CHAPITRE QUATRIÈHB
ment résolue dans les principes des adversaires du nouveau système , puisqu’on ne fait pas difîBculté d’admettre sur le témoignage commun des faits historiques qu’on n’admettrait pas sur le témoignage d’un petit nombre d’individus , et qu’il est pourtant impossible de déterminer le nombre précis d’individus nécessaire pour qu’un témoignage soit réputé certain ? Je réponds qu’il y a deux différences bien sensibles. La première est qu’on ne fait pas dépendre la certitude du témoignage précisément du nombre des témoins , mais principalement de considérations indépendantes du nombre ; et si l’on fait attention au nombre des témoins , c’est par la raison que dans le grand nombre de témoignages se rencontrent plus facilement les circonsstances qui en constatent la véracité. La seconde différence , la différence essentielle , est que la certitude absolue que nous donne un grand nombre de témoins repose sur la certitude hypothétique de chacun des témoignages en particulier. Si j’admettais avec les partisans du nouveau système que notre raison est faillible de sa nature en toutes choses , que nos sens peuvent nous tromper toujours et en toutes circonstances , je ne croirais jamais à un témoignage humain , quel que fût le nombre de ceux qui m’attesteraient la vérité d’un fait quelconque. Je leur répondrais : Cela peut être , mais vos sens douvant nous tromper en tout et toujours, vous
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ne pouvez être certains que vous avez réellement vu ou entendu ce que vous attestez , et par conséquent vous ne pouvez me donner une certitude que vous n’avez pas vous - mêmes. — Mais nous sommes cent. — Fussiez-vous mille ou dix mille , c’est tout un. Le nombre ne change rien à la nature de vos sens , qui est de ne pouvoir en aucun cas vous donner la certitude. Si je n’ai point la certitude de l’existence d’un livre que je vois , que je touche , dont je me sers habituellement , je ne vois pas de témoignage qui puisse me donner cette certitude. Les sens des autres hommes sont de même nature que les miens , ils peuvent tous également porter faux témoignage. Le principe fondamental du nouveau système , principe professé par M. G. est que tout ce qu affirme une raison faillible peut être faux , comme tout ce quelle nie peut être vrai. J’en conclus , avec raison , à ce qu’il me semble , que tout ce qu’affirme une réunion quelconque de raisons faillibles peut être faux ; car une raison infaillible ne saurait jamais être le résultat de l’union d’un nombre quelconque de raisons faillibles. Il n’y a de raison infaillible que la raison infinie , la raison de Dieu. Mais les partisans du système ne peuvent rétorquer contre leurs adversaires les objections qu’on leur fait , car ceux-ci ont une tout autre idée de la raison faillible , et la regardent comme capable d’avoir par elle-même la certitude de plusieurs vérités.