute autre chose que la tradition. L'Kcriture- Sainte elle-même , contenant la parole de Dieu , qu’est-elle autre chose que la tradition écrite des vérités révélées ? Les Protestansne refusent pas d’admettre cette autorité , mais Bossuet ne s’en contente pas. « Faites revenir Jésus-Christ » enseignant , prêchant , faisant des miracles , je » n’ai plus besoin de l’Église; mais aussi, ôtez-moi » l’Église, il me faut Jésus-Ciirist en personne, » parlant , prêchant , décidant avec des miracles et » uneautorité infaillible. Mais vous avez sa parole, a Oui , sans doute , nous avons une parole sainte » et adorable , mais qui se laisse expliquer et ma- » nier comme on veut, et qui ne réplique rien à » ceux qui l’entendent mal. Je dis qu’il faut un » moyen extérieur de se résoudre sur les doutes, » et que ce moyen soit certain. » On voit ce que Bossuet entend par une autorité parlante et visible. Si cette autorité ne peut pas être la tradition écrite , elle peut encore moins être la tradition orale , qui est toujours plus susceptible d’altération et de fausse interprétation.

L’autorité qui est indispensablement nécessaire dans la vraie Beligion est une autorité gardienne incorruptible et interprète infaillible des traditions elles-mêmes ou des vérités révélées. Qu’est-ce qui constituait le Christianisme avant

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Jésus-Christ ? C’était , selon vous , la croyance de la tradition générale. Les doutes en matière de Religion qu’on pouvait avoir besoin de résoudre , et dont la solution demandait un moyen extérieur et certain , ne pouvaient donc avoir pour objet que la tradition elle-même. Ainsi, c’était la tradition qui devait résoudre les doutes sur la tradition. L’autorité , direz-vous , était le consentement commun. Mais cela revient au même; car la tradition ne pouvant être connue que par le consentement commun , douter de la tradition , c’était douter du consentement commun lui-inéme , et c’est pour résoudre ce doute qu’on avait besoin d’un moyen extérieur et certain distingué de ce qui était l’objet du doute.

Donnons un exemple. A moins d’accorder l’infaillibilité non-seulement au genre humain en général , mais encore à chaque nation , et même à chaque individu, il pouvait et il devait arriver qu’il y eût diversité de sentiment entre les diverses nations ou entre les individus d’une meme nation sur un point de la tradition , par exemple , sur l’immortalité de l’ame ; que l’on pensât d’une manière dans les Gaules , et d’une autre manière dans la Grèce , ou que dans les Gaules un fût divisé de sentiraens sur ce dogme. De celte division devait naître le doute , et l’on demande quel était le moyen extérieur et certain de résoudre ce doute. Dire que c’était le consentement commun , c’est une absurdité , puisque

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