‹ Examen d'un ouvrage intituléChapitre 3 sur 180 · PRÉFACE. XIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XIII

• rieures à l’autorité de l’Église) .moyen nécessairement » distinct de l’autorité de l’Église établie par le Sauveur. •

( pag. 36. ] Ce moyen ne peut être que la raison générale. D’après cela , qu’on juge si c’est calomnier les partisans de ce système que de dire qu’ils placent le principe de foi dans la raison générale ; qu’on juge !

s’ils ne contredisent pas, beaucoup plus que les Cartésiens , la maxime universellement reçue des Théologiens, Que le principe de foi n’est point dans la raison,

ni dans la raison générale ni dans la raison individuelle.

Si cela ne suflit pas encore pour faire cesser l’étonnement de M. Gerbet de ce qu’on a osé dire que sa maxime à lui, est Que le principe de foi est dans la raison générale ; je vais lui présenter une autre preuve à laquelle il faudra bien qu’il se rende , puisqu’elle sera tirée de ses propres paroles. U a dit lui-même, sinon expressément , du moins en termes équivalons , ce qu’il s’étonne qu’on lui attribue. En terminant son > quatrième Chapitre , il réduit toute la doctrine qu’il y a exposée à ces deux propositions i « 1.* Le principe de » foi réside dans l’autorité. 2.* Le principe de foi est » identique au principe de certitude. » Or , je demande si l’atitorite dans laquelle , selon la doctrine de M. Gerbet, réside le principe de certitude , n’est pas la raison géné. raie ? C’est là le dogme fondamental de toute sa Philosophie et de toute sa Théologie. « Il y a , dit-il , deux » doctrines philosophiques sur le principe de certitude :

» l’une qui , plaçant ce principe dans la raison indivi- I

» duelle , est représentée parmi nous par le Cartésia- ,

» nisme ; l’autre , qui place ce principe dans le sens

PRKFACE.

» commun et a reçu le nom de doctrine d’autorité. • ( pag. 33. )

Maintenant, peut-il rester quelque doute? Le priucipe de foi est identique au principe de certitude ; or , dans la doctrine de M. Gerbet , le principe de certitude est dans la raison générale ; donc aussi , le principe de foi est dans la raison générale.

Je ne crois pas que M. Gerbet puisse trouver un raisonnement aussi clair, puisé dans les principes des Cartésiens , pour prouver qu’ils placent le principe de foi dans la raison individuelle. Je dis un raisonnement aussi clair , car il essaierait en vain de leur appliquer celui-ci. Aucun Cartésien , ni même aucun Théologien Catliolique ne lui accordera que le principe de foi divine est identique au principe de certitude. Sa distinction de principe d’origine et de principe d'acquisition ne lui servira de rien ; car on lui répondra que , selon la doctrine Catholique, la foi divine est une vertu infuse et non une vertu acquise , et que , par conséquent , elle n’a point do principe d’acquisition. Tout ce qu’on peut acquérir par des moyens naturels , c’est la connaissance de la i-évélation, et cette connaissance n’est point la foi. Elle existe souvent sans la foi.

Mais il y a plus. Ce n’est pas seulement le principe d’acquisition de la foi que M. Gerbet place dans la raison générale ; sa doctrine nous conduit à y trouver le principe de la certitude même de la foi, de sorte que , dans le système qu’on nous préconise , il nous faut admettre qu’une certitude divine a un fondement humain. A la page 199 , M, Gerbet réduit l’objection

principale de l’adversaire de l’évôque du Puy à ce dilemme : Si riiomme doit examiner avant de croire, il y a nécesssairement pour le Catholique lui-même un moment oii il doit être dans le doute ; si l’homme ne doit pas examiner avant de croire , toutes les croyances sont également raisonnables , également vraies. Pnis il ajoute : « Alternative inévitable , dès qu’on suppose X que la certitude de l’acte de fui dépend d’un jnge- X ment de la raison individuelle. Mais dans la doctrine X opposée , cette dilliculté s’évanouit. Si le principe X de certitude réside dans l’autorité générale , l’homme X n’a et ne peut avoir aucune raison d’examiner si ce X qu’elle atteste est vrai, de douter de ce qu’elle en- X seigne. • Ce passage est décisif. La doctrine opposée 5 celle qui fait dépendre la certitude de l’acte de foi d’un jugement de la raison individuelle est celle qui fait résider la certitude de cet acte dans l’autorité générale, ou dans la raison-générale, et cette doctrine est celle de M. Gerbet. Ce n’est donc plus le principe d’acquisition de la foi seulement, mais le principe de sa cei-titude qu’on doit trouver dans la raison générale.

