‹ Examen d'un ouvrage intituléChapitre 51 sur 180 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Pour me résiuner et tâcher de ramener la question à son vrai point de vue , voici un raisonnement que je me permettrai de présenter à l’Âuteur. Ou il soutient comme un principe fondamental que la raison individuelle n’a en ellemême aucun principe de certitude , et alors ce n’est plus seulement Descartes qu’il combat , mais saint Augustin et saint Thomas dont j’ai exposé la doctrine ; alors il faut de toute nécessité qu’il soutienne avec l’Auteur de V Essai qu’il n’y a de certain que ce qui est de foi ; alors il est obligé de reconnaître qu’il n’y a pas de science , et que la distinction qu’il met lui-même entre la science et la foi est une distinction illusoire , que ce n’est qu’un abus de mots , un voile dont il se sert pour cacher sa véritable pensée ; car il est aussi essentiel à la science d’avoir son principe dans la raison , qu’à la foi d’avoir son principe dans l’autorité ; quod inlelligimus debemus rationi , quod credünus auctoritati. Ou bien il reconnaît que la distinction qu’il' établit entre ces deux manières de connaître est une distinction réelle ; qu’il y a des choses que nous savons et dont notre raison a en elle-même le principe de certitude , intus habet unde non dubitel ; et alors il doit avouer également que nous pouvons savoir que Dieu a parlé : ce qui nous conduit à croire ce qu’il a dit et parce qu’il l’a dit, l’infaillibilité de sa parole étant seule le motif de notre foi. En un mot , il n’y a aucune absurdité

l68 EXAMEW d’OW OÜVBAGE , ETC.

à dire : Je sais que Dieu a parlé , et je crois cc qu’il a dit. Si cette proposition paraît à l’Auteur contraire à sa doctrine d'autorité , je suis assuré qu’elle ne contredit pas la doctrine Catholique.

(/>. 66. ) L’Auteur dit : « Remarquons que le » caractère essentiel du principe de foi est que » son infaillibilité ne dépende d’aucun raisonne- » ment individuel : autrement la foi infaillible n viendrait toujours se résoudre dans le juge- » ment d’une raison faillible. » Assurément , le motif de notre foi ( que l’Auteur appelle principe de foi ) étant et ne pouvant être que la parole infaillible de Dieu , il est bien clair que l’infaillibilité de cette parole divine est indépendante de tout raisonnement individuel , et même de toute autre espèce de raisonnemens , si l’Auteur connaît des raisonnemens qui ne soient pas individuels. M. G. tire ensuite les conséquences de sa proposition qu’il regarde comme un principe , et il entre dans une métaphysique qui me paraît bien obscure. Je n’ose dire tout ce que j’en pense. Peut - être l’Auteur se comprend - il lui - même ; mais je crois que peu de ses lecteurs seront en état de comprendre ce qu’il veut dire lorsqu’il prétend prouver que le principe de foi est le jWincipe constitutif de la raison de l’homme. Comme il n’est pas toujours facile de saisir le sens qu’il attache aux mots dont il se sert , on conçoit qu’il doit être encore plus difficile de compren-

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