CHAPITRE SECOND
partisans , que l’Auteur récuserait , mais , à mon ordinaire , celle de saint Augustin et de saint Thomas.
« (i) Approbare rera pro falsis , ut erret in- » vitus , non est de natura instituti hominis , sed » pœna damnati. » ( S. August. de lib. arb. 1. 3. c. i8.
<i{p)Adam quodam modo potuit mori , scih'cet » si priiis peccaret ; erat tarneri quodam modo » immortalis , quia in actum potentia moriendi » non exisset , nisï prias peccaret : ita etium » homo in statu innocentiœ consideratus poterat » quidem decipi , si prias peccaret , non tamen » ante peccatum. »(S.Th. a. d. a3. q. a. art. 3. o. ) a (3) Instata innocentiœ , non solùm non potait )> error esse , sed nec qualiscanque falsa opinio. » ( id. q. i8. de ver. art. 6. o. )
On voit que ces saints Docteurs n’avaient pas tout-à-fait la même idée de la faillibilité de la
(i) « Adopter comme Tr»i ce qui est fani , de manière à se
• tromper , malgré les efforts de la volonté , telle n'était point
• la nature de l'homme sorti des mains de Dieu ; c'est la peine
• et le châtiment du péché. »
(e) • Adam pouvait mourir absolument , puisquela mort devait
> être la peine de son péché ; mais dans un sens, il était immors tel , puisque pouvant mourir , il ne serait pas effectivement
• mort si d'abord il n'avait péché ; de même l'honimc , considéré
> dans l'état d'innocenee , pouvait bien errer , mais seulement
• dans la supposition qu'il eût d'abord commis le péché, s
(3) « Dans l’état d'innocence , il ne pouvait y avoir ni erreur
• ni même aucune espèce de fausse opinion. >
lia
EXAME3Ï d’üW ouvrage , ETC.
raison individuelle de l’homme que l’Auteur et les partisans du système qu’on nous donne pour être la doctrine de l’Église Catholique. Selon eux , une raison finie est très-capable de certitude et même d’une certaine infaillibilité hypothétique. Et ce n’est pas seulement de l’homme innocent que ces deux Docteurs affirment qu’il était en son pouvoir d’éviter l’erreur. Son privilège était de ne pouvoir errer tant qu’il persévérerait dans l’état heureux où il avait été créé , d’étre infaillible comme il était immortel. Mais , selon saint Thomas , l’erreur , même dans l’homme déchu , n’est point exempte de péché ; et par conséquent elle peut être évitée comme le péché même. « (i) Error manifesté » habet rationem peccati. A'on enirn est absque » prœsumptione quod aliquis de ignoratis senten- » tiam ferai , et maxime in quibus periculum y> exislit. » ( de mal. q. 3. 7. o. ) Saint Augustin ne s’exprime pas aussi affirmativement ; il se contente de dire : (2) Non fartasse omnisqui errat peccat. (contra Acad. 1. 3. c. 16. aa. ) Mais le doute qu’exprime le saint Docteur prouve suffisamment qu’il était persuadé que , communément , l’erreur n’est pas sans péché , qu’elle est , comme le péché , un abus de notre liberté.
(1) • L'erroar lient manirestement dn piiclié i car ce n'est pas n sans présomplion que l'on porte un jugement snr des choses B qu'on ignore , surtout lorsque l'erreur n'est pas sans danger. »
(a) « Peut-être que tous ceiu qui tombent dans l'ciTcur ne » pêchent pas. »
CBAPITRZ SKCOITD.
Il3
Ces deux Docteurs de l’Église Catholique étaient donc bien éloignés de penser qu’il est de la nature d’un esprit faillible d’étre sujet à l’erreur en tout et toujours , de nôtre jamais assuré qu’il n’erre pas actuellement.
L’Auteur ajoute ; « Il est de l’essence de la foi » que l’esprit de l’homme , qui en est le sujet , » soit faillible par lui-mcme sur chacune des vé- » rités qu’il doit croire. » Cette assertion parait étrange. Si elle était vraie , il faudrait dire , ou bien que l’homme innocent ne pouvait pas avoir la foi , ou que saint Thomas et saint Augustin ont eu tort de dire que l’homme , dans l’état d’innocence , n’était point sujet à l’erreur, qu’il n’était pas faillible dans le sens que l’Auteur attacheà ce mot. Pour lui , infaillibilité et certitude paraissent être des mots synonymes , ou du moins tellement corrélatifs , que la certitude suppose nécessairement l’infaillibilité , ce qui est contraire aux notions communément reçues. Il est clair que lorsque j’ai la certitude d’une vérité je ne me trompe pas , de même que lorsque je fais une bonne action je ne pèche pas ; mais ce n’est que par uu abus de mots qu’on pourra dire que je suis infaillible ou impeccable ; puisqu’il est évident qu’autre chose est ne passe tromper , ne pas pécher , et autre chose ne pouvoir pas errer , ne pouvoir pas pécher. L’Auteur dit que la science n’est pas la foi , que la foi est une vertu , que l’impossibilité d’errer n’est pas une
ï l4 EXAMEN d’üN ODVRAGE , ETC.
vertu et ne peut pas constituer la foi , etc. Tout cela est vrai sans doute , mais qu’est-ce que cela prouve ? Y a-t-il un seul Théologien Catholique , ancien ou moderne , qui confonde la science avec la foi ; ou qui nie que la foi soit une vertu ? Ce ne sont pas ces Théologiens si dédaignés de l’Auteur qui confondent ainsi les notions. Le reproche de confondre la science avec la foi peut être adressée avec plus de justice à ceux qui soutiennent que l’autorité est l’unique principe de certitude , qu’il n’y a de certain que ce qui est de foi. En effet , concevons-nous une science sans certitude ? Et si la foi seule donne la certitude , elle seule ne fait-elle pas toute la science?
J’avoue que l’Auteur a , en commençant la section précédente , nettement distingué la science de la foi , et qu'ici encore il confirme cette distinction , en disant que l’homme qui par sa raison aurait la certitude de quelque vérité n’en aurait pas la foi , mais la science. Cela suppose évidemment que , dans l’opinion de l’Auteur , la science est autre chose que la foi , et qu’il peut y avoir quelque chose de certain qui ne soit pas de foi. Cette doctrine du disciple parait contredire celle du maître , mais ce n’est pas mon affaire. Je me borne à chercher à qui il en veut , contre qui il dirige ses raisonnemens , et j’ai peine à le deviner. Il parait vouloir prouver que le principe de la foi n’est pas dans la raison individuelle , mais si ses raisonnemens s’adressent