‹ Examen d'un ouvrage intituléChapitre 165 sur 180 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

que là où elle est. Mais si vous abandonnez Bossuet pour chercher ailleurs le principe d’autorité , et si vous le placez , comme vous y êtes obligé par vos principes, dans le consentement commun, il est manifestement faux que tout ce qui est hors de la foi Catholique proteste contre le principe d’autorité, puisque chacun s’appuie naturellement sur ceux qui pensent comme lui, c’est-à-dire, sur le consentement commun favorable à sa croyance. Ainsi , par exemple , il est incontestable que le Mahométisme a en sa faveur le consentement commun de tous ceux qui professent cette croyance, et ce consentement est une autorité.

» La question fondamentale reste donc toujours à résoudre : A quel consentement faut-il s’en tenir ? Quel consentement commun forme la plus grande autorité ? H y aurait bien une autre question préliminaire assez importante, et ce serait de savoir si la plus grande autorité connue ou existante est nécessairement une autorité infaillible ; car si la plus grande autorité connue ou existante sur la terre n’était que le consentement de la huitième partie des hommes exislans , il pourrait y avoir quelque doute. Que l’on dise : Ce que tous les hommes croient être vrai, est vrai, je le conçois et je ne ferai aucune difficulté d’admettre ce principe , puisque je crois moi-même ce que tous les hommes croient ; mais pourrait-on admettre avec une

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égale confiance cet autre principe : Ce que la huitième partie des hommes croit être vrai, est vrai ? Il faudrait du moins y mettre la restric tion , à moins qu'une autre huitième partie des hommes ne croie le contraire; car deux sentimens opposés ne peuvent pas être vrais. Mais je n’insiste pas là-dessus ; car , votre maître ayant dit que l’homme est toujours obligé d’obéir à la plus grande autorité qu’il lui soit possible de connaître , vous me répondriez que nous devons croire sans preuves , ou supposer que la plus grande autorité connue est infaillible. Sup~ posons donc , c’est une méthode fort commode. Mais enfin , à quel signe reconnaîtrons-nous la plus grande autorité , sans avoir besoin d’examiner , comme vous le prétendez ? Ou comment examinerons-nous sérieusement , comme le veut votre maître , sans raisonner? Car c’est un dogme de votre doctrine , que par le raisonnement on ne peut pas connaître la vraie Religion.

» Il semble que le moyen le plus simple et le plus conforme à vos principes serait de compter les voix ; car si c’est le consentement commun qui fait autorité , c’est une conséquence nécessaire que la plus grande autorité réside dans le consentement le plus commun, c’est-àdire, dans celui qui réunit le plus grand nombre de suffrages. Mais il se présente une difficulté qui paraît sérieuse , et c’est qu’il s’ensuivrait que la vérité elle-même serait soumise aux va-

CHAPITRB HEDVIÈSIB.

Hâtions que peuvent subir les nombres. Par exemple , je suppose qu’il soit bien démontré que le nombre actuel des Catholiques soit plus grand que celui des Sectateurs de toute autre Religion , il s’ensuivra que la Religion Catholique a en sa faveur le consentement le plus commun, la plus grande autorité , et que paP conséquent elle est la vraie Religion. Mais si par le fait elle n’avait pas toujours été , ou si elle cessait d’étre, comparativement, la Religion du grand nombre , il faudrait bien aussi admettre qu’elle n’a pas toujours été ou qu’elle peut cesser d’étre la vraie Religion. Or la supposition n’est pas absurde ; car il serait difficile de prouver que dans les premiers siècles de son existences ses Sectateurs fussent constamment plus nombreux que ceux de toute autre Religion ; et aujourd’hui encore , s’il arrivait que , des six ou sept cent millions d’individus qui ne sont ni Catholiques ni Mahométans, cinquante ou soixante millions embrassassent le Mahométisme, ce qui ne présente rien d’impossible, il se trouverait que ce serait le Mahométisme qui , à son tour , serait la Religion du grand nombre , qui pourrait faire valoir en sa faveur le consentement le plus commun , la plus grande autorité , et par conséquent une autorité infaillible. Voilà où nous conduit le grand principe de l’autorité générale , du consentement commun , unique fondement de nos certitudes. Ce pnncipe adopté ,

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nous sommes forcés d’en subir les conséquences , et d’admettre , avec l’illustre Auteur , qu’u/z principe, un fait quelconque est plus ou moins douteux , plus ou moins certain , selon qu’il est adopté y attesté plus ou moins universellement. ( p. 3o. ) C’est-à-dire , que le principe ou le fait que Maliomet est le grand Prophète de Dieu , que le Coran est un Livre Divin , est plus ou moins douteux , plus ou moins certain , selon que le nombre de ceux qui l’adoptent ou l’attestent est plus ou moins grand.

» Je sais bien que l’illustre Auteur de V£ssai, qui n’est pas toujours parfaitement d’accord avec lui-même, a dit ailleurs que la certitude ne dépend pas du nombre des témoignages, mais de mille circonstances, et, en particulier, du poids de chaque témoignage pris à part. ( p. 56. ) S’il en est ainsi , le nombre des témoignages n'est plus la seule chose qu’il faille considérer, le consentement n’est plus l’unique principe de certitude ; il faut avoir égard aux mille circonstances, et mettre les témoignages dans la balance, pour en déterminer le poids. Je ne m’étonne plus de la nécessité d’un sérieux examen ; mais n’ai-je pas quelque sujet de m’étonner que vous persistiez à nier la nécessité de cet examen , si expressément reconnue par votre maître?

» Vous raisonnez pourtant. Il est vrai que c’est uniquement pour prouver que l’on n’a aucun besoin de raisonner, et, par conséquent,

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