Nous ne savons ce qu’en pensera M, Gerbet , mais nous croyons que le lecteur impartial restera convaincu que nous avons lu l’ouvrage que nous réfutons , avec une attention suflisantc ; que la préoccupation qu’on nous suppose ne nous a pas fait y voir ce qu’on n’y trouve pas , et que nous sommes bien fondés à soutenir dans cette seconde édition, comme dans la pretnière , que la maxime de M. Gerbet est que le principe de foi est dans la raison générale. Non pas sans doute

PREFACE

par exclusion de la révélation et de la grâce , mais précisément dans le sens de l’accusation qu’il porte contre les Cartésiens de le placer dans la raison individuelle. Car il aura, je pense, la bonne foi d’avouer que les Théologiens Cartésiens admettent aussi bien que lui la nécessité de la révélation et de la grâce pour avoir la foi divine. D’où il suit que son système contredit la maxime universellement reçue tout autant que , dans son opinion, le système Cartésien y est opposé.

Pour nous , qui admettons, sans aucune restriction , la maxime que le principe de foi n’est pas dans la raison, (ni générale, ni individuelle, ) nous espérons qu’il ne nous fera pas l’injustice de nous confondre avec les Cartésiens qu’il prétend combattre.

On voit qu'il ne nous a pas été difficile de nous justifier du premier reproche que nous adresse M. Gerbct. Nous avons démontré que nous ne lui avons pas fait dire ce qu’il n’a pas dit. Ou voit même qu’il a dit plus que nous n’avions cru devoir relever. Nous avons apporté la plus scrupuleuse exactitude ù nos citations, et en cela nous croyons n’avoir que rempli un devoir.

Notre justification ne sera peut-être pas aussi facile sur le second reproche. M. Gerbet prétend que, parfois, nous lui avons fait dire le contraire de ce qui se trouve dans son ouvrage. Il n’apporte aucune preuve de cette accusation , mais nous conviendrons franchement qu’il est possible que cela nous soit arrivé, non par malice , mais par nécessité. C’est un malheur auquel on se trouve exposé , quand on réfute certains auteurs , et on ne sait comment l’éviter. Lorsque le Cardinal Gerdll entreprit

PRÉFACE. XVH

la réfutation d’un ouvrage de Jean-Jacques Rousseau , %

il prévit qu’on pourrait lui faire le même reproche , et voici comment il s’excusa. • Ce ne sera pas assez ,

> dit-il , de montrer que Rousseau dit des choses con- » traires à ce qu’on lui impute , ce ne serait la que n démontrer des contradictions ; or , sans compter l'in- » conséquence naturelle à certains esprits , ou a quel-

> quefois des raisons de se contredire. 11 faut donc

» prouver qu’il n’a pas dit ce qu’on lui impute , ou que '

• ce qu’on lui impute est bien dit. » C’est aussi l’unique réponse que nous puissions faire. Nous dirons que , lorsque nous avons fait une citation de l’ouvrage de M. Gerbet , nous n’avons nullement prétendu qu’on ne trouve pas ailleurs le contraire de ce qui est dans l’endroit cité. Pour nous trouver en faute , il faudrait faire voir que la citation est fausse , et on ne le fera pas.

On n’a pu recueillir aucune autre objection un peu < sérieuse contre I’Exame.v. Tout se réduit à l’objectiou banale, qu’on n’a pas compris la doctrine des nouveaux docteurs , qu’on ne la combat pas , qu’on est toujours à côté de la question. Qnaud on a dit cela on croit que tout est dit et qu’il n’y a pas besoin d’autre réponse. Effectivement tout est dit pour la foule de ceux qui croient sur parole, et qui ne s’imaginent pas .qu’on puisse avoir raison contre les maîtres à qui ils se sont donnés et qui sont l’objet de leur admiration. Les ’

admirateurs sont les seuls qui comprennent, les adversaires n’y entendent rien. Cela est également flatteur pour le maître et pour les disciples , et on doit trouver tout naturel qu’ils ne veuillent pas admettre ce qui détruirait une si douce illusion.

XVIII PHÉFACK.

