CHAPITRE NEUVIÈME
lui propose l’Église , il la croit sur l’autorité du Saint-Esprit et de la foi déjà écrite dans son cœur , « (i) Spiritu Dei vivi , » comme dit l’Apùtre. Claude répliquait que cette manière d’expliquer la foi et de croire l’Eglise sans examen autorisait chaque Chrétien à rester dans l’Église dans laquelle il avait été baptisé et qu’il croyait la vraie liglise. Bossuet , pour résoudre cette difficulté , a encore recours au Saint-Esprit , qui enseigne la vérité et non l’erreur. Il ne prétend pas expliquer comment le Fidèle en qui la raison se développe peut distinguer ce qui est de Dieu , dans la foi de son Eglise , d’avec ce qui est des hommes. 11 ne le peut sans doute, par les seules forces de sa raison ;« mais , ajoute » le Prélat, quelque peine qu’aient les hommes » à distinguer ces choses , Dieu les connaît et les » distingue , et il y aura une éternelle diffé- » rence entre ce que son Saint-Esprit met dans » le cœur des Baptisés , quand il les dispose » intérieurement à croire la vraie Église , et ce » que les préventions humaines y ont ajouté , » en attachant leur esprit à une fausse Église. » Tout ce que dit ce grand Prélat à ce sujet est admirable et bien digne d’être lu , mais je ne puis tout citer. Il me suffit de faire remarquer que Bossuet était persuadé que , dans la foi divine, tout est divin , et tout doit s’expliquer par la foi infuse et par le Saint-Esprit.
(i) • Par l’Esprit du Dieu TiTaot. •
446 EXAMEW d’dK ouvrage , ETC.
Notre Auteur est d’un avis différent. Dans sa doctrine, il n’est nullement question ni de foi infuse dans le Baptême , ni de Saint-Esprit, il n’a aucun besoin de cela pour tout expliquer avec une merveilleuse facilité ; la raison générale lui suffît. Ecoutons ses explications. Après avoir fait dire à Claude, comme nous l’avons vu, qu’il faut admettre que l’homme doit examiner avant de croire , ou qu’on est forcé d’avouer que toutes les croyances sont également vraies, il ajoute : « Alternative inévitable , » dès qu’on suppose que la certitude de l’acte de » foi dépend d’un jugement de la raison indivi- » duelle. Mais dans la doctrine opposée , cette » difficulté s’évanouit. Si le principe de certi- » tude réside dans l’autorité générale , l’homme B n’a et ne peut jamais avoir aucune raison » d’examiner si ce qu’elle atteste est vrai, de » douter de ce qu’elle enseigne. Cela serait » contradictoire , puisque ce serait examiner si » ce qui est certain est vrai ; ce serait douter » de la certitude même. »
A la lecture de ce passage , une question se présente tout naturellement. L’.\uteur nous parle de ceux qui placent le principe de la certitude de l’acte de foi dans le jugement de la raison individuelle , et de ceux qui le placent dans l’autorité générale ; mais s’il se trouvait quelqu’un qui soutint que le principe de la certude de l’acte de foi ne réside ni dans le juge-