CHAPITRE TROISIÈME. I
mirable ouvrage contre les Gentils. C’est au neuvième chapitre du premier livre qu’il expose la marche qu’il se propose de suivre. « Les vérités, dit-il , qui ont Dieu pour objet , se divisent en deux classes ; l’une contient les vérités que notre raison peut atteindre ; l’autre , les vérités qui sont tellement au-dessus de notre intelligence que nous ne pouvons que les croire sur la parole de Dieu. Cette distinction , au reste , n’a pas lieu en Dieu , qui est la vérité simple et une ; mais elle est nécessaire pour expliquer les deux manières dont nous pouvons connaitre les choses divines. Si nous nous proposons de faire connaître les vérités qui appartiennent à la première classe , nous devons procéder par la voie de démonstration pour convaincre nos adversaires. Ad primce igitur veritatis manifestationem » per rationes àemonstrativas , quibus adversa- » rius convinci potest , procedendum est. t> Mais comme la seconde classe de vérités n’est pas susceptible de démonstration , au lieu de chercher à convaincre nos adversaires par des raisons , il faut nous borner à réfuter celles qu’ils apportent contre ces vérités ; car la raison naturelle ne peut jamais être contraire à une vérité de foi , comme cela a été prouvé au chapitre septième. Le moyen propre de convaincre les adversaires qui nient ces vérités , est l’autorité de l’Écriture divinement confirmée par les miracles. « Singularis modus convincendi adversariwn
l4o EXAMEN d’üN OUVRAGE , ETC.
» contra hujusmodi veritatem , est ex auctoritate » Scripturce divinitus confirmata miracidis. » Car nous ne croyons ce qui est au-dessus dei la raison humaine que sur la révélation de Dieu. « Quœ enim supra rationem humanam sunt non » credimus nisï Deo révélante. » Nous pouvons néanmoins faire usage des raisonnemens dans l’explication de ces vérités , pour exercer les Fidèles et satisfaire leur esprit , mais non pour convaincre les adversaires ; parce que l’insuffisance des raisons les confirmerait dans leur erreur , en leur donnant lieu de croire que l’assentiment que nous donnons aux vérités de foi est fondé sur ces faibles raisons. Nous proposant donc de procéder de cette manière , nous nous efforcerons en premier lieu d’établir les vérités que la foi professe et que la raison peut connaître , en apportant des raisons démonstratives , dont nous avons puisé quelques-unes dans les livres des Philosophes et des Saints , pour confirmer la vérité et convaincre les adversaires. Ensuite , pour passer de ce qui est plus connu à ce qui l’est moins , nous procéderons à la manifestation des vérités qui appartiennent proprement à la foi , selon les forces que Dieu nous donnera.
» Ainsi , voulant établir par voie de raisonnement ce que notre raison peut connaître de Dieu , nous considérerons d’abord ce qui concerne Dieu lui-méme ( liv. i . ) ; ensuite ce qui