PRÉFACE. XXV
On peut juger de là si nous pouvons , sur la parole de M. Gerbet , recevoir la doctrine qu’ii nous propose , comme une doctrine admise par tous les Th^-ologiens Catholiques. Ce n’est pas non plus la doctrine de ces Théologiens qu'ii n’existe qu’un principe de certitude , et que le principe de la certitude de la foi divine soit le même que le principe de la certitude des sciences humaines.
lli. • Dans le troisième Chapitre , M. Gerbet considère le Cartésianisme dans ses rapports avec la foi. Il établit en principe qu’il doit y avoir un moyen infaillible , perpétuel et universel , moyen nécessairement distinct de l’autorité de l’Église établie par le Sauveur, pour acquérir la foi infaillible des vérités logiquement antérieures à l’autorité de l’Église. Puis , il examine si les Cartésiens , dans leur système, ont un moyen d’acquérir cette foi. Il suit le même ordre que dans le Chapitre précédent.
» 1.* Principe de foi. M. Gerbet a dit que le principe de foi ne pouvait.être qu’un' témoignage infaillible : et , selon lui , le système des Cartésiens consiste à soutenir que , relativement aux vérités logiquement antérieures à l’autorité de l’Église, il n’existe hors de chaque homme aucun témoignage infaillible qui puisse les certifier.
» 11 a dit , que le témoignage infaillible , base de la foi, ne pouvait être que le témoignage de Dieu même , une révélation divine 'supérieure 'à la raison de chaque homme. Dans' le système Cartésien , tel qu’il l’entend , le principe de foi aux vérités dont il est ici question ,
PREFACE
serait dans la raison de chaque bominc , ce qui supposerait que la raison de chaque homme est une rûvClation perpétuelle.
• 11 a dit , que le témoignage de Dieu no pouvait être connu certainement de la généralité des hommes que par la voie d’une tradition infaillible. Les Cartésiens, assure-t-il , supposent , en vertu de leur principe plülosophique , qu’il n’est pas nécessaire que cette révélation ait été conservée par une tradition infaillible connue de la généralité des hommes , et détruisent ainsi la nécessité même de la révélation.
» De ces principes qu’il attribue aux Cartésiens en opposition à ceux qu'il a établis, il déduit plusieurs conséquences : 1* Que les Cartésiens admettent deux principes do foi, la raison individuelle et l'Église, et que ces deux principes n’en peuvent faire qu’un qu’aux tant que la raison individuelle aurait la même infaillibilité que l’Église ; 2." Que , dans ce système , le principe de foi n’a point le caractère essentiel d’universalité ; 3.° Que le principe de foi Cartésien est également privé du caractère de perpétuité.
» 2." Sujet de [la] foi. M. Gerbet s’étend fort peu sur ce point il est évident pour lui que , dans les principes Cartésiens , la notion de la foi devient contradictoire , et par conséquent qu’il n’y a plus de foi ni de sujet do la foi. 11 s’appuie sur l’autorité de M. Benjamin Constant, de Rousseau et de M. Pictet de Genève. Puis , il dit que ce sont surtout les écrivains Catholiques attachés au Cartésianisme, qui ont soutenu l’infaillibilité de la raison individuelle.
PRÉFACE
» 3.* L’acte de foi. Cet acte, dit3f. Gerbet, suivant les principes de la Théologie Catholique est un acte d’ obéissance à une raison supérieure ; ce qui suppose d'ahord que c’est un acte de la volonté. De ce principe, il conclut que l’acte de foi est impossible dans le système Cartésien , par la raison que la vérité se présentera à son esprit do manière qu’il puisse refuser son assentiment , ou de manière qu’il ne le puisse pas. Dans le premier cas, il ne devra pas croire ; dans le second, il ne pourra s’empêcher de croire. Ensuite , après avoir comparé le système Cartésien à l’hérésie Jansénienne , et dit que l’un est par rapport au devoir de la foi ce que l’autre est par rapport à tous les devoirs en général , M. Gerbet ajoute qu’en admettant même que , dans le système Cartésien , l’acte de foi serait un acte de la volonté , on ne pourrait pas dire que ce serait un acte d’obéissance, puisqu’on le faisant , le Cartésien n’obéirait qu’à sa propre raison.
» De plus, l’acte de foi , dans le système Cartésien, n’aurait aucun des caractères qu’il doit avoir suivant les principes de la Théologie Catholique. Il ne serait pas un , puisqu’il serait composé d’un acte d’indépendance de la raison et d’un acte d’obéissance à l’Église.
Il ne serait pas universel , puisqu’il se réduirait pour chaque Cartésien à cet acte : Je crois à ma raison ; et que par conséquent il varierait comme la raison des individus. Il ne serait pas d’une obligation perpétuelle ,
car , s’il survenait un doute sur la foi dans l’esprit d’un Cartésien , il serait obligé d’y consentir , pour ne pas s’exposer au danger de croire sans motif suHisaut. »
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PRKFACE.
En répondant , on commence par déclarer qu’on n’a point pris la plume pour justifler le Cartésianisme , qu’on ne s’est proposé que la justification de l’enseignement commun des Théologiens , Cartésiens ou non Cartésiens, attaqué par AL Gerbet ; que , eût-il raison en combattant les Cartésiens , il resterait à examiner si sa Théologie à lui est Téritablement la Théologie Catholique. On fait voir que saint Thomas, qui n’était pas Cartésien, a prouvé par le raisonnement toutes les vérités logiquement antérieures à l’autorité de l’Église , sans toutefois prétendre qu’on ne peut avoir la connaissance de ces vérités par la foi , surtout lorsqu’on est incapable d’y atteindre par le raisonnement ; que la nécessité d’un moyen perpétuel et universel d’acquérir une foi infaillible, moyen nécessairement distinct de l'autorité de l’Église , est un dogme qui n’appartient pas à la doctine Catholique , et que les raisonnemens de M. Gerbet ne peuvent pas nous obliger d’admettre. Ensuite , entrant dans le détail , on fait voir :
1. * Que les vérités logiquement antérieures à l’autorité de l’Église , sont des vérités de raison , qui n’appartiennent pas strictement à la foi , ou qui n’appartiennent tk la foi que pour ceux qui n’en ont pas la démonstration , comme l’enseigne expressément saint Thomas ; que par conséquent , il ne peut pas être question , relativement à ces vérités , de principe de fol.
2. * Que la contradiction que M. Gerbet croit trouver dans l’acte de foi de ceux qui ii’admcttcnt pas son système , n’existe que dans son imagination ; que son erreur à cet égard vient de ce qu'il attache aux mots un