CHAPITRE PREMIER. g
une soumission et en même temps un devoir ; car il doit soumettre sa raison , quoiqu’il puisse ne pas la soumettre , et c’est précisément là ce qui rend sa soumission méritoire. Je ne puis comprendre ce que l’Auteur veut dire lorsqu’il ajoute : Si c’est à sa raison particulière qu’il appartient de décider s’ il y a un Dieu , etc. Il n’appartient , je pense , ni à une raison particulière ^ ni à une raison universelle , ni à une raison faillible ni à une raison infaillible de décider que ce qui est n’est pas. Jamais , que je sache , aucun Théologien ni aucun Philosophe Chrétien n’a enseigné que la raison a le droit de nier l’existence de Dieu, Ce n’est que par l’abus le plus étrange de la raison qu’on en vient à ce déplorable excès ; il n’y a que la corruption du cœur qui puisse y conduire un être dépravé, (i) Dixit insipiens in corde suo : Non est Deus. Mais suit-il de là qu’on ne puisse pas prouver l’existence de Dieu par la raison , ou se servir de la raison pour conbrmer les dogmes de la foi et résoudre les objections des adversaires ? La droite raison n’est jamais en opposition avec les vérités révélées , comme le prouve saint Thomas dans son admirable ouvrage contre les Gentils. Tous les saints Pères , tous les Théologiens ont employé les armes de la raison contre les incrédules.
Cinquième question. « Le principe de foi a-t-il
(i) • L'intenié a dit dan> son cœnr : U n'y a point de Dieu. •
f)4 EXA.MEH d’dH ODVRAGE , ETC.
» toujours été le même pour tous les hommes » avant et après Jésus-Christ ? »
Réponse. La solution de la première question s’applique à celle-ci. On confond le principe de foi avec les moyens de connaître les objets de la foi , et c’est cette équivoque qui fait toute la difficulté. La grâce de Dieu a toujours été le principe de la foi , et sa véracité en a toujours été le motif ; il ne peut y avoir de variation là-dessus. Mais les moyens de connaître la Révélation ont pu varier et ont été en effet différens , suivant les temps et chez les divers peuples. Les Juifs ont été , sous ce rapport , singulièrement
privilégiés. ( i ) Quid arnpliùs Judæo est? Mul-
tum per omnem modiim. Primüm quidem quia crédita sunt illis eloquia Dei. ( Rom. iii. i. a. )
Je crois avoir répondu aux questions de M. G. d’une manière assez plausible sans avoir eu besoin d’entrer dans de grands développemens sur la théorie de la foi. Il attache à ces questions une très-grande importance , et il prétend qu’elles renferment tout ce qu’il y & de plus fondamental en Théologie. Je ne saurais être de cet avis. Il dit que saint Thomas et Suarez en avaient bien senti l’importance. S’il en est ainsi d’où vient donc qu’ils ne se sont pas proposé ces questions , et qu’ils ne les ont pas résolues? Ou,
(i) I Quel est l'aTanUge de« Juifs au-dcssui desantreahommes? > Il est grand en tontes manières. D'abord c'est à eux que les • oracles de Dieu ont été confiés, •