Cependant , la chose est assez importante , les doctrines de M. Gerbet, comme il le dit lui-môme, touchent d'assez prés aux premiers intérêts de la Heligion , pour que l’on doive faire tous ses efforts pour les bien comprendre , afin de les admettre si elles sont vraies, ou de les rejeter si elles sont fausses. On ne s’est pas proposé d’autre but dans I’Examev. On a voulu mettre le lecteur à môme de juger de la solidité de ces doctrines , et on n’a épargné pour cela aucune peine , aucune recherche. M. Gerbet et scs partisans persistent à soutenir qu’on a travaillé en vain , qu’ou n’a pas compris leurs doctrines et qu’on s’est constamment tenu à côté de la question. Il ne parait pas juste que ces Messieurs soient crus sur leur parole , et qu’ils soient juges dans leur propre cause. Voici un moyen de connaitre la vérité, qui nous semble plus légitime et plus efficace. Nous allons donner un résumé succinct dés deux Ouvrages , afin qu’on puisse juger avec connaissance do cause si la question n été bien saisie. On suivra dans cette analyse l’ordre de la controverse tel que M. Gerbet l’a établi.

I. • Dans le premier Chapitre , M. Gerbet expose l’objet de son ouvrage. Il affirme que la théorie de la foi est la base de la Théologie, que la première question qu’un Théologien doive éclaircir est celle-ci : Qu'est-ec que croire? Que, faute de l’avoir traitée avec des dévcloppemens sufflsans , les Théologiens modernes ont laissé une grande lacune dans l’enseignement de cette science sacrée. Il prouve cette lacune , en présentant à la considération du lecteur quelques-unes des questions qu’em-

PB )é FA CE. XIX

brasse ccltc question primitive. Ces questions qui , selon lui , renfermeut tout ce qu’il y a de plus fondamental en Théologie , sont aujourd’hui , à ce qu’il assure , écartées de l’enseignement II attribue cette omission à l’introduction de la méthode Cartésienne dans renseignement de la Théologie , comme dans celui de la Philosophie. Il prétend que la question fondamentale de la Théologie, Qu’cst-ce que croire? dépend de la question fondamentale de la Philosophie , Qu'est-ce que la certitude? puisque la foi implique l'idée de certitude, et mémo de certitude par excellence, n

On répond qu’il n’existe aucune lacune dans l’enseignement de la Théologie , qui est le même aujourd’hui qu’il était avant Descartes ; que saint Thomas lui-mêmo n’a pas cru que la théorie de la foi fût la base de la Théologie. On résout les questions proposées par l’Auteur, sans avoir besoin d’autre érudition que celle qu’on peut acquérir par la lecture d’un catéchisme. On lui fait voir que la question , Qu'est-ce que croire? est tout aussi philosophique que la question. Qu’est-ce que la certitude? et que la première ne dépend pas plus de la seconde, que la seconde de la première. Enfin, on nie que la foi, généralement prise, implique l’idée de certitude, et on fait voir que cela n’est vrai que de la foi divine.

On répond , dis-je , tout cela ; bien ou mal , ce n’est pas la question. Il ne s’agit dans ce résumé que do constater l’état de la question, et de faire voir que l’Auteur de l’EXAHEiv ne s’en est pas écarté , comme on voudrait le faire croire , pour sc dispenser de ré-

pondre ; qu’il ne dissimule rien , qu’il n’élude pas les diflicultés , mais les aborde franchement et s’efforce de les résoudre.

II. • Dans le second Chapitre , M. Gerbet annonce qu’il va exposer les principes de la Théologie Catholique touchant la foi. Qaclte est , dit-il , l'essence de la foi divine ? Telle est la question que nous avons à exa~ miner; c’est-à-dire, comme il l’explique, qu’il se propose de reconnaitœ ce qui , dans tous les temps , a constitué cette foi divine, par quel principe et de quelle , manière il faut croire pour avoir la foi divine. Puis, il dit que la foi étant surnaturelle , en tant que l’homme ne peut y parvenir que par le secours de la grâce divine , et naturelle , en tant qu’il y parvient par le moyen de ses facultés , son intelligence et sa volonté,, il ne l’envisage que sous le second rapport , se contentant de supposer constamment le dogme de la nécessité de la grâce.

» 11 établit que la foi suppose 1.* un témoignage infaillible qui en est le principe; 2.* Un esprit faillible, qui en est le sujet ; 3.* Une adhésion de cet esprit faillible à ce témoignage infaillible , laquelle constitue l’acte de foi.

» 1.* La foi suppose un témoignage infaillible. Une dizaine de pages sont consacrées à établir la distinction qu’il y a entre la science et la foi , et à montrer que la foi est, non une conception de la raison, mais une adliésion à un témoignage ; ce que personne ne pensera à lui contester, pas plus qu’on ne lui contestera que ce témoignage est le témoignage de Dieu.

PRÉFACE. XXÎ

Mais , ajoutc-t-il , un témoignage infaillible ne suffit pas , il faut que ce témoignage soit transmis infailliblement ; et il en conclut que cette transmission infaillible ne peut avoir lieu que par la tradition universelle du genre humain. Ainsi, le témoignage divin est le principe de la foi considéréè dans son origine , et la tradition infaillible qui transmet ce témoignage à chaque homme est le principe de la foi considérée dans son moyen d’acquisition.

