CHAPITRE SECOITD
autorité salutaire , et je la reconnais , non dans le genre humain , mais dans ceux à qui Dieu a donné mission pour parler en son nom. Bossuet a bien dit qu’il faut toujours céder k cette autorité ; mais il n’a pas dit qu’on ne peut connaître certainement la révélation que par cette autorité. 11 n’a pas dit qu’il est de Y essence de la foi qu’on ne puisse avoir la connaissance certaine d’aucune révélation autrement qne par cette autorité. « Mais , dit l’Auteur , si l’homme était infaillible J) à l’égard de quelques vérités de foi( c’est-à-dire, > dans le sens de l’Auteur , s’il les connaissait «certainement) il serait , sous ce rapport abso- » lument indépendant de l’autorité de l’Église. » Je ne vois pas en quoi la connaissance certaine que j’aurais de quelque point révélé nuirait à ma dépendance de l’autorité de l’Église. Il est clair qu’il ne pourrait y avoir sur ce point aucune opposition entre moi et l’Église , puisque l’Église commande la croyance de toutes les vérités révélées. Un fils en serait-il moins soumis à son père , moins dépendant de lui , parce que , sur quelque point , il aurait prévenu ses désirs et sa volonté en faisant une chose qu’il savait devoir lui plaire ?
Concluons que l’Auteur n’a pas prouvé qu’il est de l’essence de la foi que l’homme ne puisse avoir aucune connaissance certaine des objets de la foi autrement que par l’autorité de la raison universelle.
J 1 8 EXABIF.rr d’uIT ouvrage , ETC.
Comme l’Auteur parait ne pa$ connaitre sufHsamment l’enseignement des écoles qu’il lui plait de désigner sous le nom de Cartésiennes , ni même l’enseignement de saint Thomas , quoiqu’il cite quelquefois ce saint Docteur , qui n’était pas Cartésien , je vais rapporter quelques textes dont l’autorité ne sera pas contestée , et qui exposent la doctrine des Théologiens Catholiques un peu plus tidèlement qu’il ne le fait.
« {i) Manifestum est quod imperfectio cognitio- » nis est de ratione fidei ; ponitur enim in ejus » dejinitione : Fides est substantia sperandarum
> rerum , argumentum non apparentium.
1 gustiuus dicit (Tract, xl. in Joan. ) : Quid est » ûdes ? credere quod non vides. Quod autem » cognitio sit sine apparitione vel visione , hoc 1 ad imperfectionem cognitionis pertinet. Et sic » imperfectio cognitionis est de ratione fidei. » Unde manifestwn est quod fides non potest esse » perfecta cognitio , eadem numéro manens. » ( 1. a. q. 67. art. 3. o. )
(i] • II est manifeste que l'imperfection de la connaissance
> tient à la nature de la foi ; car elle entre dans sadéGnition :La a foi est le fondement des choses que nons aTons it espérer , la » conviction de celles qui ne paraissent pas. Et saint Augustin ,
• d.ms son traité sur saint Jean , dit : En quoi consiste la foi ? » A croire ce qu’on ne voit pas. Or connaître sans évidence ou
> intuition , c’est connaître imparfaitement ; et c’est ainsi que
• l'imperfection de la connaissance appartient à l'essence de la
• foi : d'où il est évident que la foi ne peut devenir une connais- » sance parfaite sans cesser d'étre ce qu’elle est. •