CHAPITRE QUATRIÈME
huit personnes , dans ces huit participations à la raison commune ? Dirons-nous que la raison commune à ces huit pel*sonnes était une raison infaillible ^ Aujourd’hui , nous n’avons plus à craindre de catastrophe semblable , .nous en avons pour garant la parole de Dieu; mais nous ne sommes pas à l’abri de tout désastre. Il se pourrait par exemple que , par suite de maladies et d’événemens funestes , la population de la terre se trouvât réduite à la moitié ou au quart de ce qu’elle est actuellement ; si ce cas se réa- *
lisait , la raison commune perdrait-elle quelque chose de son infaillibilité ? Si l’on dit qu’elle serait également infaillible dans le quart du genre humain , pourquoi ne le serait-elle pas dans le quart du quart , et ainsi de suite ? Si huit personnes participant à la raison commune ne peuvent pas avoir l’infaillibilité , comment saurai-je que huit millions de personnes peuvent l’avoir ? Est-ce donc que l’infaillibilité pourrait »
être le résultat d’une opération d’arithmétique , et serait-il possible de déterminer combien il faut de raisons faillibles pour former une raison commune infaillible ?
Je sais que les partisans du nouveau système , pour résoudre l’objection tirée du petit nombre d’individus , ont eu recours aux fréquentes communications avec la Divinité qui ont eu lieu dans les commencemens du genre humain ; mais ce n’est point là résoudre la question , c’est l’é-
1^4 EXAMEir d’oIT OÜVRA.GE , EJC.
uder. Je n’ai garde de nier ces communications avec la Divinité , et je suis pleinement convaincu que la révélation donne la certitude , même à ua individu. Seulement , je ne vois pas trop comment cette certitude de l’individu s’accorde avec les principes de l’Auteur ; car , dans le cas d’une révélation faite à un individu , il me semble que toute la certitude du fait de la révélation , par rapport à cet individu , repose sur sa raison individuelle ; et je ne crois pas que l’Auteur admette qu’un homme qui croit avoir reçu une révélation divine , est infaillible dans ce jugement. Pour moi , sans croire à l’infaillibilité d’un individu , j’admets sans difficulté qu’il peut avoir plusieurs certitudes par sa propre raison , et , en certains cas , la certitude d’avoir eu une révélation particulière. Ainsi je n’ai pas le moindre doute que le premier homme et ses premiers descendans n’aient eu une certitude complète de la révélation , malgré leur petit nombre. Mais ce n’est pas la question : autre chose est la révélation , autre chose cette raison générale à laquelle on attribue l’infaillibilité. La raison générale est , dit-on , dépositaire de la révélation , je le conçois ; mais pour qu’elle soit dépositaire infaillible , quel doit être le nombre des individus qui participent à cette raison générale ? Voilà ma question , ou , si l’on veut , ma difficulté.
Dira-t-on que cette difficulté doit être égale-