VIII PRÉFACE
approbations flatteuses de la part des personnes dont nous ambitionnions le suflfragc nous ont abondamment dédommagé de ces mépris superbes.
Nous nous étions cependant soumis aux conditions que M. Gerbet lui-même avait imposées ü quiconque entreprendrait de combattre ses doctrines. ( Mém. Catholique, tom. 7, pag. 93. ) Nous ne nous sommes pas bornés à présenter contre ses tliéories quelques objections partielles et isolées , nous l’avons suivi pas à pas , chapitre par chapitre; nous avons discuté ses raisonnemens, et si nous n’y avons pas toujours répoudii directement et en détail, ce qui nous aurait conduit trop loin, nous ne craignons pas d'avancer qu’il n’y a pas dans l’ouvrage deM. Gerbet un seul raisonnement favorable ü son système, dont on ne trouve la réfutation dans notre Examen'. Nous avons de plus présenté un ensemble tCidées sur la foi dont on peut , à ce qu’il nous parait , concevoir l'enchainement. C’étaient là , si nous ne nous trompons , les deux conditions qu’exigeait M. Gerbet.
Nous n’avons pas , il est vrai , essayé de justifier la Théologie Cartésienne, Nous ne connaissons , nous ne défendons que la Théologie Catholique , et nous pensons qu’elle n’a nul besoin pour sa défense de ces doctrines nouvelles qu’on nous présente comme identiques avec la doctrine Catholique, et que nous repoussons sans la moindre crainte de nous écarter en rien de cette doctrine sainte , règle infaillible de nos croyances.
M. Gerbet pensait que ses doctrines touchaient d’assez près aux premiers intérêts de la Religion , pour que ceux qui ne les partageraient pas se fissent une conscience de
PRÉFACE. IX
Us réfuter. Maintenant, n’a-t-on pas droit de s'étonner qu’il ne se fasse pas lui-même une conscience de les défendre ? Son silence , en une matière qu’il juge luimême si importante , ne pourrait-il pas être regardé comme une impuissance de répondre ?
Peut-être a-t-il cru que sa doctrine était suffisamment justifiée par un article qu’il a fait insérer dans une gazette, sans toutefois y mettre son nom (Courrier de la Meuse , n.* Si , 9 février 1832. ) Je dis , qu’il a (ait insérer, car le début de l’article, indépendamment de toute signature, prouve assez que l’article est de lui. « La » justice , dit-il au Rédacteur , ainsi que votre impartia-
> lité accoutumée , me porte indubitablement il croire » que vous vous empresserez d’ouvrir à M. Gerbet les » colonnes de votre estimable Journal, pour qu’il puisse
> lui-métne se justifier sur le même champ ob son adver-
> saire l’a attaqué. »
Or, toute la justification consiste é dire que l’Auteur de l’ExAME^i fait dire A M. Gerbet ce qui ne se trouoe pas dans C ouvrage critiqué ^ même parfois le contraire éU ce qui s'y trouve distinctement. ^
Pour prouver cette assertion , H. Gerbet fait une citation, « M. Rozaven , dit-il , fait dire A M. Gerbet que le » principe de foi, n’étant pas dans la raison individuelle,
> est donc dans la raison générale. » Mais il ne cite pas la page de I’Exames oii il a trouvé les paroles qu’il attribue à son adversaire. Jusqu’à ce qu’U l’ait fait , et on ose assurer qu’il ne le fera jamais , on est en droit de répondre que c’est lui qui fait dire ce qu’on n’a pas dit, et qu’il n’est pas heureux dans la preuve qu’il
DiQ:;:zid ■'joook
PREFACE
apporte. On a bien prouvé que M. Gerbet raisonne comme si le principe de foi devait être nécessairement dans la raison individuelle ou dans la raison générale, mais on ne lui a pas mis à la bouche le raisonnement qu’il cite.
