CHAPITRE NEUVIÈME
pour faire connaître rautorité divine de l’Eglise Catholique que Bossuet avait recours à la foi infuse du Baptême et à l’opération du Saint- Esprit ; il prétendait que ces paroles , Je crois la sainte Église Catholique , expriment le premier acte de foi que le Saint-Esprit met dans le cœur du Chrétien baptisé. Mais vous suivez une autre marche ; la foi infuse et le Saint- Esprit n’entrent pour rien dans la connaissance qu’on a de l’autorité générale. L’unique raison que vous apportiez , pour qu’il n’y ait point lieu de douter et d’exan^pwr , est qu’il n’y a point deux autorités qui se balancent. Il faudrait , dites-vous , pour qu'il y eût lieu d'examiner et de douter , que deux autorités se balançassent. Mais, à moins qu’on ne s’en rapporte aveuglément à votre assertion , il restera du moins à examiner si , effectivement , il n’y a pas deux ou plusieurs autorités qui se balancent. Et la preuve que cela demande quelque examen, c’est que vous prouvez assez longuement , et par des raisonnemens , ( car j’ai remarqué que , dans votre doctrine , vous n’avez pas encore trouvé la manière de prouver autrement que par des raisonnemens , ) qu’il n’y a point d’autre autorité que celle de l’Eglise Catholique , et que quiconque n’est point Catholique proteste contre toute autorité. Permettez-moi d’abord de vous faire observer que , si des raisonnemens prouvent quelque chose , si l’on peut prouver par
Dt -
458 EXAMEN d’üW OUVRA.GE , ETC.
des raisonnemens qu’il n’y a point d’autre autorité que celle de l’Eglise Catholique , il n’y a pas plus de raison d’affirmer qu’on ne peut pas prouver par des raisonnemens que l’autorité de l’Eglise Catholique est une autorité divine; ce qui couperait toutes les difficultés par la racine. Raisonnemens pour raisonnemens , j’aime autant ceux de Bossuet que les vôtres , ils n’étaient ni plus compliqués , ni moins forts ou concluans, et ils conduisaient du moins à un résultat. Les vôtres me sont d’autant plus suspects , qu’ils sont contraires à vos propres principes , et qu’ils vous mettent en contradiction manifeste avec votre maître.
» Mon assertion vous étonne peut-être, mais je vais la prouver. Qu’est-ce que l’autorité générale, l’unique principe de foi et de certitude ? C’est le consentement commun ; vous ne le contesterez pas , c’est la base de toute votre doctrine. Le consentement commun est pour nous le sceau de la vérité , il n’jr en a pas d'autre. ( Essai , t. ii. p. 29. ) Quel est le premier principe de la Philosophie fondée sur le consentement commun ? Le voici : Ce que tous les hommes croient être vrai , est vrai. ( Déf. de l’Ess. p. a35. ) Si donc nous pouvions dire : Tous les hommes croient que la Religion Catholique est la vraie Religion , il ne faudrait pas en demander davantage ; toute la question serait finie , et si bien finie qu’il n’y aurait même plus de dispute