» 2.* La foi Suppose un esprit faillible qui en soit le sujet. Après avoir dit ce qu’il entend par un esprit faillible , il affirme qu’il est de l’essence de la foi que l’esprit de l’homme , qui en est le sujet , soit par luiméme faillible sur chacune des vérités qu’il doit croire. 11 essaie de prouver son assertion en disant : 1.* Que si l’homme était infaillible relativement à quelques vérités , il n’en aurait pas la foi , mais la science ; et que cette impossibilité d’errer, n’étant pas une vertu, ne pourrait constituer la foi, qui estime vertu; 2.* Que si l’homme était infaillible sur quelques-uns des objets de la foi, le principe delà foi se trouverait, non dans la révélation extérieure , mais dans une révélation intérieure ; 3.* Qu’il a déjà prouvé que le témoignage divin devait être connu par voie de tradition.

• 3.’ M. Gerbct donne une définition de l’acte de foi d’après les principes qu’il a précédemment exposés; puis il établit que la foi dépend, moyennant le secours de la grâce , de la volonté libre de l’homme, puisque l’acte de foi est un acte d’ohéissance et un acte de vertu. De là il conclut que l’homme , en croyant ,

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soumet sa raison à une raison supérieure à la sienne (à la raison qui lui transmet infailliblement le témoignage infaillible de Dieu. ) Il termine ce Chapitre en exprimant la persuasion qu’aucun Théologien ne contestera la doctrine qu’il y a exposée. Il annonce qu’il comparera avec cette doctrine les deux doctrines philosophiques sur le principe de certitude. »

En commençant l’Examen de ce Chapitre , on fait observer l.° qu’il y a contradiction manifeste à dire que l’Esserice de la foi est la question qu’on se propose d’examiner , et à ajouter qu’on ne considérera la foi qu’en tant qu’elle est naturelle, et sous le rapport des moyens naturels par lesquels on y parvient II est évident que la foi , en tant qu’elle est naturelle , n’est pas la foi divine. 2.* Que la foi est surnaturelle , non-seulement, en tant qu’on n’y parvient qu’avec le secours de la grSice , ce qui lui est commun avec toutes les vertus chrétiennes , mais encore , et principalement , en tant qu’elle est une vertu infuse ou une vertu , non acquise, mais donnée. Donum Dei est. Cela présupposé, on suit l’Auteur dans ses développemens sur le principe, le sujet et l’acte de foi.

1.* On adopte sans dilllculté la distinction de la science et de la foi , et on se contente de relever quelques inexactitudes échappées à l’Auteur. On souscrit également à ce qu’il dit pour prouver que la foi divine a poiu" fondement le témoignage de Dieu , ou la révélation. Mais on rejette ses inductions, et on prouve qu’au lieu d’exposer la doctrine Catholique , comme il avait promis de le faire , il y substitue ses propres

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idées, qii'op n’est nullement tenu d’admettre. En efTet, ce n’est pas la doctrine Catholique qui enseigne qu’il existe dans le genre humain des traditions universelles, infaillibles, sulTisantes pour donner à chaque individu une connaissance certaine de la révélation.

C’est là une doctrine nouvelle de quelques individus, K

laquelle est, tout au moins, sujette à contestation.

2.* Relativement au sujet de la foi; on répond que M. Gerbet donne aux mots faillible et infaillible une sigqiification Inconnue à tous les Philosophes et à tous les Théologiens Catholiques , et que, par conséquent, tout ce qu’il a fondé sur des notions fausses, ou du moins très-contestables , ne saurait appartenir à la doctrine Catholique. On lui montre que , dans le sens qu’il donne au mot faillible, la foi eût été impossible au premier homme créé dans l’état d’innocence et ne pouvant , saivant la doctrine de saint Thomas , admettre aucune erreur avant d’avoir consenti au péché. On fait voir que la certitude rationnelle qu’on homme aurait de quelques vérités contenues dans le Symbole no l'empéchcruit nullement d’avoir la vertu de foi , cette vertu divine consistant , non à croire telle on telle vérité , mais à croire , par un acte indivisible , et à admettre comme indubitable tout ce qui est attesté par le témoignage de Dieu.

Enfin , on fait obsen cr que M. Gerbet s’écarte évidemment de la question , lorsqu’il parle d’infaillibilité tor quelques-uns des objets de la foL La question qu’il a hii-méme établie n’est pas de savoir comment on peut connalure les vérités révélées en ellea-mèmes , ou

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