M. Gerbet fait ensuite une espèce de résumé de ce qu’il a dit sur la foi, et de ce résumé il suit qu’il admet une révélation, source primitive de la foi , et la nécessité de la grâce pour parvenir à la foi. Puis, il conclut: « D’après tout ce qui précède , il est surprenant que » M. Rozaven ail pu dire à M. Gerbet : Votre maxime » à vous est que le principe de foi est dans la raison » générale. •
Cela n’est, assurément, pas plus surprenant qu’il ne l’est que M. Gerbet soutienne que les Cartésiens placent le principe de foi dans la raison individuelle. En effet, quelque mauvaise opinion qu’il puisse avoir de ceux qu’il appelle Théologiens Cartésiens , je no pense pas que sa prévention puisse aller jusqu’à les accuser de nier la nécessité d’une révélation divine , pour qu’une foi divine soit possible. La distinction lumineuse de principium origiiiis et principium acquisitionis , qu’il fait valoir en sa faveur, n’est donc pas moins applicable aux Cartésiens qu’à lui-même. Sans révélation divine , il n’y a point de foi divine possible. Cela est évident , et ne sera contesté de personne, pas même des Hérétiques, ni des Philosophes , ni d’aucun homme ayant l’usage de la raison.
Il est vrai que les Théologiens, qui aiment l’exactitude dans les expressions , diront que la révélation est l’objet
de noire foi et n'en est pas le principe. En effet, nous croyons les vérités révélées comme nous obéissons aux dispositions d’une loi ; et la révélation n’est pas plus le principe de notre foi que la loi n’est le principe de notre obéissance. Mais M. Gerbct s’exprime rarement comme les Théologiens , et quand on réfute un auteur , il faut bien , autant qu’on peut, s’adapter à sa façon de parler. Nos nouveaux docteurs ont leurs raisons pour aimer le vague et l’équivoque dans les expressions. Cela leur ménage la ressource, quand ils sont pressés, de dire qu’on ne les a pas compris.
Les Théologiens Cartésiens admettent donc une révélation , objet, ou pour parler le langage de notre Auteur , principe de la foi, considérée dans son origine, tout comme M. Gerbet Ini-méme. Cela n’empéche pas qu’il ne les accuse de placer le principe de la foi dans la raison individnelle. Sur quoi donc est fondée cette accusation ? Sans doute sur ce que les Cartésiens prétendent que c’est par sa raison individnelle que l’individu acquiert « la certitude de l’existence de la révélation, et d’une autorité qui en est l’interprète infaillible'. M. Gerbet , au contraire, prétend que c’est par la raison générale
qu’on parvient à cette certitude. C’est donc raisonner
dans scs principes que de dire que sa maxime à lui est que le principe de foi est dans la raison générale. Cette assertion doit être entendue dans le même sens que la sienne contre les Cartésiens. Dans I'Exauex , il n’y a pas une expression qui insinue qu’on le soupçonne de no point admettre une révélation source primitive de la foi,
M. Gerbet oppose aux Cartésiens la maxime univer-
PREFACE
spllemont reconnue par les Théologiens Catholiques , Quo le principe de foi n’est pas dans la raison. En quoi celle maxime condamne-l-elle les Cartésiens ? Voici comment il l'explique ; « Comme le principe de foi » aux vérités logiquemcnl antérieures à Fautorité de
• l’Église se trouve nécessairement, suivant la Théologie » Cartésienne , dans la raison de chaque individu , iis X ne peuvent maintenir leur système qu’en renonçant X à celte maxime fondamentale de la Théologie Cath»<
X lique. » ( Mém. Catholique, art. déjà cité, page 95.) Mais dans le système de M. Gerbet cl de nos nouveaux docteurs , quel est le principe de foi aux vérités logiquement antérieures à l’autorité de i’Église? N’est-ce pas la raison générale? Écoutons IVL do La Mennais :
• Le Christianisme avant Jésus-Christ était la raison X générale manifestée par le témoignage du genre hu- X main. Le Christianisme depuis Jésus-Christ , déve- » ioppement naturel de l’intelligence, est la raison* X générale manifestée par le témoignage de l’Église, x
I Essai sur l’indifférence , t. 2 , Préface , pag. xciv. ) Cela est clair dans les principes Cartésiens , la raison individuelle ne serait principe de foi que pour les vérités logiquement antérieures à l’autorité de l’Église ; dans le système Mennaisien , la raison générale est le Christianisme même , l’Église n’en est que l’interprète ou l'organe. Le témoignage du genre humain était avant Jésus-Christ ce qu’est l’Église depuis Jésus-Christ. M. Gerhcl n’a garde de contredire son maître; il enseigne que • il doit exister un moyen perpétuel et universel » d’en acquérir la foi ( des vérités logiquement anté-