II
Da sujet de la Foi.
L’Auteur continue , ou doit continuer d’exposer les principes de la Théologie Catholique, a Un esprit faillible , dit-il , n’est pas un esprit » qui se trompe nécessairement , mais qui peut » se tromper. » Je laisserais passer sans difficulté cette notion de l’esprit faillible , si je n’avais lieu de croire que M. G. entend son assertion dans le sens de son maître. Or voici comment
CHA.P1TRE SECOND. lOQ
l’entend l’illustre'Auteur de l'Essai. « Rien de ce » qu’afiirrae une raison qui peut se tromper , » ou une raison faillible , n’est certain ; donc » chercher la certitude c’est chercher une raison » infaillible. ( t. a. Avert. p. vu. ) » Et encore : « Que fait-on quand on cherche la certitude ? » on cherche une raison qui ne puisse pas se » tromper dans ses jugemens , une raison in- » faillible , et infaillible en tout et toujours ; » autrement elle ne serait jamais assurée de » l’être, (p. a5.) » M. G. , bien loin d’avoir une doctrine différente , affirme lui-méme de la manière la plus expresse ( p. 67. ) que « Tout ce » qu’affirme une raison faillible peutétre faux, et » que tout ce qu’elle nie peut être vrai. » Si ces assertions sont vraies , il en faut conclure qu’un esprit faillible n’est pas seulement un esprit qui peut absolument se tromper , mais un esprit qui peut se tromper en tout et toujours , un esprit qui n’est jamais certain qu’il ne se trompe pas actuellement. Mais , s’il en est ainsi , je ne conçois pas qu’un esprit faillible puisse même avoir la foi ; car il doit toujours être incertain s’il existe une autorité à laquelle il doive croire ; incertain s’il croit en effet ; puisque , être certain que l’on croit, être certain qu’il existe une autorité, être certain que cette autorité enseigne telle et telle chose , être certain qu’on a compris son enseignement , etc. etc. , voilà bien des certitudes pour un esprit qu’on déclare ne pouvoir en
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EXAUEir d’üW ODVRAGE , ETC.
avoir aucune et être sujet à l’erreur en tout et toujours. Être certain de l’existence du genre humain , de la raison universelle , quand on n’est point certain de sa propre existence , connaître certainement le sentiment commun quand on est incapable d’avoir la certitude de ses propres sentimens , c’est quelque chose de merveilleux , et qui , à des esprits ordinaires , peut paraitre contradictoire. Mais peut-être que M. G. n’admet pas tous les principes de son maître ; je reviens donc à la notion qu’il a lui-même donnée.
Un esprit faillible est un esprit qui peut se tromper , du moins en quelque chose et dans quelque circonstance ou hypothèse ; cela est incontestable , et si l’Auteur ne veut pas dire autre chose , nous sommes d’accord. Mais , s’il entend , avec l’Auteur de \' Essai , qu’un esprit faillible est un esprit qui peut toujours se tromper , et en toute chose , je ne puis laisser passer cette définition. Il est de la nature d’un esprit faillible de pouvoir absolument se tromper , car c’est là ce que signifie le mot même faillible ; mais il n’est pas de sa nature de n’avoir aucun moyen de se garantir de l’erreur , de ne pouvoir jamais avoir la certitude qu’il ne se trompe pas actuellement. Pour ne pas m’6tendi*e à prouver par le raisonnement une vérité que je crois incontestable , je me bâte d’apporter des autorités , non celle de Descartes et de ses