‹ Examen d'un ouvrage intituléChapitre 158 sur 180 · CHAPITRE NEDVlf'ME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEDVlf'ME

Or Noé vécut jusqu’à la naissance d’Abraharo , et Sein ne mourut que cent cinquante ans plus tard. Abraham fut choisi de Dieu pour être le chef d’un peuple élu, Dieu l’instruisit immédiatement, le constitua Père des croyans , et le revêtit de l’autorité que demandait une si haute destination. Isaac et Jacob héritèrent des prérogatives et de l’autorité d’Abraham , et furent eux-mêmes favorisés de communications divines. Jacob instruisit ses enfans , parmi lesquels Joseph , par son rang et par les faveurs divines qu’il avait reçues, avait la principale autorité. £nûn , après la mort des enfans de Jacob, parut Moïse médiateur de la Loi écrite et fondateur do la Synagogue. On voit qu’il n’y a aucune lacune.

Mais , réplique-t-on , la Synagogue n’était que pour le peuple Juif ; le reste des hommes n’avait que les traditions générales ; il faut donc dire , ou que ces traditions générales présentaient un moyen suffisant de salut , ou que la généralité des hommes était dans l’impossibilité de se sauver. J’ai déjà répondu ailleurs à cette difficulté. L’existence du peuple Juif , faisant profession de n’adorer qu’un seul Dieu , et les prodiges opérés pour la sortie de ce peuple de l’Egypte , pour sa subsistance dans le désert pendant quarante années et pour son introduction dans la terre de Canaan , étaient des faits connus par toute la terre , quoiqu’ils ne pussent pas l’être de tous les individus ; c’était là un

44^ EXAMEN d’un OUVHAGE , ETC.

moyen très-suffisant pour amener toutes les nations à la connaissance du vrai Dieu , si les nations avaient attaché quelque importance à cette connaissance. C’était , dis-je , un moyen qui appartenait à cet ordre général et public de la Providence qui regarde les nations et qui nous est manifesté. Quant à l’ordre secret et particulier qui concerne les individus , saint Augustin nous dit que nous ne pouvons le connaître en ce monde. Nous le connaîtrons au grand jour des manifestations , où nous verrons que personne ne sera puni sans l’avoir mérité. N’ayons pas la témérité de vouloir tout expliquer.

Au reste , comme je l’ai déjà dit , ce n’est pas seulement pour les temps qui ont précédé la venue de Jésus-Christ , que nous sommes obligés , pour justifier la divine Providence , de recourir à cetjordre secret qui se dérobe à nos regards , mais dont nous sommes forcés d’admettre l’existence. Car , quelque grande , quelque manifeste que soit l’autorité de l’Église Catholique , si nous considérons les individus , îl y a peut-être encore aujourd’hui une bonne moitié des habitans de la terre qui ne la connaissent pas , et pour qui elle est comme si elle n’existait pas. Pour être conséqiiens , il faudra bien que les partisans du nouveau système aient encore recours au consentement commun , et disent que tous ces individus connaissent les traditions générales du genre

CHAPITRX NEOVIÈME. 44^

humain. Quelque invraisemblable , quelque absurde que soit cette supposition , je veux bien l’admettre ; mais la supposition admise , il faudra de plus soutenir que les traditions générales du genre humain suffisent pour donner une foi surnaturelle qui conduise au salut , ou que la foi surnaturelle n’est pas nécessaire pour plaire à Dieu et acquérir le salut. Or ces deux assertions me paraissent pouvoir difficilement s’accorder avec ces textes de l’Ecriture qui expriment deux dogmes de la foi Catholique : « (i) » Sinè fide impossibile est placere Deo. » a (pi) IXisl » quis renatus fuerit ex aqua et Spiritu Sancto , » non potest introire in regnum Dei. »

« Venons maintenant , dit l’Auteur (p. 199. ) , » à l’objection principale proposée par le minis- » tre à la fin de la conférence , et reprise en- » suite par l’adversaire de M. l’Évêque du Puy. » Elle se réduit à ce dilemme : Si l’homme doit » examiner avant de croire , il y a nécessaire- » ment pour le Catholique lui-même un moment » où il doit être dans le doute ; si l’homme ne » doit pas examiner avant de croire , toutes les » croyances sont également raisonnables, éga- » lement vraies. »

Le ministre n’a pas fait ce dilemme , et s’il l’avait fait , je pense que M. Bossuet lui aurait fait

(1) • Sans la foi il est impossible de plaire à Dieu. >

(a) < Personne , h moins qn'il no renaisse de l'eau et du Saint- • Esprit , ne peut entrer dans le royaume de Dieu. •

444 EXAMEN d’un OUVRAGE , ETC. remarquer que sa première proposition conditionnelle est évidemment fausse; car de ce qu’il faut examiner avant de croire , il ne s’ensuit nullement que le Catholique doive douter. 11 y a même contradiction dans les termes ; car le Catholique est un homme qui croit, et Claude n’avait garde de le nier. Celui qui ne croit pas encore n’est pas Catholique. La proposition revient donc à celle-ci : Si l’homme doit examiner avant de croire, celui qui croit ( le Catholique) doit douter, c’est-à-dire , ne pas croire. Je laisse au lecteur à juger du mérite de cette proposition , mais la justice m’oblige à dire qu’il ne faut pas l’attribuer à Claude. Voici quel lut le dilemme du ministre, a Iæ Fidèle à qui l’on » propose l’Eglise , ou il la croit sans exami- » ner, ou il en doute ; s’il doute , il est infidèle ; » s’il ne doute pas , par quelle autre autorité » est-il assuré ? L’autorité de l’Eglise est-ce une » chose évidente par elle-même , et ne faut-il » pas la trouver par quelque examen ? » Bossuet répondit que c’est une erreur de s’imaginer qu’il faut toujours examiner avant de croire ; qu’il ne faut pas raisonner des Chrétiens baptisés comme des Infidèles ; que le Fidèle , par le Baptême , a en lui la foi infuse et le Saint-Esprit ; que le premier acte de foi que le Saint-Esprit lui met dans le cœur est de croire , avec le Père , le Fils et le Saint-Esprit , la sainte Église Catholique , et que par conséquent , lorsqu’on

Page 1