‹ Examen d'un ouvrage intituléChapitre 55 sur 180 · CHAPITRE QUATRIEME. I · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME. I

Pour éclaircir de plus en plus la matière , efforçons-nous de trouver ce que peut être cette raison commune ou universelle dont l’Auteur parle si souvent , sans en donner nulle part la définition. Et d’abord , qu’est-ce que cette raison qui se trouve dans chaque homme ? AI. G. a essayé de nous la faire connaître ; il nous a dit que ce mot raison exprime dans l’homme deux choses très-différentes , ce qui revient à dire qu’il y a dans l’homme deux raisons , tellement distinctes que l’une est essentiellement faillible, l'autre essentiellement infaillible ; l’une est une participation à la raison commune , l’autre est un composé de jugemens individuels. Maintenant il s’agit de savoir si cette notion s’accorde avec celle que jusqu’ici on avait cru avoir de la raison dans l’homme. Si nous consultons saint Augustin et saintïhomas , nous trouverons que la raison est une faculté de notre ame , que nous tenons immédiatement de Dieu , comme notre ame elle-mérae , et que la lumière qui l’éclaire nous vient aussi immédiatement de Dieu. Mais nous avons vu que ces deux Docteurs de l’Église sont Cartésiens , et par conséquent justement suspects à l’Auteur ; puisons donc à une autre source. J’ouvre VEssai sur lindifférence en matière de Religion , et je trouve (f. ii ,p.3.) que « par le mot raison , on désigne deux facul- » tés totalement distinctes et qu’il est dangereux » de confondre , la faculté de connaître et la

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» faculté de raisonucr. » Je crois qu’il est plus exact de dire simplement que la raison est la faculté que l’homme a de connaître et de raisonner , car c’est la raison qui connaît et qui raisonne , et je ne vois pas la nécessité de supposer deux facultés , là où une seule est évidemment suffisante. Mais il ne faut pas être trop difficile , et j’admets cette définition. Lorsque l’illustre Auteur ajoute : « La raison , dans le second sens , » est l’opération de l’esprit par laquelle , compa- » rant des vérités connues , nous en découvrons » les rapports et en tirons les conséquences. » Il se méprend évidemment et confond la puissance avec l’acte. Il est assez clair qu’une faculté n’est pas une operation de l’esprit. C’est donc une distraction de l’Kcrivain qui aura occasioné cette confusion d’idées. Mais je suis parfaitement de son avis , lorsqu’il dit que la perfection de la raison ou la connaissance complète de la vérité exclut le raisonnement. C’est aussi le sentiment de saint Thomas qui enseigne que la certitude de la raison vient de l’entendement , et que la nécessité de raisonner est une. suite de l’imperfection de notre entendement :

« ( I ) Certitudo rationis est ex intellectu , sed ne- » cessitas rationis est ex defectu intellectûs. n ( 2. a. q. 49- art. 5. ad a. )

Mon embarras est de concilier ces notions

(l) • La certitndc de la raison rient de l'intelligence , mais la > nécessité de la raison rient de l'imperfection de l'intelligence. »

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