CHAPITRE QUATRIÈME. l
cisément cette faculté qu’a l’homme de connaitre et de raisonner ; c’est l’attribut le plus noble de la nature humaine , et la nature humaine n’est autre chose que ce qui constitue l’homme ce qu’il est , ce qui le distingue de tout autre être. La nature humaine , et par conséquent la raison humaine qui en est une partie essentielle , n’a et ne peut avoir d’existence que dans les individus. Prise abstractivement ou généralisée , elle est un être de raison. Or il est absurde d’attribuer à un être abstrait, à un être de raison , l’infaillibilité , la certitude , ou autre chose semblable. 11 ne l’est pas moins de dire que la raison d’un individu est une participation à la raison humaine , ou une portion de la raison humaine. C’est comme si l’on disait que la nature d’un homme est une participation ou une portion de la nature humaine. Un homme qui n’aurait pas complètement la nature humaine ne serait pas un homme -, et de même une raison qui ne serait pas complètement la raison humaine ne serait pas la raison d’un homme. Ainsi tout ce qui se dit de la raison humaine doit s’entendre de la raison telle qu’elle existe dans les individus ; et de la même manière , les mots raison générale , raison commune ou universelle ne peuvent s’entendre que de la raison existant dans tous les individus ; et ils expriment l’unité spécifique de nature dans la multiplicité des individus. Vouloir donner à ces mots une autre
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signification c’est chercher à tout embrouiller. Le vague des expressions peut se pardonner à un Orateur , mais il est inexcusable dans un Philosophe , surtout dans celui qui a la prétention de poser les fondemens de la Philosophie.
Il peut sans doute y avoir accord et uniformité entre les jugemens des individus, comme entre leurs volontés , et alors on dit qu’il y a consentement général , volonté générale. Le sens de ces expressions ne peut pas être équivoque. Les Théologiens ne refusent pas de reconnaître que cet accord des jugemens individuels peut avoir lieu sur certains points de doctrine etde morale ; et lorsqu’il est impo.ssible d’en assigner une cause suspecte , ils y reconnaissent un indice certain de la vérité. Mais il est évident i° que l’accord des jugemens ne peut pas former une raison , car c’est la raison qui produit les jugemens , et non les jugemens qui produisent la raison. Cette remarque , je l’avoue , est puérile ; mais il ne faut pas oublier que notre Auteur nous a sérieusement |)arlé de raisons composées de jugemens. ( En tout cas on voit bien que ce serait la raison générale qui serait composée de jugemens individuels. ) L’accord des jugemens , à parler dans l’exactitude philosophique , ne peut même pas être dit un jugement, comme l’accord des volontés n’est pas une volonté, mais signifie seulement l’uniformité d’un plus ou moins grand nombre de volontés. a° Que si le consentement